[Résumé de l'épisode 6 de l'Hommage à la chanson françoise : Friday night dindonneau :
L'affirmation syntaxiquement révolutionnaire "J'en veux pour preuve ce steak" marque un tournant dans l'appréhension du dindonneau, par la transubstantiation de la viande blanche en viande rouge, un peu comme la Russie de 1917.]
Le steak envahit donc bientôt la littérature, notamment étrangère, bien moins préparée que la prose nationale à résister aux assauts de l'inculture. Les chiffres démontrent par ailleurs qu'il réside en moyenne 0 écrivain étranger à Morschwiller-le-Bas, olympe de la Chanson françoise. Plus troublant encore : il n'existe aucun Morschwiller-le-Bas en dehors du Haut-Rhin. Comment, dans ces conditions, le Dindonneau pourrait-il résister au steak aux States ?
Penchons-nous plutôt sur cet échange tennistique entre deux parfaits inconnus que nous ne nommerons pas afin de n'en point faire des connus imparfaits - ce qui est fort dommageable quand on gagne sa vie à ne pas se laisser reconnaître, à moins que ce ne soit Jean-Pierre Foucault qui vous fasse une blague, comme sur la photo ci-dessous.

Or, souvenons-nous des paroles de ce tube par chance inoubliable car, dans le cas contraire, nul doute que nous l'aurions oublié, et c'est bien pour cela que nous ne prendrons même pas la peine d'en citer le titre.
"Le steak austère lit Polo
Paul Auster, poli, hypothèque
Ce poster d'Apollo sec
Du bec est pataud."
La référence exégète ne surprendra que les germanistes qui réduisent la Chanson françoise aux tripots de Kohl. Mais la critique germanopratine à beau clap-clap-claper à ces vers, leur indigence dénonce des rimes fabriquées en série dans des usines tayloristes grises et grasses, où le labeur est l'argent du beurre. Qu'on ne vienne pas nous parler d'âme ! Alors qu'il suffit de si peu pour faire renaître la douce intonation des chants de jadis, quand l'anisette des bois murmurait aux fraises les délices. Exemple édifiant ci-dessous (où l'on notera que, à un vers près, c'eut pu être un haïku):
"Poste restaurante
Posse résistant
Pouce-pied à mon porc
Et un Galouzeau sur la montagne."
Ces vers commandent tant de respect qu'on en organiserait une cérémonie du souvenir avec porte-drapeau au pied de l'Arc de Triomphe. La Satiété des Gens de l'Être ne s'y est pas trompée, qui opposa ses armes les plus vigoureuses à l'invasion du steak, tout ses membres déjeunant au Café des Sports le mercredi 8 avril en signe de protestation envers les produits d'importation et de solidarité avec le Dindonneau. Il y avait là Louis X le Mutin, Isabelle de Nantoy-Siloy, Herbert Léonord d'Aquitaine, Denis Burpburp (dit "deux rots"), Alphonse Retour et plein de gens plus ou moins vraisemblables mais dont la présence donnait à l'assemblée une consistance qu'on retrouvait sous la fourchettes des commensaux grâce au menu à 12 euros du patron (un quart de vin compris). On entonna au café, pouce dans les bretelles, l'hymne des suceurs d'os à moëlle :
"Paul Auster, hostile au steak
De son austère lit d'Austerlitz
A terre lit par stères les périples
De l'aztèque Asterix."

ci-dessus : la terrasse du Café des Sports, haut lieu de la Chanson françoise (on note, sur la gauche, une enceinte à visée d'amplification pour coffres faibles, rituellement conspuée au son du ch'tit canon)
Il ne faudrait pourtant pas nous prendre pour des cons ni nous accuser d'anti-atlantisme primaire. La Chanson françoise étant universelle, ses ennemis ne le sont pas moins. C'est ce que dénonçait ce sublime cri d'alerte avant que son auteur ne retourne poussière intergalactique. Pour vous, traduites du limousin, les paroles de :
Jean Ferrat
"Rien Après vous"
"Seul au sol, l'astéroïde
surgi du ciel austral
à cette heure sans transe
se terre,
six pieds sous.
Sa ruse extraterrestre
assure à ses résidents
silence de passe-muraille,
anesthésie et soustrait
sa sentence :
putain de bordel, les aliens attaquent !"

Ci-dessus, une nouvelle preuve de ce que les aliens trament des trucs louche dont (plusieurs choix possibles): une invasion de la Terre ; l'asservissement du genre humain, la destruction de la galaxie ; l'onanisme dans les toilettes ; l'élévation d'un statuaire à Frederic Brown.
A ce propos, on me rapporte l'anecdote suivante, qui ne manquera pas de réjouir notre lectorat: le lama ci-dessus s'appelle José. Or c'est sous ce même nom que le chauffeur de l'ovni figurant à l'arrière-plan a passé sans succès le concours d'entrée à l'Ecole des hotesses de l'air d'Air France (la galaxie est décidément petite). C'est d'ailleurs ces petits détails hilarants qui offrent le torrent de l'inspiration auquel certains boivent à pleine gorge déployée le sang des innocents. Parmi ces derniers des derniers, notons ce quatrain inachevé de ma soeur qui ne vois-tu rien venir comment s'appelle-t-elle ?
Cataclysme climatique
Catogan sur toboggan
Il est beau le lavabo
(merde, j'ai foiré, je recommence)
Bon, puisqu'il manquait un vers la fois précédente, on vous en offre un en prime parce qu'on aime bien les bergers allemands (et pourtant, je déteste les poils aux oreilles). Ma soeur, c'est l'heure du slam (la preuve, on entend les cloches siffler dans le loin, que c'est triste, si vous voulez mon avis) :
Le bédouin Guy
Dont le méat rit
En plein Gobi
Et dont la Drôme adhère
Il est laid le bidet
(puuutain, encore raté, je recommence)
OK, bon, ma soeur, on va faire un break, là, vous me copierez cent fois "Je ne dois pas faire des quatrains de merde sur Poin-Poin en disant des gros mots", et je cède la parole à Léon Zitrone, qui nous entretient du sandwich crudités-thon depuis le cimetière de Saint-Germain-en-Laye où il réside depuis une dizaine d'années sans se plaindre bien qu'il s'agisse d'un logement collectif.
Pour rappelle, voici un portrait saisissant de Leon Zitrone en compagnie d'un homme qui, ayant honte de son prénom, le changea en "Guy", alors que, franchement, "Fiat", ce n'était pas si moche que ça (je connais personnellement un Guy-Lee Guy-Lee qui se fait appeler Simone Wong) :

Pour avoir du mordant,
Jacassait Belle-Maman
Encore faut-il avoir une dent
Voire deux-mettons cent !
LA CHANCE AUX CHANSONS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
(merci Léon)
Ceci pour un compte rond!
Relata L'Oncle Potiron dont
Nous ignorions la précise fonction.
Etait-il cache-tampon ou de la farce dindon?
(non mais maintenant ça ira Léon)
Les supputations vont
Bon train. Toutefois nous allions
L'été dans une maison fort peu adossée
A la colline. Là, Maîtres mots : -Ricoré et Farniente.
(Léon, là, franchement, ta gueule !)
Le soleil insola la tête chenue du père Magloire,
Un biberon. Nous l'ensevelissions prompt
Dans le cellier du bistro "La Petite Reine de La Poire".
Il y repose. Le crâne peu charnu. C'est con.
Nous interrompons nos programmes pour vous apprendre la mort subite de Léon Zitrone alors qu'il était décédé, et ce au moment même où l'on annonçait une possible résurrection de son compte en Suisse à l'instigation de ses héritiers directs (et ce sans aucun rapport avec L'Oréal du Rhin).
Car Morschwiller-le-Bas ne saurait souffrir la contre-indication d'une contraction rhétorique dans sa défense de la Chanson françoise (qui était partie faire un tour derrière l'église pour soulager un besoin pressant mais, tombant sur monsieur le curé, eut avec lui une explication qui ne tourna pas à l'avantage de ce dernier, la Chanson françoise étant doté de petits poings serrés vachement nerveux).
Oui, la Chanson françoise est imbattable, à la ville comme à l'étable, la Chanson françoise est notre ultime rempart, face au banjo et aux barbares, la Chanson françoise va sauver le monde, mais pas tous ses habitants parce qu'il faudra tout de même effectuer un tri sévère, on ne va pas se gâter les choux avec ces brassées d'irréductibles connards.
Ci-dessous, côte à côte : une vulgaire contrefaçon chinoise d'un champignon de Paris (à gauche) et une vue d'artiste de la Chanson françoise d'après nature.

Faudrait voir à pas confondre la Chanson françoise avec la Pop Cinquante, sur qui on ne peut compter en nulle occasion (on verra ci après que les jeux de société ne sont pas son fort et que, dans les salons on l'on cause, la Pop Cinquante n'est d'aucun secours pour faire la roue, alors que la Chanson françoise, elle, je vous demande pardon, elle se pose un peu là et se pare de lumière dont le brillance de mille feu illumine l'élégie d'une clarté solaire au firmament j'ai raté l'avion).
Elle ne reconnaît pas
Gilbert Bourdin
comme messie cosmoplanétaire
ni Alain Minc
comme une fulgurante lumière.
Au Trivial Pursuit
personne n'en veut dans son équipe
elle ignore même les règles du Subbutéo
et ne connaît pas
les dix dernières lanternes rouges
du Tour de France.
Ne lui demandez pas
combien étaient les Beatles
ou bien
Le Ball-Trap des Incohérents
(la réponse est deux)
vous avez mieux à faire.
Pendant que nous débattons
à haute voix
de l'avenir du monde,
elle mormonne dans son coin.
A bas la Pop Cinquante !
Vive la Chanson Françoise !
Anarchie Vin de Garage (cra)
Il est possible que les prochains épisodes de l'Hommage à la chanson françoise paraissent en volume relié sur la Toile avant la fin du monde, auquel cas vous en serez prévenu (et ne venez pas dire le contraire le jour du Jugement dernier, car Dieu sait tout, y compris ce que vous cachez à votre analyste).
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