S'il y avait une pochette "sexe" que je devais élire comme ma préférée, je pense que ce serait celle-ci, celle du premier EP-LP (on verra que le terme a été l'objet d'une controverse) de Boss Hog, autrement dit du groupe de Cristina Martinez devenue Mme Spencer, épouse officielle de Jon Spencer, leader du Jon Spencer Blues Explosion (JSBE), qui a fait d'excellents albums entre parenthèses (bien qu'écrit sans parenthèses) et ex-leader des légendaires Pussy Galore (rien que le nom donne déjà des sueurs froides) où déjà ils sévissaient ensemble après qu'elle soit venue poser pour le premier EP du groupe (c'est bon, vous suivez ?).
Boss Hog restera pour Jon Spencer un projet annexe lorsqu'il fondera le JSBE et deviendra après ce premier EP-LP (en 1989) le véhicule de sa superbe Christina. Cette pochette me semble emblématique de ce que j'appellerai le nu féminin triomphant. Il n'y en a pas tant que ça dans l'iconographie du rock.
Dans l'histoire de l'art, il y en eut quelques unes, généralement des
métaphores de victoires guerrières, où des femmes, qui y perdent pourtant leurs maris quand elles sont jeunes et leurs enfants quand elles vieillissent (de nos jours, le modèle s'est largement amélioré, les guerres tuent principalement les femmes et leurs jeunes enfants), sont prises comme figure tutélaire dénudée (il faut voir au moins un sein, celui qui nourrit de sa potion lactée le courage du guerrier) de la tuerie belliqueuse de ces messieurs. Samothrace en est un exemple. Les combats révolutionnaires donnèrent aussi dans la caution féminine telle la "Liberté (dépoitraillée) guidant le peuple" de Delacroix dont on préférera l'Odalisque représentée ci-contre.
Le combat de Jon et Cristina, à l'image du titre du premier EP de Pussy Galore ("Feel
Good About Your Body") c'est celui contre la vertu, la frustration, la vision honteuse du sexe et plus largement du corps, de ses formes, de ses caprices, de ses pulsions. Sur un fond uniformément blanc (précaution relativement prudente oui) et devant l'énorme empâtement d'un matronyme volontairement porcin, elle se tient fièrement, entièrement nue si ce n'étaient de hautes cuissardes lui frôlant le sexe non épilé et presque visible, ainsi que des gants de cuirs lui remontant au plus haut des bras, non pas dans quelque pose lascive mais dans une posture qui semble nous dire "tu vois, là, je suis prête à sortir dans la rue, je me sens habillée, je suis foutue comme ça, et si ça me plait de me ballader dans tes rues dans cette tenue, je ne vois pas ce que tu as à redire à ça. Si ça te perturbe, have a wank". D'accord, l'interprétation est invérifiable (d'ailleurs sur la photo de droite prise dans la rue, elle est habillée bien correctement) mais le couple colle assez bien à cette version. La saine franchise de cette pochette me donne envie de la dégainer dès que je vois ces quintaux de photos de jeunes chanteuses dans des poses faussement naturelles et dont la volonté de faire bander l'esthète qui sommeille en tout mâle (à moins que ce soit l'inverse) ne dit pas son nom (si, de la tartufferie).
Le titre de l'objet finit de faire fondre (je reste tout en finesse) le (a)mateur puisqu'il s'agit du plus beau programme vespéral dont on puisse rêver "Drinkin', Lechin' and Lyin'". Ce qui ne gâche rien, le disque est excellent, peut être le meilleur de Boss Hog, doté d'une production Albini absolument abrasive.
Ah oui, la controverse. C'était lors de la parution du dernier Boss Hog WhiteOut (beaucoup plus inoffensif) pour lequel le petit monde des indés s'était soudainement emballé après avoir snobé le groupe pendant 10 ans. Relatant leur carrière, les Inrockuptibles omirent étrangement ce premier opus dans la discographie illustrée du groupe. Je leur signalai, me demandant si ce n'était la pochette qui leur posait problème, leur fournissant même l'image. Ils la publièrent avec pour réponse qu'il s'agissait d'un EP et non d'un LP. Avec 6 titres et une durée de près de 30 minutes, j'utilise cette tribune pour le contester. Les lecteurs de ce journal relativement cul pincé ont pu au moins se lâcher un peu (toujours la délicatesse).
Si en plus on veut écouter du Boss Hog et voir Cristina en video ("full of hot lesbian action" comme il est dit et son refrain à garder pour les soirées chaudes "don't you worry, give me what you can"), on peut cliquer là http://www.hogboss.com/video/index.html.
Sinon, Jean Edouard, tu serais gentil de vite éponger avec un kleenex cette petite flaque là près du clavier, si maman entre, j'ai peur qu'elle ne te croit pas lorsque tu lui bafouilleras, des gouttes de sueur perlant des sourcils, que ça doit être un peu de ton yaourt qui a dû se renverser. Je te rappelle en effet qu'il était à la framboise. Ou alors dis-lui la vérité, mais que c'est en pensant à Eglantine. Je suis sûr que ça lui fera plaisir.
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