On arrive ensuite à l'une des pochettes les plus intrigantes de l'histoire. Celle de Back To The Shit de Millie Jackson (1990). Intrigante parce que, contrairement à la plupart de celles dont nous parlerons, elle touche non pas un genre musical ou un "artiste" casé dans une niche marginale du marché (on dirait que j'ai fait une école de commerce) mais une chanteuse de soul funk commercial (parfois assez proche de Tina Turner) dont la carrière marchait plutôt bien et qui, de surcroît s'était mise dès la fin des seventies à faire de la surenchère dans l'évocation sexuelle avec une délicatesse assez relative (entendre ces speeches intersongs sur scène, on dirait Bigard), que ce soit sur les poses ou les textes des chansons.
Née en 1944, Millie Jackson a donc 46 ans quand paraît cet album qui suit deux tentatives du label Jive d'en faire une artiste plus acceptable. Comme cela ne marche pas vraiment, ils mettent la barre à l'autre extrême avec ce titre qui semble dire "Retour au vrai truc" mais qui dit tout de même "Retour à la merde". Pour la pochette,
deux hypothèses sont possibles. Une que je dirais optimiste et une regrettable. L'optimiste c'est que Millie Jackson elle-même ait décidé que pour illustrer le titre, elle s'assiérait slip aux chevilles sur les chiottes et ferait mine de déféquer. C'est son choix, pourquoi pas, ce n'est pas un adulateur de Lyzane Potvin qui irait lui reprocher au contraire. La regrettable, c'est que ce soit une idée de concepteur payé à prix d'or et qui ait trouvé "gééééniâl" cette saillie de son cortex empoudré.
On imagine alors la scène : Millie Jackson arrive, les lumières sont prêtes, l'équipe est là, la maquilleuse a fait son ouvrage sur le visage de la star, et le photographe dit alors à la chanteuse "Bon Millie, tu vas t'asseoir sur le trône, du baisses ton slip jusqu'aux chevilles, et tu fais semblant de pousser pour chier un coup ! Prends ta godasse droite dans la main, comme si ça t'aidait à faire ! Allez un peu plus de conviction merde, il faut qu'on sente l'effort là !". On a beau se dire que ça n'a pas pu se passer comme cela, on n'en est pas tout à fait sûr et je n'ai pas été parcourir les interviews de la toujours pimpante et sémillante godmother of soul (enfin grandmother maintenant) pour voir si elle donnait des précisions sur la séance (ni sur la simulation ou non de la scène, tout est possible dans la grande famille du show-biz). J'aimerais aussi connaître le contenu sémantique du vase fleuri près de la cuvette mais je n'ose imaginer la réponse.
Bon, ceci dit, ça n'a pas eu l'effet escompté, le disque méritant bien le qualificatif qui va avec le titre et sa pochette. Elle n'a depuis pas cessé de faire sa black Mae West, triomphant à 62 ans avec sa pièce "Younger Man, Older Woman" (on voit le thème) et sortant un album intitulé Not For Church Folk (sûrement un album de chevet de la famille Bush) et un single (excellent d'ailleurs) au titre toujours aussi délicat de "Butt-A-Cize". On reste dans la même zone anatomique mais quand même moins stercoraire comme dirait Jean Clair.
Message à Jean-Edouard, Paris 8ème : "oui, je sais, c'est difficile à admettre, mais les femmes font aussi caca. Oui, même les jeunes filles de bonne famille, oui, même Eglantine rencontrée au rallye de samedi soir, ça lui arrive. Une fois par jour si ça se trouve. Mais quand on aime, on aime tout chez l'autre tu sais. Arrêtes de pleurer Jean Edouard, tu nous fais de la peine.
| < Préc | Suivant > |
|---|






