Suite de la première partie de l'article consacré au label Ohr.
Ohr avait aussi pour ambition de promouvoir toutes les formes de musique issues de « l’underground ». De telle sorte qu’on verra apparaître des enregistrements de musiciens issus du folk ou des mouvements les plus avant-gardistes. Pour exemple le second album publié fut celui de Limbus 4, Mandalas, où de jeunes musiciens donnent libre cours à leur inspiration improvisatrice sur des bases musicales qui mêlent les sources orientales voire africaines avec les codes de la musique nouvelle européenne. L’instrumentation à laquelle ils ont recours est hétéroclite où se font entendre percussions diverses, violoncelle, contrebasse, voix psalmodiée, orgue et de nombreux autres pas toujours faciles à identifier.
Pour ce qui est du versant folk on pourra se tourner vers le Trips & Träume de Witthüser & Westrupp. Album que l’on dirait aujourd’hui « weird folk » tellement on s’éloigne d’un simple album acoustique inscrit dans une tradition identifiable. Si les guitares acoustiques y sont bien présentes, construisant des mélodies d’une beauté fractale enthousiasmante, des sons plus électroniques, orgue au son trafiqué, chœurs féminins éthérés, viennent prêter à ce disque toute son étrangeté. S’y plonger c’est emprunter des chemins non balisés pour découvrir, au long du parcours, des sensations inédites qu’on est impatient de renouveler. Bernd Witthüser a publié sous son nom un album résolument folk au goût fort étrange mais, me dit-on, à l’humour noir et caustique et à la drôlerie imparable, Lieder von Vampiren, Nonnen und Toten (heureux ceux qui comprendront l’allemand).

Walpurgis avec Queen of Saba, publié en 1972, illustre la facette plus progressive et psychédélique du label. En effet on trouve dans la musique de Walpurgis les
influences du psychédélisme west-coast et du rock progressif anglais. Bel album qui plaira certainement aux amateurs de l’Airplane, Quicksiver, Pink Floyd et Jane (ceci pour situer un peu). Bien que le titre qui ouvre l’album soit plus que quelconque, le dernier long morceau en revanche laisse entendre quelques entrelacs de guitares qui font plus qu’évoquer Gila ou Agitation Free.
Mythos publie son premier album en 1972. Celui-ci est très représentatif de la direction que va prendre la musique issue de la scène dite « cosmique » ou « planante ». Ici les illustrations sonores, les percussions, les synthétiseurs, et la guitare se fondent dans une musique au charme inaltérable. Encyclopedia Terrae constitue une longue suite illustrant le destin d’une planète, de sa naissance à sa disparition apocalyptique (le morceau qui ouvre l’album est une adaptation d’un thème du compositeur classique Händel, adaptation fort peu réussie et dispensable pour l’équilibre du disque).
Enfin restent les albums de Birth Control et celui d’Amon Düül. Les premiers constituent sur le label une exception en ce sens que la musique de Birth Control est une sorte de hard rock au caractère progressif assez prononcé du fait d’un orgue omniprésent qui n’est pas sans évoquer, par exemple, Uriah Heep, le côté flamboyant en moins. Pour ce qui est des aspects progressifs les plus marqués, il suffit d’écouter le dernier morceau de leur album, Operation, paru en 1971. Intitulé Let us do it now, durant 11 mn, on peut y entendre une longue introduction au piano solo aux effluves romantiques, chant assez grandiloquent, usage de cordes et cuivres… bref ce que déjà de nombreux groupes avaient expérimenté en ce début des 70’s. Soit dit en passant et même si ce fut la plus grosse vente du label, l’ensemble est loin de me convaincre et je préfère les enregistrements suivants parus sur CBS (Hoodoo Man 1972). Le second album sur Ohr (Believe in the Pill) est une compilation de titres extraits du premier album paru sur Metronome en 1970 et de Operation.
Et puis pour finir ce parcours non exhaustif il nous reste à évoquer Paradieswärts Düül de Amon Düül. Disons le tout de suite ce disque est un des fleurons du label et plus subjectivement un petit chef d’œuvre de folk progressif décalé et bringuebalant. De fait Amon Düül avait déjà publié deux albums sur Metronome en 1969 et 70 qui étaient pour l’essentiel constitués de longues jams (issues des mêmes sessions), essentiellement acoustiques et plutôt
« bordéliques » où guitares, percussions et voix prodiguaient une musique totalement étrange et qui sentait bon l'amateurisme. Pour Paradieswärts les musiciens s’essaient à l’électricité et cela leur va bien. Love is Peace, long de 16 mn, est une suite en deux parties où dans la première on peut entendre les entrelacs de la guitare et de la basse sur un tapis de percussions sur lesquelles décolle le chant à plusieurs voix comme une psalmodie. La seconde partie effectue un retour à l’acoustique avec percussions discrètes et chant orientalisant. Sans détailler tout le disque disons que celui-ci touche à la quintessence de ce qu’a pu être le krautrock : une démarche musicale exigeante qui explore des voies nouvelles tout en mixant des influences diverses en offrant des sensations inédites à l’auditeur. L’édition CD Spalax propose en sus les deux titres du 45 t qui sont tout aussi essentiels.
Signalons qu’ici nous n’avons tenu compte que de la discographie originale du label Ohr telle que parue entre 1970 et 1974. Spalax au cours des années 90 a réédité de nombreuses références du label. Cependant il existe pour les rééditions CD récentes un label nommé Ohr-Pilz (Ohr Today) distribué par ZYX Music. La particularité de ce nouveau label est qu’il réédite en partie les disques parus à l’époque sur Ohr mais aussi quelques références d’autres labels comme Pilz ou Basf. On peut y trouver par exemple le premier album de Gila (Basf), des Popol Vuh, Hölderlin, Bröselmachine, Virus, Emtidi ou Ruphus Zuphall, Wallenstein (tous parus sur Pilz à l’époque). Mais on n’y trouve pas Tangerine Dream, Ash Ra Tempel ou Embryo distribués par d’autres labels.
Quelques images youtubesques (encore!).
| < Préc | Suivant > |
|---|






