Aïe ! bordel ! je suis tombé dans un trou spatial temporel folklorique.
J'ai pris une bonne purée de musique old time dans les tripes. Le genre de décharge qu'on n'oublie pas de sitôt. Faut dire la musique old time ça envoie du bois. En l'occurrence celle de quatre types : un banjo "gourde" (c'est à dire à l'ancienne -en bois justement- et une vraie peau) manié par John Herrmann, un violon (au format de boîte à cigares, toujours à l'ancienne donc), celui de Dirk Powell, et enfin une mandoline et une guitare, celles de Tim O'Brien, l'espiègle.
Faites tourner la camomille !
1798, pardon, 1998, Tim et ses deux compères sont tombés amoureux d'un roman, "Cold Mountain". La trame de celui-ci est basique : un amour fort au milieu de la guerre de sécession dans les montagnes des Apalaches, celles qui ont vu naître le old time et le bluegrass. Bon, pour avoir lu le roman, je suis resté sur ma faim: de bons gros sentiments, l'idée que c'était mieux avant, etc. Il n'empêche que la galette dont je vous parle a pour but de devenir en quelques sortes sa bande son (ironie de l'histoire, le film est sorti depuis et la B.O a été réalisée par d'autres).
On se retrouve donc plongé dans cette musique "Old Time" : un mélange hasardeux entre toutes les musiques traditionnelles des immigrants (irlandais, écossais, anglais, gallois, français, etc.), celles des esclaves noirs et celles des occupants (cherokee). Et la putain de force qui se dégage de cette musique est particulièrement ambiguë.

Il flotte un air mélancolique, l'idée d'un Eden perdu (probablement celui des immigrants d'ailleurs, celui des indiens Cherokees ou encore celui des esclaves noirs qui ont eux aussi perdu leurs terres à jamais). Une tristesse dans laquelle la petite fiotte rageuse que je suis ces temps-ci se complaît. Et pourtant, au-dessus de cet épais magma de
RESIGNATION, certaines arabesques laissent penser que l'on peut toujours trouver du plaisir et de la joie dans la vie de tous les jours. C'est très très con et fleur bleue (grass) mais bordel c'est exactement le sentiment que cette musique fait naître en moi: une résignation mélancolique mais dans laquelle on va pouvoir toujours trouver des moments de joie.
Bref, c'est un disque pour les déprimes légères, genre Lysanxia (ou pour les groupes de danses folkloriques rayon 3e âge).
Un dernier mot : ne soyez pas stupide au point de confondre le old time ou le bluegrass avec la country. Si tel est le cas, vous êtes une merde, infâme lecteur. Mais vous pourriez être encore plus vulgaire si vous y ajoutiez cette sorte de préjugé qui veut que l'on associe toutes les musiques "sudistes" américaines de cette période avec l'idée du racisme.
Vous trouverez ci-joint deux extraits : le premier titre -sans parole- qui est en fait un medley :
Mountain Air, Washington's march, Bonaparte's retreat (c'est du vécu ça messieurs 'dames), et un second chanté par Tim O'Brien, un classique,
Chuck Old Hen. Après vous pouvez revenir au XXIe siècle.
V/V