Pierre Autin-Grenier n'a pas de bol: il est tombé dans un monde qui se refuse au bonheur. Et qui refuse de foutre la paix royale à ceux qui ne demandent qu'une chose: justement, qu'on leur foute une paix... non, même pas royale, juste la paix. Histoire d'observer l'oiseau sur branche, de laisser son esprit vagabonder, d'écrire quand ça veut bien sortir. De se souvenir, car les souvenirs aussi, ne vous laissent pas toujours tranquille, parfois ils ressemblent à des démons.
Une histoire est une trilogie. Les trois volumes, Je ne suis pas un héros, Toute une vie bien ratée (ce titre!) et L'Eternité est inutile ne sont pas plus épais qu'une unilogie (oups!) russe. Chaque opuscule est composé d'historiette de deux pages à une dizaine. Nous ne sommes pas dans le domaine du superlatif.
Un peu comme Cavanna, Autin-Grenier est un amoureux de la langue. La sienne fourmille d'expressions qui rappellent la richesse du langage populaire et que celui-ci est bien plus imaginatif et vivant que le parlé des ceux-qui-savent. Son ton très personnel joue souvent avec la syntaxe. Détaché, plein d'humour, avec un sens achevé de la chute.
Autin-Grenier serait sans doute anar' si cela ne supposait pas déjà de s'attacher à des principes. Or, à part la sieste, l'andouillette grillée et le pouilly-fuissé... Il est une voix espiègle et un tantinet enfantine au fond du jardin, dans les broussailles de la littérature, tandis que ces messieurs-dames déjeunent sous le parasol. Tout étonné d'être là.
Le meilleur résumé de son oeuvre est sans doute l'exergue de Toute une vie bien ratée (empruntée à Pessoa, et que j'ai longtemps colportée avec mon avatar sur le forum de Poin-Poin) : "Je ne suis rien. Je ne serai jamais rien. Je ne peux rien vouloir être. A part cela, je porte en moi tous les rêves du monde."
Lors de votre prochaine visite dans une librairie, prenez un de ses livres, et lisez un texte au hasard. Cela ne vous coûtera qu'une poignée de minutes. Et quelques euros, car vous ne pourrez pas vous refuser ce plaisir.
Je ne suis pas un héros (1193), Toute une vie bien ratée(1997) et L'éternité est inutile (2002) sont parus chez L'Arpenteur (Gallimard). Les deux premiers ont été repris en poche chez Folio.
chronique de C'est tous les jours comme ça (2010)
interview de Pierre Autin-Grenier dans Le Matricule des Anges (1998)
bibliographie et extrait de L'Eternité est inutile sur Remue.net
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