Oulala, oulala, oulala !

Forcément, les gens ne s'en rendent pas encore compte, mais pourtant je peux vous l'affirmer : nulle part dans cette chronique vous ne trouverez une présentation en règle du phénomène Faust ! Pour ça, vous n'avez qu'à vous téléporter à cet endroit, là où mon sympathique et éminent collègue a déjà défriché le terrain de fort belle et pertinente manière. Du coup c'est bien, ça me facilite la tâche et me permet de rentrer directement dans le vif du sujet, à savoir le double CD live Od Serca Do Duszy sorti en 2007 sur le label Lumberton Trading Company (vous m'en direz tant).
Alors allez hop ! En piste !
Avant d'entamer les festivités, un premier point s'impose déjà, notamment pour tous ceux qui connaitraient le coffret In Autumn de ce même Faust, sorti l'année précédente (en 2006 donc, pour ceux qui ne suivent pas et d'ailleurs j'en vois plein là-bas dans le clapier du fond). Un coffret de trois cédés et un dévédé qui relataient en sons et en images (forcément puisque c'est à la mode) la tournée anglaise de 2005. On se rappelle en effet combien le plaisir du dit objet retombait comme un soufflé au jambon à son écoute, tant le son plat et sans vie venait littéralement torpiller et foutre en l'air tout le génie du groupe.
Et bien là, je vous l'affirme sans nuages, ce nouveau disque capté en live s'avère une vraie bonne surprise ! On
a ici affaire à une super séance de rattrapage et même bien plus encore, tant ce nouvel objet atteint en matière de son un équilibre d'une perfection rarement atteinte. Chaque miette de décibel émise par une chaîne en acier se baladant dans une bétonnière en pleine rotation y est perceptible. Les bruits de perceuse vous font taper du peton à même le linoleum pour faire comprendre à votre voisin que ça serait bien qu'il arrête de forer ses murs (surtout si c'est pour mettre un cadre avec sa trogne dessus). La basse fait office de décolleuse à papier peint (ça peut toujours servir), le chant scandé jeté est si réel que vous allez recevoir des postillons plein la hure (un brumisateur écolo, Nicolas Hulot n'a qu'à bien se tenir), la batterie à l'air d'être frappée à coups de marteau-pilon (la pauvre), la guitare découenne le jamboneau de ses seules vibrations (avant même sa cuisson), bref, c'est du grand art, de celui-là même qui se situe quelque part à l'interjonction de Bricorama et de la boucherie Sanzot.
Et puis surtout, il y a la musique. Et là, on a beau dire, les gars de Faust, ils savent y faire mieux que quiconque pour marteler leur ambiance caisson d'isolation coulé dans la masse. Pour la première fois de leur carrière en visite en Pologne, les zigues s'en donnent à coeur joie et nous font un vrai festival de rock percutant, hypnotisant et brut de décoffrage. Composé pour l'occasion de trois
personnes, on peut du coup affirmer que lors de ce concert, Faust fût un trio. Et ce qui est exceptionnel, c'est la puissance phénomènale qui se dégage de leur musique. Ces mecs font plus de barouf du haut de leurs trois pommes que l'ensemble des groupes de stoner réunis tous ensemble, démontrant une fois de plus qu'aussi bons et géniaux que puissent être les apprentis de tous poils, jamais encore il ne s'en trouve pour dépasser voire égaler les maîtres.
Assaults de guitares charognardes sur rythmique d'hippopotame sautant à la corde, la performance est sans concessions, assénée comme un coup de hache sur une vieille souche.
Pourtant, au milieu de cette parade de bulldozers, quelques plages de quiétude sont néanmoins préservées. Ainsi et par exemple, Our Soul to Your Ears et ses décoctions de guitare sèche se veut-il être un brin bucolique, genre mulot dans la pelouse par une printanière matinée fleurie. Sauf qu'il s'agit tout de même de Faust bien sûr et que du coup, l'on fera mieux de se figurer le dit mulot avec un casque jaune sur la tête, une chemise à carreaux, une salopette bleue et encore meilleur bricoleur que Bob, vu que l'accompagnement de cette champêtre guitare est principalement orchestré par des frottements et autres chatouillis de tôle ainsi que par le ronronnement d'un moteur de ponceuse, en sourdine certes, mais en pleine action quand même.
Et puis n'oublions pas non plus de mentionner le magnifique Le Chat et le Tigre, où Jean-Hervé Peron, muni de sa trompette échoïsée, parvient à apporter une touche latino à la démence environnante, un peu comme si le Phil Manzanera de Diamond Head se mettait à produire du krautrock. Extatique !
C'est dire qu'on ne s'ennuie pas une seconde à l'écoute de ce superbe live, et ce ne sont pas les deux sublimes improvisations sobrement intitulées Krakow I et Krakow II qui viendront me démentir. Formidable condensé de tout le concert, elles sont comme des gifles telluriques nourries de guitares sanguignolantes. Cycliques, impartiales et définitives.
Pour ce qui est des anciens morceaux (car il y en a, et même plusieurs), ils sont ici repris avec une force toute nouvelle, une rage et une présence qui fait réellement plaisir à entendre. J'en veux pour preuve la guillerette mélodie de Rainy Day Sunshine Girl, antédiluvienne composition de génie, ici boostée et portée par une rythmique digne d'un chant de guerre des All Black, avec sa batterie raide et surpuissante et ses grognements goguenards semblant tout droit sortis des gosiers d'une troupe d'orques dégoisés à l'éthanol.
Ca se passait le 15 novembre 2006 au Loch Ness Club de Cracovie en Pologne. Les gars de Faust y venaient pour la première fois. Jean-Hervé Péron, Zappi M. Diermaier et Amaury Cambuzat, trois larrons en liberté pour un concert magistral ici retranscrit avec une prise de son tenant soit du génie, soit du miracle, je n'arrive pas à me décider mais peu importe et puis de toutes façons je vous l'ai déjà dit.
Maintenant sur ces bonnes paroles je vous laisse, parce que figurez-vous que j'ai mal aux dents.
Et puis j'ai mal aux pieds aussi.

En cadeau : Krakow I
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