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Home Poin Poin de vue Portraits crachés NÉCROLOGIE - Le monde du papier-peint pleure son héraut

NÉCROLOGIE - Le monde du papier-peint pleure son héraut

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Raymond Soulupe - Noureiev du papier-peintToute la RN3 est en deuil. Et pas seulement les numéros 196 à 200 de l'avenue Gallieni, comme on l'appelle à Bondy, où il exerça ses talents : nous apprenons avec une infinie tristesse le décès de Raymond Soulupe, ce Stravinsky des motifs chamarrés, qui fut pendant vingt ans le gérant du Saint-Maclou de la ville. Raymond Soulupe, tel un Gonzague Saint-Bris voletant entre sol et plafond, s'affirma comme une figure de premier plan de la vie artistique locale. Il compta parmi les précurseurs des sols vinyles à motifs floraux et lutta pour l'accès de tous à la Représentation symbolique en accordant des rabais pouvant aller jusqu'à 12% sur le linoléum dès 1971. Le sol plastique Smaritz Noir figure d'ailleurs toujours parmi les succès de la marque saint-malcunienne sous la référence 7723/0 et, surtout, avec la touche de génie que seul Raymond Soulupe, notre Léonard de Vinci de l'intériorité fleurie, pouvait imaginer : l'accompagner de la colle Saderflex 805D.
  
ci-contre : Raymond Soulupe, en 1965, calculant la découpe
d'un des premiers revêtements plastifiés vendus en France.
  
C'est d'ailleurs au début des années 1970 que Raymond Soulupe acquit une notoriété qui ne l'abandonnera plus et lui interdisait pratiquement de s'arrêter sur les aires d'autoroutes, dédicaces vivantes à son génie (l'aménagement des restaurants L'Arche constituent en ce sens une révérence à peine dissimulée au Bocuse des revêtements nourriciers). Véritable militant des grosses fleurs orange et jaune à feuilles marronnasses (photo ci-dessous), il se révélera un fer de lance modeste mais extrêmement combatif de ce qui allait devenir la tendance majeure du papier-peint de la décennie, introduisant la mode en Seine-Saint-Denis avant l'étendre à tout l'Est parisien. Raymond Soulupe atteignit ainsi un statut de précurseur que peu connaissent mais que les historiens du papier-peint ne pourront que souligner dans les siècles à venir. Le musée du papier-peint de Rixheim (Haut-Rhin) envisagerait dès à présent une exposition-hommage au continuateur spirituel de l'œuvre de Jean Zuber, exposition qui regrouperait les meilleures ventes de Saint-Maclou-Bondy depuis 1967, dont la célèbre référence HG52-645/P ou le plus discret RT87-365/J, qui fit le bonheur de centaines de cuisines, de Rosny-sous-Bois à Bobigny.
papier-peinr fleurs jaunes et orange
Ces succès ne le grisèrent pas, bien au contraire, et Raymond Soulupe, le Modeste Mussorgsky du réalisme esthétique, mit un point d'honneur à rester accessible au chaland, fut-il pauvre et à la peau foncée. "Tout ce qui est solvable mérite la considération, tout ce qui paie cash mérite l'admiration" : cette devise, il la fit sienne dès ses débuts, et l'appliqua avec rigueur, réussissant souvent à vendre des chutes de quelques mètres carrés de moquette à des égarés sans le sou qui croyaient pouvoir emporter de quoi tapisser tout une maison du dernier cri de l'expression murale. "Ainsi, ils ne repartaient pas les mains vides, ils avaient le sentiment qu'un peu de beauté s'introduisait dans leur vie, et ça me permettait de faire tourner les stocks", expliquait Raymond Soulupe dans une interview accordée à France-Coulure peu avant sa mort.

Lorsqu'il ne créait pas la tendance, ce Rudolf Noureiev de la poésie verticale savait rester à l'écoute des signes de l'avenir : sols stratifiés ou carrelages imitation bois trouvèrent toute leur place dans son magasin bien avant les années 2000. Toutefois, Raymond Soulupe fut incontestablement et avant tout le prince de la rénovation murale, et ses nombreuses références de tissus tendus témoignent de cet engagement permanent. Nulle fissure ne l'effrayait car, plaisantait-il avec cet humour caractéristique d'une pudeur consciente de son génie, "j'ai fait lézarde déco". Alors résonnait son rire tonitruant jusqu'à la toiture en zinc de son magasin et, souvent, il lançait alors à l'une des vendeuses : "Venez dans mon bureau, Brigitte, que je vous accorde 5% de remise".

sol plastifié Smaritzci-contre : "Sol Smaritz noir sur fond noir", l'une des œuvres
les plus célèbres de Raymond Soulupe, reste aujourd'hui encore
proposée en magasin à 5,99 euros le mètre carré.
 
En hommage à son œuvre, les soldes de Saint-Maclou Bondy auront lieu jusqu'au 7 février inclus. Un réduction supplémentaire de 10% sur le prix affiché vous sera accordée sur présentation de cet article.
 
 
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Mis à jour ( Lundi, 08 Juin 2009 11:23 )  

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