Lyzane a a dit aux tenanciers du Kata Bar et du Sexodrome d'aller se faire foutre. Elle a remballé ses toiles et s'est tirée. Ils se foutent en réalité de l'art et ne sont intéressés, les uns que par la quantité de bière qu'ils vont faire ingurgiter à leurs clients, les seconds par la quantité de foutre qu'ils vont faire décharger à leurs clients, autrement dit par le fric le fric le fric le fric le fric. Elle va aller voir à New York si la moisissure ne serait pas moins épaisse que dans cette ville muséifiée par les Delanoë et con(les)sort(e). On va la perdre, et c'est à vomir de honte. Extrait
Je n'ai rien à dire sur Lyzane Potvin, si ce n'est que c'est mon plus grand choc depuis Zoran Music, et que je partage sa fixation sur cet amas de viande qu'on appelle notre corps, au point d'avoir trouvé en elle l'âme-sœur improbable. Bien sûr, certains s'étaient approchés de cette bidoche que les hasards de la naissance nous infligent jusqu'au trépas, mais presque toujours (à l'exception de quelques-uns, tel Egon Schiele) avec cette caution esthétique, ces concepts écrans, cette euphémisation tellement répandue parmi les Artistes, qui plus est quand ils sont mâles et qu'ils se trimballent une usine à production hormonale, et accessoirement pour les plus chanceux, à érection, entre les cuisses.
Leurs pâmoisons, leur bandaison transcendée m'ont toujours profondément dégoûté. Restait bien sûr Lucian Freud. C'était peu. Et lui aussi en restait à l'épiderme, l'enveloppe, une peinture de cadavres vivants emballés dans leur linceul de peau comme un jambon sous cellophane.
De nombreuses femmes avaient déjà posé des jalons mais la dimension artistique prenait toujours le pas.

Son dégoût est non pas envers cette chair saignante (1) qu'elle explore en la tailladant avec somme toute une tranquille assurance (je la coupe, elle saigne, ça fait mal, regardez, bon, voilà), mais envers ce corps social qui lui, est depuis longtemps exsangue, décomposé, putréfié. Les amateurs d'art sont comme les derniers asticots qui le font remuer encore, ce qui l'a conduit à cette trouvaille récente de la truie encagée, qui, dotée de la parure qui réveille le cochon qui sommeille en tout homme (bas résilles, slips et soutien gorges noirs), lui signifie que lorsqu'il cède à ce désir, c'est bien une truie qu'il saillit.
Ce refus absolu des fourches caudines sous lesquelles l'artiste est soit disant obligé de passer quand il s'agit en fait de l'enfourcher pour le vider comme un poulet, est la seule attitude responsable quand on croit encore que la dignité humaine ne tient pas dans sa bidoche, dont il faudrait conserver l'usufruit et dissimuler à la vue d'autrui, mais dans son âme.

(1 ) De toute façon le rapport à notre chair, notre sang et notre corps est le seul rapport qu'on ne peut occulter si on décide de vivre. La douleur, qu'elle soit interne ou externe, fait partie du quotidien. Le fait que l'on soit, bêtement, de gros bouts de viandes que l'on essaye de porter du mieux que l'on peut ça m'intéresse et ça me déçoit aussi. Le contraste entre la douleur et le plaisir me fascine car l'un ne va pas sans l'autre. Sinon je n'éprouve pas de répulsion pour mon propre corps.
Conversation avec Lyzane Potvin dans New Wave n°10 et 11 (juin et septembre 2005) http://www.celiableue.com/site.php?type=P&id=2

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