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Fred Frith

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Fred Frith est avant tout guitariste et chanteur, mais il joue également de la basse, du violon, du piano, du xylophone, du sachet de graines, du bout de bois, de la plaque de zinc, de l'épagneul breton, etc... Un véritable hyperactif qui au bas mot, a bien dû jouer sur plus de 300 disques. La liste de ses collaborations est si vertigineuse que rien que d'y penser, on est pris d'un épanchement de synovie. Je ne résiste toutefois pas à en citer 1/12 ème...
John Oswald, John Zorn, Arto Lindsay, Louis Sclavis, Bill Laswell, Fred Maher, Anton Fier, Steve Coleman, René Lussier, Bill Frisell, Ikue Mori, Brian Eno, Robert Wyatt, Lol Coxhill, Henry Kaizer, Peter Blevgad, Jim O'Rourke, Eric Drew Feldman, Tom Cora, Zeena Parkins, Chris Cutler, Jean Derome, Scott Lucas, Eugene Chadbourne, Ferdinand Richard et Etron Fou, Don Cherry, George Lewis, Don Byron, David Moss, Daevid Allen, Carla Bley, Percy Jones, Sonny Charrock, Henri Threadgill, Michaël Beinhorn, Tina Curran, Nicky Skopelitis, Bernie Worrell, Archie Shepp, Nile Rodgers, Ronald Shannon Jackson, Christian Marclay, Bob Ostertag, Snakefinger mais aussi Krackhouse, Half Japanese, The Residents, Missing Foundation, et je vous passe les japonais, les hongrois et les multitudes d'inconnus qui se comptent par hectares entiers.
Fred Frith est à l'origine d'une dizaine de formations, tantôt éphémères, tantôt chroniques (Henry Cow, Art Bears, Massacre, Skeleton Crew, Curlew...), toutes plus intéressantes les unes que les autres, même si dans le lot, tout n'est pas indispensable, loin de là.

Mais si Fred Frith est si déroutant, c'est dans cette façon qu'il a de passer du métal le plus furieux à la comptine de l'Est la plus yougoslave en passant par le hardcore le plus grec, le jazz le plus lapon, ou la musique de ballets la plus "musique de ballets" qui soit (de balais aussi). Voilà un gars qui est aussi à l'aise dans l'écriture de pièces hautement complexes que dans l'improvisation la plus déconcertante. "Improvisation" le mot est même bien faible quand on voit notre Fredo jeter des graines à oiseaux dans son piano, ou remuer un bout de tissu en trépignant sur place, pour voir si ça donne un truc (le trépignement ajoutant indéniablement un plus)...
Fred Frith alone on stageJ'ai eu l'occasion de le voir plusieurs fois sur scène, mais aucun concert n'a eu un quelconque rapport avec le précédent.
Lors du premier, il était seul, avec pour tout matériel une guitare, des effets, du fil de pêche et un piano préparé, avec une sorte de corde à linge sur laquelle il faisait négligemment glisser des objets qui atterrissaient (zbloïïng) dans le piano. Recroquevillé sur sa guitare, il triturait les cordes comme un malade, poussant des petits cris, mettant en boucle certaines séquences grâce aux pédales d'effets, puis utilisant tantôt des tournevis, tantôt des éponges métalliques ou des brosses pour frotter sa guitare.
Le deuxième concert consistait en une interprétation scénique de l'album Der Mann Im Fahrstuhl ("L'homme dans l'ascenseur" pour ceux qui ne parlent pas le créole, paru chez ECM), écrit par Heiner Goebbels sur un texte de Heiner Müller. Arto Lindsay au chant et à la guitare, Don Cherry à la trompette (sur le disque en tous cas, je ne me souviens pas s'il était sur scène), Charles Hayward à la batterie, George Lewis au trombone, à savoir une belle brochette de gais lurons. Musique très écrite, rigide dans l'exécution mais riche en reliefs de par ses interprètes.
Le troisième concert c'était au New Morning, avec Naked City ou Painkiller, je ne sais plus non plus (c'est la vieillesse). Une musique de sauvages, entre métal extrême et free jazz, un bordel chirurgical sans nom, hystérique et jubilatoire.
A peu près tout ce qu'on demande à un artiste est réuni chez ce gars-là, et plus encore, mais il y a si peu de certitudes dans ses productions que personne ne parvient à s'y raccrocher vraiment. Fredo est une page blanche sur laquelle on peut écrire ce qu'on veut (à condition qu'il soit d'accord), ses nombreuses collaborations montrant à quel point il réussit non seulement à s'adapter, mais à transcender l'univers de chacune des personnes avec qui il travaille, que ce soit sur un 4 pistes de base (Cheap At Half The Price) ou en compagnie d'un orchestre symphonique. Minimaliste et tordu chez les Residents, agressif chez Zorn, chaotique-discipliné avec Massacre, explorateur sur ses albums solo, inventif tout le temps. Le pendant de Robert Fripp, version éparpillée.
Je ne saurais trop vous conseiller (tous autant que vous êtes, sans distinction) le DVD du film-documentaire Step Across The Border, qui est une sorte de condensé de l'esprit Fred Frith. Où l'on y constate entre autre chose, qu'il est un des rares musiciens à se procurer ses instruments de musique au rayon bricolage de sombres échoppes vietnamiennes.
Formidable.
Mis à jour ( Mercredi, 28 Avril 2010 00:51 )  

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