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Home Poin Poin de vue Portraits Paul McCartney - Survol d'un Wings

Paul McCartney - Survol d'un Wings

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PMC2005bCet article fut écrit pour Crossroads quelques semaines après la sortie de Chaos And Creation In The Backyard, l'album de Paul McCartney paru en 2005. Comme il avait donné lieu à 3 critiques dans le magazine, provoquant un certain agacement des lecteurs, on trouva que mon article n'était pas d'une aveuglante pertinence. Comme Brassens qui remet ses chansons dans sa guitare si l'on n'en veut pas, devant le même accueil je remets généralement mes textes dans mes étagères. Il se trouve que récemment, le sujet McCartney a surgi dans le forum et que certains semblèrent intéressés par cet article. Voilà la raison de cette réanimation tardive.

La parution du nouveau Paul McCartney (on l'appellera PMC) Chaos And Creation In The Backyard, donna lieu à un chœur des hypocrites, à un oratorio des faux-culs, à moins que ce ne soit des amnésiques, qui m'incite à faire un point sur la carrière post-Beatles de celui qui, de Popaul à Sir Paul, fut vilipendé non-stop 35 ans durant, ce retour d'affection tardif ne pouvant décemment être pris pour argent comptant. Reprenons.

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Lors de la séparation des Beatles et durant la décennie qui suivit (disons jusqu'à la mort de Lennon), l'affaire semblPMC1ait bouclée. PMC, après avoir tenté de prendre en maiPMCramn les finances du groupe, se l'était joué perso, enregistrant un album solo qui constituait l'acte officiel de séparation, se montrant intolérant (sous-entendu "limite raciste") envers Yoko Ono, et surtout démontrant ostensiblement sa niaiserie sucrée quand son compère devenait lui un Che Guevarrock. Son premier album solo était d'ailleurs accueilli avec une commisération sans nom, condescendance que ne rectifia qu'à peine le second, Ram, quoi qu'en disent aujourd'hui ceux qui se prosternent devant (et qui n'étaient, c'est vrai, peut être pas nés quand il parut, mais qui pourraient rappeler, s'ils le savent, combien cette merveille fut maltraitée).

Et puis, peu à peu, une vision moins caricaturale de cette douloureuse période se révéla. PMC s'était simplement élevé contre la calamiteuse reprise en mains des affaires du groupe par Allan Klein, avait tenté de refaire des Beatles un simple groupe de rock, de les remettre sur la route et d'enregistrer des albums moins tarabiscotés, s'était opposé au saccage des bandes de Let It Be ¨MC70par Spector, imposé par Lennon. On se rend compte aussi que ce n'est pas PMC qui déclara que les Beatles étaient morts mais Lennon, et que Let It Be fut programmé pour sortir en même temps que l'album solo de PMC rien que pour faire chier ce dernier. D'autre part, quand on voit l'attitude de Yoko Ono sur les documents montrant les séances d'enregistrement (de ce qui deviendra Let It Be ou plus tard Imagine), on se dit que PMC est vraiment la crème des hommes de n'avoir émis à son égard que des signes d'agacement aussi véniels. Enfin, les engagements révolutionnaires de Lennon furent de courte durée, et comme il passa de "you can count me in" à "you can count me out" sur "Revolution" en l'espace d'un an, il passa en quelques années du néo-Gandhisme itinérant à une vie de grand bourgeois bohème particulièrement conformiste, alors que les engagements écologiques de PMC furent constants, sans publicité, et paraissent aujourd'hui bien plus appropriés aux vrais problèmes de cette planète pustuleuse de pollution que les soutiens idéologiques improductifs de son compère.

Là où le bat blessa pour certains (et notamment les gardiens du dogme Rock attitude), c'est dans la musique proposée par PMC, après amputation de son copain John. Je ne suis pas certain pour ma part que les mêmes l'aient réellement écoutée cette fameuse production musicale. Sinon comment imaginer qu'ils ne se soient pas rendus compte que PMC a comPMCL71posé certaines de ses plus grandes réussites dans les 3 années qui suivirent la séparation des Fab Four (et plus récemment, sur le splendide Driving Rain). Bien sûr, ceux qui aiment Macca ont chacun leurs préférées, mais ils seront sûrement d'accord avec moi je pense, si je cite "Maybe I'm Amazed", "Junk", "Monkberry Moon Delight" (une chanson un temps citée en exemple par Gérard Manset pour sa performance vocale insensée), "Ram On" (aussi brève que divine), "Wild Life", "Dear Friend", "My Love", "Single Pigeon" parmi ses chefs d'œuvres, et ça rien que dans la période 70-73.

Ce qui m'a aussi toujours choqué, c'est que nul n'évoque jamais la formidable capacité de violence, de sauvagerie même, dont est capable PMC, dépassant largement celle de Lennon ou des Stones. Ainsi, au sein des Beatles, on lui doit "I'm Down" et surtout "Helter Skelter", l'un des morceaux les plus déjantés et fascinants de l'histoire du rock. Ainsi sur la face B de son premier single ("Another Day", que m'avait offert Jérôme, mon petit copain de l'époque, quelques semaines avant qu'il ne s'empale en moto sur une borne kilométrique en revenant du lycée et quitte ce foutu monde), on trouvait "Oh Woman Oh Why", où il vomit ses tripes sur une rythmique dépouillée jusqu'à l'os et striée d'une guitare déchirant ce qu'il reste de mélodie. On pourrait aussi parler du fantastique "The Mess" (face B de "My Love") bourrée d'écho ras la gueule, ou de "Smile Away" sur Ram, où tout ça décolle comme un Airbus 380 dans les hurlements. Non, vraiment, on se demande ce que font (faisaient) certains critiques au lieu d'écouter les disques de cet ex-Beatles qu'ils exécutaient d'une formule facile.

Mais s'ils s'acharnaient sur Linda, c'était peut être pour faire oublier qu'ils glissaient gentiment sur les vocalises de la dulcinée du grand John. Amusant car si, en amateur de choses extrêmes, je trouvais personnellement plutôt pas inintéressant ces expérimentations vocales stridentes, il est évident qu'eux ne les supportaient pas mais qu'un consensus tacite voulait qu'on ne touche pas trop (oh no) à Yoko (Ono). D'autant que John & Yoko leur donnaient du grain à moudre à ces amateurs de frères ennemis (voir les choux gras de la presse concernant les frères Davies ou Gallagher et dont on se contrefout).

Ainsi, les rock critics juPMClennonbilèrent quand Lennon s'en prit à PMC sur Imagine. D'abord en tournant en dérision la photo de Ram (PMC y tenait un caprin par les cornes, Lennon le remplace par un porc) et ensuite en le traitant avec un mépris insensé sur le (hélas splendide) "How Do You Sleep". Une des phrases en est restée célèbre, il s'agit de "The only thing you done was yesterday / And since you’re gone you’re just another day" comparaison qui se veut blessante du premier single de PMC (assez moyen il est vrai) avec son hit d'antan. Il va jusqu'à dire, le grand humaniste, "Those freaks was right when they said you was dead" (faute d'accord inclus), phrase qui se retournera 10 ans plus tard contre lui, et conclut par un définitif "The sound you make is muzak to my ears", accusation stupide car on pouvait dire pis que pendre des deux premiers albums de PMC (démos pas produites, musique familiale) mais certainement pas qu'elle était formatée pour servir de musique de fond aux ascenseurs ou aux super-marchés. D'ailleurs, là aussi, l'histoire sera ironique, car c'est bien "Imagine" de Lennon et pas les chansons de PMC qu'on entendra plus tard pour vanter les mérites d'une banque (pas bégueule la Yoko quand il s'agit de faire fructifier l'héritage conjugal).

Ce qui est assez admirable dans le parcours de PMC, c'est son apparente mithridatisation face à ce rejet. Après l'épopée Beatles, il recommence à zéro, PMC72aidé par sa femme et son copain Denny (Laine), et va ré-apprendre le métier de musicien rock, comme Satie à la fin de sa vie prenant des cours de composition pour enfin savoir composer alors qu'à 20 ans il créait les Gymnopédies, peut être la plus irréelle et bouleversante musique du siècle. Cette modestie sera toujours prise pour de l'arrogance mais il n'en est rien. Et de McCartney jusqu'à Band On The Run, soit pratiquement 4 ans et 5 albums, PMC reprend la route (au sens comme au figuré), osant affronter les sarcasmes, les éternelles références aux Beatles bien entendu toujours évoquées à son détriment. Etant de la génération qui s'éveilla à la pop music (c'est comme ça qu'on l'appelait à l'époque) alors que les Beatles venaient de se séparer, et ayant entendu dès le début que "c'était fini", que "c'était mieux aaaavant", je fus absolument insensible à cette fatwah avant l'heure. Moi je le trouvais super ce McCartney, avec sa musique bricolée où se côtoyaient niaiseries dont on ne savait à quel degré les prendre et éclairs de génie mélodiques. En fait, de 70 à 74, McCartney a fait des albums très "rayon indépendant", dont raffolent les inrock-critics depuis toujours, avec le génie en plus, ce qui fait tout de même la différence.

PMCWLLe point d'orgue de cette distorsion entre qualité réelle de la musique et accueil critique fut le premier album paru sous le nom des Wings (Wild Life). La volée de bois fut multicolore, pour un disque certes assez bâclé mais à la recherche au moins de la spontanéité des premiers Beatles, ce qui aurait dû valoir à PMC un minimum de respect. Mais non, c'était le début des grands artistes qui se réfugient dans leur tour d'ivoire pour disperser avec parcimonie leur grande œuvre sur leurs ouailles aux oreilles sévères. Le début des Bowie, des CaPMCL73t Stevens, des Paul Simon, des Joni Mitchell, puis des Kate Bush, Björk etc. Alors on prit cela pour du j'm'en foutisme indigne d'un des pères de ce mouvement, car qui peut nier que PMC, avec Georges Martin est un des géniteurs de la sorcellerie de studio dont on est gavé depuis 40 ans ? Personne du coup pour remarquer que dans Wild Life, il y avait deux morceaux sublimes donc, le titre éponyme et "Dear Friend", la réponse attristée et bouleversante de PMC à John Lennon (Dear friend, what's the time? Is this really the borderline? Does it really mean so much to you? Are you afraid, or is it true?). Que pèse "Let It Be" ou "The Long And Winding Road" comparées à cette chanson, suis-je donc le seul à me le demander ? 

Pas possible de revisiter tout le trajet de MPMCRRSWacca, mais rappelons que Red Rose Speedway fut le premier à recueillir quelques fleurs critiques, l'inspiration de PMC étant d'autant plus patente qu'il se permettait de faire paraître des hits en singles qu'il ne remettait pas sur les albums. Bien sûr, la première réconciliation survint en 1974 avec Band On The Run, album où PMC abandonnait son attitude Live in the studio of the farm pour revenir aux arrangements plus sophistiqués. La critique bicha, le Beatle était revenu dans le droit chemin. Je n'ai jamais partagé cet avis. L'album est très mainstream. Il n'en reste pas grand chose aujourd'hui si ce n'est quelques souvenirs nostalgiques pour beaucoup de langues emmêlées sur "Band On The Run" la chanson. Le désamour ne fut pas long à revenir, parfois à raison, les baisses de régime mélodique devenant de plus en plus sérieuses.

Mais tout de même, comment se fait-il qu'un superbe album commePMCii PMCBTTEBack To The Egg (en 1979) avec un Chris Thomas aux manettes qui booste tout ça avec sa patte habituelle, ne soit pas considérée comme un grand disque ? Et l'année suivante, le McCartney II, qu'il bricola tout seul, dans lequel les trouvailles abondent et qui ne ressemble à rien de connu, fut aussi méprisé. Les bricoleurs ont actuellement les faveurs des critiques. Pas à l'époque. On pourrait faire une réhabilitation anthume non ? D'accord, les années 80 puis 90 ont été calamiteuses, mais pas seulement pour lui et quand on entend les derniers Lennon, on peut penser qu'il n'aurait pas non plus réussi à franchir indemne cette funeste période. Et puis cela ne fait finalement que 6 albums, dont seuls 3 peuvent être considérés comme un naufrage intégral.

PMCDRAvec Flaming Pie, PMC redevient un musicien qu'on a envie de réinviter dans sa vie (enfin je parle de ceux pour qui sa musique signifie quelque chose), résurrection qui pour moi culmine avec son œuvre Golgotha, son mont des Oliviers, Driving Rain, où il aborde à la fois eros et thanatos intriqués jusqu'à la dou(l)(c)eur extrême, avec la mort de Linda (le sublime "Rinse The Raindrops") et la rencontre d'Heather (elle même amputée d'une jambe ce qui ajoute encore une dimension, celle du corps meurtri qui se mêle au corps mort et au corps jouissant, tryptique qui semble destiné à un Felicien Rops). Bref, une œuvre, une vraie, d'un artiste qui n'aura jamais eu la sorte d'inspiration divine d'un Brian Wilson ou même de Ray Davies dans sa période la plus féconde, mais qui est à coup sûr l'un des plus grands mélodistes du Xxème siècle et surtout, qui reste toujours imprévisible.

Sur la longueur, sa gentillesse, qui l'a tant desservi pour se faire une réputation, finira par lui PMC2005dfaire rendre justice, car les méchants, les rebelles, les indomptables finissent toujours par décevoir un jour ou l'autre. Les chants révolutionnaires de Lennon finissent en publicité bancaire, l'iguane sauvage en animal de zoo pour publicité téléphonique, Dylan en musée de cire vivant, Rotten en pourri pathétique, Johnny Cash en pendentif culturel, Springsteen en prêcheur œcuménique et tant d'autres. Si le dernier PMC me paraît très surestimé (faute que j'attribue au producteur qui décida d'en faire sa marionnette et qui le stérilisa), il est l'un des rares de cette génération (disons avec Dylan) dont j'attends toujours le nouvel album en me disant qu'il pourra s'y nicher une merveille quand ce ne sont pas, comme pour Driving Rain, plusieurs. Le reste, les sarcasmes, les ironies, pffff. 

Mis à jour ( Mercredi, 18 Octobre 2006 09:10 )  

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