Deliverance...expérience extrême.
B.O "Duelling Banjo" (1972)
(délivrance ! en français)
C'est d'abord un film, très prenant, de John Boorman. Un quatuor d'américains types décide de descendre en canoé une rivière des Appalaches ("Appalachian mountain", dixit les crêtes bleues). La descente tourne en une visite des enfers de l'amérique profonde, très profonde ; au programme : ultraviolence, viol, meurtre. Deux scènes restent très célèbres : celle dite "de la truie" (ici inutile d'aller plus loin, soit vous avez vu le film et vous savez ce dont nous parlons, soit vous avez plus de 12 ans et vous avez le droit d'aller louer le film illico), et celle dite du "duel avec le demeuré". L'intégralité du film est hanté par une musique terrible : du banjo, du banjo, encore du banjo ; géniale idée que de laisser planer cette amérique wasp complètement consanguine et isolée dans ces standards du banjo bluegrass tout au long du film.
Le Kentucky, les Appalaches, c'est le bluegrass (l'herbe bleue -surnom du Kentucky-). Le demeuré c'est l'aboutissement du processus, le gars est manifestement trisomique, perdu au milieu de nulle part, la dégénérescence américaine la plus aboutie, mais c'est un virtuose du banjo. Nous sommes dans les extrêmes : extrêmement con, extrêmement bon. Et Boorman n'a pas fait les choses à moitié. Il n'a pas simplement placé des standards du bluegrass sur son film. Il a demandé à Eric Weissberg de les jouer, extrêmement bien, extrêmement vite -ce qui n'est pas lié !- (Weissberg fut un musicien de studio, avant de devenir célèbre avec cette B.O). A ce sujet inutile aussi de se voiler la face, à l'instar de Yngwee Malsmsteem, le joueur de banjo normal cherche à jouer surtout plus vite que son voisin. Ici donc cela va très vite, vraiment très vite. Et l'accompagnement est austère (extrême je vous dis), très peu de fiddle (violon bluegrass), pas de contrebasse, pas de mandoline.
Le morceau dit "duel avec le demeuré" est resté d'anthologie. 
Au départ ce titre s'appelait "duelling fiddle" (duel de violons), et Eric Weissberg avec Steve Mandel le transforment en duel guitare/banjo (que tout le monde soit rassuré le banjo gagne, faut-il en déduire que plus on est con plus on joue vite, non ! cela ferait trop plaisir à tous les groupes Doom que DKelvin sort de ses manches).
L'album s'appelle d'ailleurs lui aussi Duelling Banjo. On y retrouve donc pas mal de standards bluegrass digérés, anal-ysés, recrachés, lavés de toutes leurs improbables fioritures : Old Joe Clark, Little Maggie, Rawhide, etc...
J'apprécie particulièrement Pony Express (la musique comme le titre laisse imaginer un cavalier solitaire au milieu des plaines américaines... avec une dizaine d'apaches aux trousses), Buffalo Gals où Weissberg pousse le vice jusqu'à jouer la première partie à demi vitesse avant de se lancer à 100%.
Attention aux neophytes le dépouillement des arrangements laisse croire que... tous les morceaux sont identiques. 3 poin / 5
Si l'on aime le genre c'est un must. 5 poin /5
ps : j'en profite pour ajouter que Eric Weissberg et son groupe deliverance jouèrent par la suite sur "Blood On The Tracks" de B.Dylan.
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