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Pas pour les oeils chastes (11)

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Poursuivons notre périple de chasteté oculaire (en un seul mot oculaire, rien à voir avec le Dragon de Bob O'Neill) avec la multiplication des petits punks Viennois (en fait des thrash metalleux mais je ne sais me priver d'un calembour, ces fameux pets de l'esprit comme les appellent les culs pincés, décidément on n'en sort pas) de Pungent Stench.

pungentsqueletteContrairement à la pochette précédente (voir épisode 10), celle-ci est non seulement ornée d'une photo belle à voir (quelque chose de Jan Saudek dedans) mais aussi jubilatoire, d'ontologiquement jubilatoire. Si Jankelevitch dit qu'il n'y a pas de propédeutique de la mort, cette image a quand même une dimension d'apprentissage de la cadavérisation par le simple truchement de la mise en imaginaire d'un corps complet à partir de sa structure interne.

Ne possédant pas l'album (Praise the Names of the Musical Assassins, qui date de 1997), je ne sais de qui est cette photographie, si le caractère patiné années 30 est un style volontaire ou si elle date effectivement de cette époque, ce qui paraît toutefois peu probable, même si le corps du modèle (je parle du modèle en chair, pas en os) évoque plutôt la femme sexy telle qu'on la concevait à cette époque, c'est à dire plutôt charnue (le contraste avec le squelette n'en étant que plus marquant) et non privée coercitivement de ses poils pubiens comme c'est la règle aujourd'hui (à tel point que les modèles qui conservent leur pilosité sont classés dans une catégorie pornographique à part, ramenant ce caractère sexuel secondaire non pas à un rôle secondaire, mais à une anomalie de même nature que l'est la barbe au menton des femmes).

Bien sûr, la simple confrontation d'une jeune femme nue et d'un squelette porte en elle toute une symbolique (eros et thanatos, la vanité de toute chose, petite allons voir si la rose etc) qui semble déjà une sorte de lieu commun, mais ici la position de la jeune femme ragaillardit cette antienne symboliste. Allongée sur le dos, elle va chatouiller de ses orteils les fosses nasales du crâne pathétique et grotesque de ce qui fut peut être un jour un amant pétris d'amour, en tout cas de désir, et qui n'est plus que cette carcasse éphémère d'os joints. Elle y joint elle même quelques chatouillements là où il y eut un temps une aisselle sensible et où il n'y a qu'une articulation aussi inerte que le piston d'une machine. thadabara

On pense beaucoup à Theda Bara (anagramme de Arab Death, déjà !!), la première vamp du cinéma américain, posant devant un squelette censé représenté les restes de son amant (on ne dit pas si elle l'avait laissé sécher, si elle l'avait mangé, ou si elle venait de le déterrer pour faire l'amour avec ses restes). Sauf que le modèle de notre pochette n'est pas cette succube, ou pire encore, cette goule que tout un pan des artistes de la fin du XIXème siècle (ainsi Rops pour la peinture, et presque tous les grands poètes maudits pour la littérature) ont esquissé, victimes d'une vision éternelle d'un modèle de femme conçu et créé de toutes pièces par la bourgeoisie de leur temps, mais une joyeuse vivante qui taquine le nonos mâle.

On pense aussi à cette sublime mise en musique par Gainsbourg d'un texte splendidement affreux de Boris Vian chanté par Serge Reggiani et que je ne peux me réfréner de mettre in extenso

"Quand j'aurai du vent dans mon crâne/Quand j'aurai du vert sur mes osses/P'tet qu'on croira que je ricane/Mais ça sera une impmunchression fosse/Car il me manquera/Mon élément plastique/Plastique tique tique/Qu'auront bouffé les rats/Ma paire de bidules/Mes mollets mes rotules/Mes cuisses et mon cule/Sur quoi je m'asseyois/Mes cheveux mes fistules/Mes jolis yeux cérules/Mes couvre-mandibules/Dont je vous pourléchois/Mon nez considérable/Mon coeur mon foie mon râble/Tous ces riens admirables/Qui m'ont fait apprécier/Des ducs et des duchesses/Des papes des papesses/Des abbés des ânesses/Et des gens du métier/Et puis je n'aurai plus/Ce phosphore un peu mou/Cerveau qui me servit/A me prévoir sans vie/Les osses tout verts, le crâne venteux/Ah comme j'ai mal de devenir vieux".

On pense enfin au sublime dessin de Munch, la "jeune fille et la mort", dessin qui, contrairement à la peinture finale, représente beaucoup plus un squelette et dont la gestuelle dansante ajoute, comme sait tant le faire ce génie du symbolisme existentiel, une dimension à la fois enivrante et pathétique qui pétrifie. Pourquoi l'embrasse-t-elle aussi tendrement ce squelette? Parce qu'il fut son amant ? Parce que dans ses résidus calciques elle investit toute sa passion ? La morphologie pleine que le peintre a acccordé aux cuisses et aux fesses de cette jeune femme apporte une nouvelle fois un contraste fascinant à cette scène irréelle et malsaine. On peut lire toute l'histoire de cette peinture ici et se gaver de toiles de Munch ici

On notera qu'il exisgirlsandcorpseste un site et une revue "Girls and Corpses" dédiés aux jolies filles dénudées mises en scène avec cadavres girlsandcorpses2ou squelettes dont la nature du goût peut être effectivement discutée même si la dimension potache est tout de même assez perceptible. Schwarzenegger a trouvé utile de l'interdire sur le territoire californien. Pourtant les condamnés qu'il fait exécuter auraient pu fournir de nouveaux modèles à la revue et donner à leurs anciens propriétaires une nouvelle carrière de star posthume.

Non Jean Edouard, il ne manque pas le sexe du squelette, non, le pénis n'est pas un os, non Jean Edouard, même pas un muscle, simplement deux corps caverneux qui se remplissent de sang quand tu penses à Eglantine (regardes le schéma là, voilà, c'est comme ça). erectionOui enfin Eglantine nue, donc quand tu "imagines" Eglantine.

Des corps caverneux, comme les pithécanthropes ou les hommes de Croc Magnon. Oui Jean Edouard, c'est rendre hommage à tes ancêtres que te ruer le sexe en érection sur Eglantine en poussant des grognements de bête en rut.

Non, ce n'est pas obligatoire de la traîner par les cheveux dans ta chambre. Seulement si elle aime. Demande lui toujours avant (faut tout lui dire à ce garçon).

 

extrait : Serge Reggiani - Quand j'aurai du vent dans mon crâne  

Mis à jour ( Dimanche, 10 Septembre 2006 15:41 )  

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