Ce disque est pour moi l’un des meilleurs qu’ait produit ce qu’on appellera le Krautrock – et pourtant il ne manque pas de bons albums publiés en Allemagne en ces débuts des 70’s. L’origine de Gila remonte à l’année 69 au cours de laquelle quatre musiciens étudiants à l’école des beaux arts de Stuttgart forment un groupe pour participer aux différentes manifestations qui mêlent musique, poésie, films, light show.
A leurs débuts ils se font connaître sous le nom de Gila Fuck mais très rapidement le « fuck » se trouve abandonné et c’est sous le seul nom de Gila qu’ils enregistrent et publient en 1971 leur premier album éponyme – affublé néanmoins d’un sous titre – Free Electric Sound.
Ils vont produire ce disque en compagnie de Dieter Dierks ingénieur du son qui s’illustrera sur nombres d’albums et sur différents labels représentatifs du « rock allemand ».
La musique présentée est majoritairement instrumentale et dominée par la guitare, le plus souvent accompagnée d’effets électroniques. Ce qui a pu faire dire à de nombreux auditeurs ou critiques que Gila était le Pink Floyd allemand – ce avec quoi je ne suis pas tout à fait d’accord encore que l’on puisse quelques fois penser au groupe anglais période Saucerful of Secrets ou Ummagumma.
Le premier morceau, Agression, débute par le son du vent qui couvre des voix. Au bout de quelques secondes la musique se fait entendre, énergique, avec la guitare qui tout de suite part en solo et croise l’orgue, des glissando de guitare enrobés d’effets électroniques résonnant tout au long de ces 4,33 mn. Un interlude de bruit d’eau et d’oiseaux nocturnes fait la transition avec le morceau suivant, Kommunikation, quasi instrumental, pris sur un tempo assez vif où guitare, orgue jouent à se superposer, s’entrecroiser. Mais ce qui frappe, ici, c’est la basse mixée en avant qui imprime au morceau toute sa dynamique et le solo de Veidt qui est plus heavy/psyche que cosmic/planant (pour utiliser les termes de cette époque). Au bout de presque 13 mn de musique qui prend la forme d’une jam constellée de sons électroniques et d’effets divers, dominée sur la fin par l’orgue, le titre se termine par une phrase répétée en boucle qui dit en allemand : « Combattre son agressive intransigeance est un combat contre soi-même ».
La face 2 (toujours le vinyl) s’ouvre sur Kollaps, morceau peut-être le plus pink floydien en raison de la batterie et de la basse qui semblent tout droit sorties de Saucerful ; on y entend aussi des pleurs d’enfants qui viennent se mêler à la guitare ainsi que des sons électroniques qui laissent leur place à la guitare acoustique entamant le second titre, Kontact. Musique subitement apaisée, guitares en arpège et solo, qui se résout par une guitare électrique avec wah wah et orgue enchaînant avec la troisième composition de cette face 2, Kollektivitat.
Montée progressive du rythme, guitares en boucles qui se superposent et tapis d’orgue sur lequel décolle la guitare solo… et c’est parti pour 6,40 mn de transe psychédélique. Ici on n’est pas très loin d’Amon Düll 2 et des passages les plus free de Yeti.
La musique ne fait aucune pose et c’est sur la batterie et les percussions que le dernier morceau se fait entendre, Individualitat. 3,36 mn de rythmes frénétiques ponctués de sons divers produits en studio dont on a du mal à saisir l’origine (guitare ? orgue ? mellotron ?).
L’aventure ne s’arrêtera pas là et Conny Veidt, après un passage au sein de Popol Vuh et sa participation à trois albums de ce groupe, reformera Gila pour un dernier album plus folk progressif paru en 73 sur Warner, Bury my Heart in Wounded Knee. Ensuite il jouera un peu plus d’un an avec Amon Düll 2 et en 74 avec Guru Guru.
Cet album mérite une écoute attentive même si aujourd’hui la musique produite n’a plus l’intensité qu’elle pouvait avoir en cette année 1971 et contrairement à ce que des groupes comme Can, Amon Düll 2 ou Guru Guru produisirent cette même année.
4 poin malgré tout / 5
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