
Enfin ! Presque deux années après la publication de C'est Com Com Compliqué le Faust de Jean-Hervé Péron et Zappi W.Diermaier nous propose sa nouvelle livraison. Sur le même label, Bureau B, mais avec un personnel renouvelé. Les deux compères fondateurs du groupe se sont adjoint deux nouveaux collaborateurs, James Johnston aux différents claviers, synthétiseurs et guitare, et Geraldine Swayne aux claviers, guitare, synthétiseur et chant. Le quatuor est ainsi équipé pour une musique toujours aussi funambulesque où les grands écarts entre plages électro industrielle (le titre éponyme) et crescendos psychédéliques (les 5 minutes de Herbstimmung) sont d'une audace toujours aussi habile et maîtrisée.
Les titres sont globalement plus courts et le propos plus resserré que d'habitude même si deux d'entre eux excèdent les sept minutes. Ce qui aussi marque peut-être une nouvelle étape, c'est l'incursion plus flagrante sur des territoires plus marqués par le psychédélisme ou une sorte de minimalisme électronica. La voix de Péron s'offre quelques interventions portant des textes toujours aussi étranges, dadaïstes dans l'âme. Les synthétiseurs pénètrent souvent l'épaisseur du voile sonore tissé par les guitares, la basse et les percussions métalliques de Zappi.
Lost The Signal se démarque par la voix, le chant de Geraldine Swayne, qui s'articule autour d'une musique en apesanteur, construisant des arabesques de guitare, tapis d'orgue et ligne de basse d'une clarté d'aube. Huit minutes de transports quasi sensuels et d'une souplesse féline élégante auxquels Faust ne nous avait pas habitués. Avec Je Bouffe, on ne sait trop comment appréhender l'hommage, si c'en est un, à Françoise Hardy, quand Péron cite des extraits d'une de ses chansons qui a fait sa gloire dans les 60's ! Les propos qui suivent marquent le contraste de préoccupations très différentes. Sur Invisible Mending, on retrouve la voix de Geraldine baignée dans des effets de réverb' et d'écho, pour une brève chanson au charme vénéneux.
Dampfauslass 1 et 2 nous replongent dans des méandres sonores où cohabitent la brutalité des sons métalliques, les dispositifs électroniques, la guitare au son saturé, la trompette de Péron. Le tout s'organisant comme de façon miraculeuse, reposant sur un riff répété autour duquel vont s'articuler les montées d'orgue, attaques agressives de guitare et frottements de percussions. Pythagoras fait la part belle aux rythmes répétitifs, industriels, mécaniques avec déflagrations des guitares. Et enfin, La Sole Dorée atterrit sur un sol moins rugueux. Une plage plus méditative où les instruments pénètrent l'espace sonore précautionneusement, donnant progressivement de la densité à celui-ci. La voix de Geraldine s'élevant à nouveau, environnée de guitares aux effluves psychotoniques.
Encore une fois Faust nous offre un disque réussi d'où émergent quelques bonnes surprises et une variété d'approches musicales qui fait à la fois le prix et la difficulté de son premier abord. Une écoute inattentive pourrait bien décourager parfois l'auditeur. Mais il suffit de plonger dans cet océan d'électricité, de sons toujours plus diversifiés, de rythmes évoquant une vie toujours florissante et exigeante, pour se laisser happer et entraîner au fond de ce qui ne saurait être que l'origine de nos émotions.
Thiad
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