
C’est en 1969 qu’Orange Peel publie son seul 45t sur le label Admiral (AD 1136). Le groupe est encore influencé par le blues et la musique de J-Hendrix. Après le départ de Michael Winskowski qui rejoindra, un peu plus tard, Epsilon pour leurs deux premiers albums, le groupe recrute un nouveau chanteur, Peter Bischof et un organiste Ralph Wittheiß. A la fin de l’année 1969, ils enregistrent leur seul et unique LP (Bellaphon BLPS 19036) dans les studios de Dieter Dierks, près de Cologne. L’album présente une pochette dans le goût de l’époque, aux réminiscences psychédéliques mais avec des tonalités gothiques dues aux étranges êtres surmontés de têtes en forme d’orange.
La musique est dans son orientation très « progressive » mais sans abandonner ce qui fera la signature de nombre de groupes issus de ce qu’il conviendra bientôt d’appeler « krautrock ». C’est-à-dire une tendance à expérimenter et à mélanger les genres qui pousse les musiciens à ne pas simplement répéter des recettes éprouvées. D’ailleurs et contrairement à nombre d’autres groupes ils placent sur la face 1 le titre You cant’t change them all (sic) qui s’étale sur une vingtaine de minutes, histoire de plonger, certainement, l’auditeur dans un bain immédiat de sons saturés, de soli de guitares débridés et de rythmes décuplés jusqu’à plus envie. Curt Cress le batteur, 17 ans à l’enregistrement du disque, fait la preuve, une nouvelle fois, que la valeur n’attend pas le nombre des années.
Après Orange Peel, celui-ci deviendra un batteur très recherché outre-Rhin pour de très nombreuses sessions et participera à quantité de disques et sera membre d’autant de groupes. La face 1 de l’album procure donc des émois intenses tout en plongeant l’auditeur dans un trop plein d’énergie bouillonnante. L’organiste extirpe de son instrument des sons que l’on croirait sortis d’un abysse où se tiennent des bacchanales somptueuses. La guitare « acide » déroule ses volutes délétères. Les musiciens nous entraînent ainsi dans une spirale dont les mouvements épuisent nos sens, ne sachant plus très bien comment réagir devant une telle débauche d’énergie agressive.
La face deux nous propose trois titres à la haute teneur énergétique. Sur le premier Faces that I used to know c’est le chant qui nous fait la surprise
inespérée d’être au niveau du reste des musiciens. Voix chaude et grave à la puissance contenue. Le bassiste n’étant pas en reste pour donner à la musique une assise phénoménale. Tobacco road suit le même chemin. Ce titre abondamment repris sur nombre de disques de l’époque subit les outrages d’un heavy rock au solo de guitare ravageur et au rythme propulsif. Mais que dire de We still try to change ? Sinon que là c’est d’un « hard rock » façon Deep Purple, avec le guitariste qui plonge dans un de ces délires à la Blackmore. Ce qui laisse à penser que des guitaristes de talent il y en avait à foison dans ce pays d’outre-Rhin ! Ce dernier titre par ailleurs se termine en une sorte de magma en fusion où les instruments filent droit dans le chaudron « krautrock » expérimental-dissonant. Play it very loud !
Malheureusement Orange Peel ne sortira pas d’autres disques et les musiciens partiront, comme de coutume, sous d’autres horizons. Heini Mohn rejoindra à son tour Epsilon. Peter Bischof participera aux aventures de groupes tels Emergency, Demon Thor ou Jack Knife. Quant à Leslie Link il n’aura plus exhibé ses talents de guitariste sur aucun enregistrement répertorié.
Titres
01. You Cant´t Change Them All (18:18)
02. Faces That I Used To Know (3:10)
03. Tobacco Road (7:17)
04. We Still Try To Change (10:07)
Personnel
Mohn, Heini (bass)
Wiltheiß, Ralph (organ)
Article déjà publié sous un autre pseudonyme dans la revue en ligne Vapeur Mauve.
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