Comment procède la censure quand elle veut émasculer la portée d'une image ? La pochette d'aujourd'hui va nous permettre d'illustrer cette question.
Il s'agit de Dirty Rhymes and Psychotronic Beats des infectieux Pungent Stench, groupe Viennois, ville qui, comme dans d'autres disciplines (Thomas Bernhard, Alfreda Jelinek, Michael Haneke) produit ce qu'il y a de plus iconoclaste, sulfureux et radical. Leurs pochettes flirtant toujours avec le cadavérique et les corps en décomposition, y intègrent souvent des situations sexuelles qui finissent de les envoyer direct au pilori des censeurs. La photo qui orne la pochette de leur 3 ème album (1993) fait pourtant exception non seulement dans leur discographie mais globalement
dans l'iconographie à notre disposition depuis qu'un futé eut décidé d'entourer une galette d'acétate d'une couverture décorative. En effet, il s'agit de la photo d'une femme tout ce qu'il y a de corpulente, aux mamelles démesurément affaissées et arborant d'énormes pansements répugnants, dont le visage est de plus recouvert d'une cagoule de bourreau médiéval, et qui semble venir de découper la main d'un homme (son mari ?), qu'elle a déposé auprès d'un étron et d'une de ces décorations ridicules qui culmine au sommet des pièces montées qu'on dévore à la noce. Munie d'un hachoir et d'un couteau de tueur des abattoirs, elle semble exulter. Une autre main pend derrière elle sur le mur, témoin d'un massacre récent. 
L'aspect surréaliste de cette pochette à la sémantique absconse, n'empêcha pas dame censure, aux ciseaux plus contondants encore que les armes blanches de notre brave découpeuse matrimoniale, de s'acharner sur elle. Dans un premier temps, la pochette fut tout simplement amputée des mains, au sens de "expurgée des mains qui y figuraient". On n'y voyait donc que la tête cagoulée et les deux monstrueuses mamelles flappies de notre héroïne. On peut donc en déduire que ce ne sont pas les attributs mammaires qui choquaient en 1993 le censeur européen, mais les visions scatolog
ico-gores.
Tout dut changer lors des 8 années qui suivirent, car la pochette de la réédition fut de nouveau légèrement retaillée, afin cette fois d'oblitérer une grande partie de ces masses mammaires, ceci par un subterfuge de pseudo-décorum périphérique.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là, il fallait faire confiance aux Etats-Unis pour pousser le ridicule jusqu'au bout, ce qu'ils firent avec l'application dans la bêtise qu'on leur connaît. Après le passage du coupe-coupe américain, ne restait plus de la pochette (en 1994) que la ganache effrayante et cagoulée de notre sympathique viennoiserie, montrant bien que pour ce peuple
aimable et pacifique, une poitrine tombante reste bien plus révoltante que la vision d'une psychopathe déguisée en bourreau.
On en dit toujours plus en dévoilant ce qui nous heurte et nous dégoûte qu'en disant ce que l'on trouve beau et émouvant (message personnel à quelqu'un qui ne lira pas).
Je tiens à faire remarquer à nos lecteurs fidèles que pour la première fois depuis le début de cette sérieuse série, Jean Edouard n'a donné aucun signe de fébrilité sexuelle, sa nouille, que je viens d'extraire délicatement de son slip kangourou par souci de vérification scientifique, étant bien tout ce qu'il y a de flacide, recroquevillée entre ses cuisses comme un petit animal apeuré. Une pochette qui nous permet donc de savourer enfin une victoire contre la tyrannie des hormones à un âge où elles se déchaînent dans nos pauvres enfants.
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