poin-poin
Bannière

 
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home Interviews/Concerts Interviews Anne Archet, entrevue, juillet 2006

Anne Archet, entrevue, juillet 2006

E-mail Imprimer PDF
Anne Archet nous livre au travers de ses cahiers ses aphorismes, ses poésies, futilités et états d'âme, le tout emballé par une plume très libertine. Ses écrits (ou son blog : mais comme toute canadienne qui se respecte elle évite conscieusement les anglicismes) ne nous ont vraiment pas laissé indifférents. Nous voulions en savoir plus sur son univers musical, elle a eu la gentillesse de nous répondre.
 
zepablo :  Je suis ravi que vous ayez accepté cette courte (internet oblige) entrevue.
 
Anne Archet : Tout le plaisir est pour moi. Il est bien rare qu'on s'intéresse à mes goûts musicaux...
zepablo :  Je dois avouer être tombé sur vos cahiers par l'entremise d'un ami qui m'a fortement incité à m'y plonger, m'y repaître. Aujourd'hui je suis tout surpris de vous écrire, et si manifestement je suis un peu plus vieux que vous j'ai néamoins la persistante impression d'être le petit enfant dans cette histoire.
 
Anne Archet
: C'est probablement dû à ma notoire propension à administrer des fessées  aux vilains garnements ! 
 
zepablo : En lisant certains dialogues et autres entretiens que vous avez donnés sur divers blogs ou magazines, un frisson m'a parcouru : vous vous émouviez de la présence parmi vos lecteurs de "mythomanes, obsédés, handicapés sociaux-affectifs, monomanes, masturbateurs compulsifs, beaufs amateurs de pornographie et de steaks-frites, analphabètes fonctionnels, imbéciles dysfonctionnels, schizophrènes désintitutionnalisés, sans oublier les deux ou trois Jesus-freaks qui veulent sauver mon âme, les quelques satanistes qui veulent que je la vende à Lucifer..." or j'ai la désagréable impression de me reconnaitre un peu -juste un peu- parmi certains de ces portraits.
 
Anne Archet : Pourquoi ? Vous connaissez Lucifer personnellement ? Dans ce cas soyez un ange et dites-lui qu'il a oublié son slip chez moi…
 
zepablo : Lorsque l'on parcourt vos écrits, on apprend beaucoup sur vous (même si comme vous le dîtes, ils sont constitués de 30% de mensonges éhontés, 30% de faits vécus, 30% de vérités éternelles, et enfin 10% de monoglutamate de sodium). Une dimension cependant parait particulièrement absente, la musique. Le pseudo que vous avez choisi laissait espérer plus je dois dire.
 
Anne Archet : C'est que l'archet en question ne sert que de support à un bien médiocre calembour. 
 
zepablo : Par ci par là cependant je glane quelques informations : l'une de vos maîtresses vous fît découvrir le jazz, vous aimez Varèse, vous citez dans une nouvelle le titre Born to be wild (mais on sent que la référence n'est pas vraiment musicale), enfin vous exprimez l'idée que la musique la plus sublime du monde est « Oh, oh, oh ! » (petits cris de jouissance, de plaisir). 
 
Anne Archet : Décidément, vous êtes un véritable Annearchetologue.
 
zepablo : Chère Anne dîtes nous en plus ! Quelles mélopées accompagnent vos agapes ?
 
Anne Archet : Je vais vous décevoir : rien du tout. La musique comme bruit de fond m'agresse, surtout lorsque je me consacre à des activités importantes comme l'amour, l'écriture ou la pédicure. Or, la musique est omniprésente dans nos sociétés, puisqu'elle est une des armes dans l'arsenal de la publicité. Alors imaginez à quel point mon irritation peut être constante…

Pour apprécier la musique, je dois me consacrer entièrement à son audition. C'est une question de respect pour l'artiste. Et c'est aussi dans mon cas une façon d'éviter la migraine. 
 
zepablo : Quelle jazz vous fît donc découvrir cette femme ?
 
Anne Archet : Le premier disque qu'elle m'a fait écouter fut Out to Lunch d'Eric Dolphy. Julie (car c'est son nom) était fan de Coltrane, d'Ornette Coleman, d'Albert Meyer. Depuis, le Free est le seul genre qui m'intéresse vraiment. Carla Bley est une de mes préférées, ainsi que Charlie Haden, Cecil Taylor, Archie Shepp, Roland Kirk... 
 Mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est la musique contemporaine. Stockhausen, Webern et Varèse sont des coups de cœur éternels, ainsi que Nono, Schoenberg, Cage, Phil Glass...
 
zepablo : Est-ce que des refrains revendicatifs de groupes rock secondent vos slogans anarchistes (et le fait d'être née la même année que le punk n'aurait-il finalement pas eu une incidence sur votre vie) ? 
 
Anne Archet : Les compagnons anars que je côtoie (rarement quand même, car je ne suis guère fréquentable) sont généralement amateurs d'une forme ou d'une autre de punk. En ce qui me concerne, je suis une analphabète fonctionnelle en matière de musique populaire : je connais les divers genres et quelques noms de groupes, juste assez pour ne pas avoir l'air trop idiote lorsque la conversation dérive vers le sujet. En fait, je n'aime et n'écoute qu'un rocker –  Zappa pour ne pas le nommer – mais ce sont surtout ses œuvres d'avant-garde qui m'intéressent, comme le splendide Yellow Shark. 
 
zepablo : Vos coïts sont-ils soutenus par des guitares endiablées (ceci est diablement stupide comme parallèle, je dois l'admettre) ?
 
Anne Archet : Ils sont plutôt supportés par les multiples ressorts ensachés de mon matelas Simmons.
 
zepablo : Plus prosaïquement, pourrait-on vous séduire avec de la musique ?
 
Anne Archet : Bien sûr, car ce qui me séduit, c'est l'intelligence. Et une belle paire de fesses, mais ça, c'est une autre histoire. 
 
zepablo : Pratiquez vous un instrument... (vous qui portez le nom d'archet) ? 
 
Anne Archet : Non. Et je chante très faux avec ma voix de Minnie Mouse. 
 
zepablo : Sur ce, je passe la main au Lucifer que vous invoquiez plus haut, lui aussi brûle de vous poser quelques questions...
 
Lucifer : Vous mettez une phrase de Bataille sur vos mails.
 
Anne Archet« Le cœur est humain dans la mesure où il se révolte »...  c’est fort, n’est-ce pas ?
 
Lucifer : Pourtant, ce qui me frappe dans vos textes, c'est leur dimension ludique, l'absence de la
mort, comme si Eros s'était débarrassé de Thanatos, ce qui n'est pas tout à fait le cas de Bataille. Vous voyez une cohérence là-dedans ? 
 
Anne Archet : Sûr, parce que l’érotisme est chose bien complexe. Je suis d’accord avec Bataille pour dire que l’érotisme a de commun avec la mort qu’il réfute la fermeture sur soi de l'individu, fermeture à laquelle il doit sa conscience et son moi. Mais l’érotisme est aussi un jeu, une joute où il s’agit d'amener l’autre à sortir de son retrait, à s’exposer. Et c’est aussi un don, une perte, une activité qui va à l’encontre de l’échange, puisqu’on s’y adonne sans autre fin que de s’y adonner. J’ai tendance à insister sur ces deux derniers aspects, peut-être parce que j’ai un peu trop flirté avec la camarde ces dernières années...
 
Lucifer : J'ai découvert une de vos compatriotes, Lyzane Potvin, qui vit à Paris, que j'ai interviewée pour un fanzine et sur laquelle un de mes sbires a fait une chronique sur poin-poin (),  tant est si bien qu'elle est presque devenue une amie. J'admire son travail et surtout je me sens en phase avec son refus de l'euphémisation, ce qui semble être un travers masculin. Alors, est-ce que vous connaissez Lyzane Potvin (je veux dire son travail), est-ce que vous aimez (son site est ) ?
 
Anne Archet : Non, je ne connaissais pas, mais oui, j’aime beaucoup, même s’il me reste encore beaucoup à découvrir. Mais dites-moi, en quoi l’euphémisme est-il un travers masculin ?
 
Lucifer : Qu'est-ce qui fait à votre avis que les canadiennes ont cette liberté pour parler du corps ?  Est-ce que vous êtes en fait les deux seules et les autres sont coincées comme des nonnes ?
 
Anne Archet : Serais-je en présence d’un candidat à l’immigration ? Je vous avertis, il fait -40°C en hiver et 40°C en été. Le Québec est situé en bordure des portes de l’enfer - c'est pour cela qu'on y retrouve tout plein de jolies succubes...
 
Lucifer : Quand je parle de votre site, j'entends répondre parfois "exhibitionisme". 
 
Anne Archet : Ah oui ? Je veux des noms ! 
 
Lucifer : D'ailleurs c'est un reproche que j'ai aussi entendu à mon sujet. Qu'est-ce qu'on peut répondre à cette éternelle litanie ?
 
Anne Archet : Je ne suis absolument pas exhibitionniste, puisque je n’exhibe rien du tout. « Menteuse » serait une épithète mieux choisie. 
 
Lucifer :  Je n'ai plus d'idée, si vous en aviez une, merci d'avance.
 
Anne Archet : J’en ai une. Si on faisait la révolution ? Bisous, AA. 
 
 
Mis à jour ( Lundi, 31 Juillet 2006 03:41 )  

Poin Flash

LA ZICMUCHE, le "blog lamentable", les girafons... Rejoignez LE FORUM POIN-POIN.

 

MIXTAPES Nouveau !!! La Battle Mixtape JeanRhume vs Cidrolin - la Battle Mixtape Waka vs Rhume / Et toujours : la Mixtape Poin-Poin 1 - la Mixtape Poin-Poin 2 - la Battle Mixtape JeanRhume vs DJ Duclock

 

POLAR et POLITIQUE : c'est le thème du onzième numéro de L'Indic. L'excellent "noir magazine" perquisitionne aussi chez Rivages Noires pour leurs 25 ans et enquête du côté de trois autres éditeurs, Asphalte, La Tengo et Ecorce. Plus plein de rubriques et de chroniques débordant sur le cinéma et la musique. Sommaire ici.

 

VAPEUR MAUVE, le zine du site Rock60-70, consacre la couverture de son n°12 à Steve Hillage. 125 pages avec aussi Jeff Beer, Gordon Giltrap, Roger Hodgson, Denis Protat, Ganafoul, Locanda Delle Fate, Guy Segers, Voodoo, ainsi que  Bob Dylan, Mott The Hoople, le prog italien, Grateful Dead, Aerosmith, les Gypsys, Bert Jansch et des chros livres et DVD. A télécharger gratuitement ici