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Home Dressez vos esgourdes Krautrock KRAUTROCK - un label en Ohr, part 1

KRAUTROCK - un label en Ohr, part 1

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Cette chronique consacrée à un label historique a déjà été publiée, dans une revue en ligne en décembre 2007, sous un autre pseudo (mais l’auteur est une seule et même personne). Il m’a semblé qu’elle pouvait aussi paraître sur le fameux webzine Poin Poin dont les lecteurs avisés attendaient, sans le moindre doute, avec impatience, la poursuite de l’exploration de ce genre nommé " krautrock ". Publication en deux parties pour ne point entamer la lassitude du lecteur impatient. Cliquez sur les liens pour aller plus loin !

Si l’appellation " krautrock " semble désormais être une dénomination "passe partout", qui recouvre à peu près tous les genres de musique dès lors que les groupes ainsi désignés sont allemands (voire autrichiens et même parfois suisses), il peut être fait un usage plus limité, plus restreint de ce terme. Il paraissait désigner, quand il fut utilisé pour la première fois par des journalistes anglais, certaines formes de musique très originales, inouïes (au sens propre du terme) en provenance, de fait, d’Allemagne de l’Ouest. Ses créateurs pouvaient se revendiquer comme issus d’une forme d’expression qui, bien qu’ancrée dans le rock et les mouvements psychédéliques américain et anglais, puisait aussi son inspiration dans les musiques européennes du XXe siècle et leurs prolongements électroniques et expérimentaux, ainsi qu’aux sources du jazz le plus moderne et des musiques dites savantes.

Un second aspect tout aussi remarquable de cette nouvelle dimension musicale est la création de nouveaux labels, certes issus ou créés par des labels déjà existants, mais qui vont se consacrer exclusivement à la diffusion d’une musique radicalement neuve, qui ne tardera pas à bouleverser les codes esthétiques (musicaux et graphiques) de l’époque. Parmi ces labels plusieurs se feront connaître par leur longévité (par exemple le label Brain) et surtout par la qualité des musiciens et des œuvres qu’ils vont promouvoir (un grand nombre de ces productions n’ont rien à envier à celles anglo-saxonnes).

Ohr est peut-être le label le plus symptomatique de cette " révolution " sonore. D’abord par son ancienneté, puisque créé en 1969, et aussi par la forte originalité de sa production – on peut dire que c’est ce label qui va initier toutes les autres musiques à venir sur les labels qui seront créés à sa suite. Ohr fut créé à l’initiative du label ouest-allemand Metronome, qui demanda au producteur Peter Meisel et à Rolf-Ulrich Kaiser (un journaliste rock qui allait jouer un rôle essentiel dans le développement de nouveaux labels qui diffuseront cette nouvelle musique) de regrouper au sein d’une même entité les groupes ou musiciens les plus représentatifs d’un nouveau son (la scène underground berlinoise y fut bien représentée avec des groupes tels Tangerine Dream, Ash Ra Tempel, Amon Düül). De plus il fut demandé aux producteurs de mettre l’accent sur les pochettes de disques en essayant de promouvoir une unité de ton, de graphisme à partir de photos d’œuvres créées par l’artiste " industriel " Reinhard Hippens (et ce pour les cinq premiers disques, où une thématique commune peut être observée). Le label s’imposa ainsi par sa volonté de se démarquer des productions de l’époque en créant quelque chose d’immédiatement remarquable et repérable par les compositions graphiques et photographiques, et aussi par la stupéfiante originalité des œuvres musicales publiées.

 
Tous les genres se retrouvent sur le label Ohr. Le psychédélisme le plus inventif et expérimental avec Tangerine Dream et son Electronic Meditation,Klaus Schulze fait résonner sa batterie démentielle et où une guitare " freak out ", jouée par Conrad Schnitzler, nous emmène loin dans des territoires encore inexplorés en 69 (même si le Floyd ou la Machine Molle étaient déjà passés par ces chemin tortueux et sinueux, Tangerine Dream explore plus loin encore les sonorités les plus inouïes). Ceux qui ne connaissent de Tangerine Dream que le rock planant synthétique des années post 1973 risquent fort d’être surpris et déroutés par une telle musique. Signalons quand même de Tangerine Dream ce monument, cette pierre angulaire du krautrock et de la musique que l’on dira planante plus tard, je veux dire le double album Zeit. Il y a là un condensé de ce que la musique de ce début des 70’s a produit de mieux. Audace, inventivité, contraste entre diverses traditions qui se rejoignent dans une même exigence de musicalité et de découverte, d’exploration d’un nouveau langage musical et de refus d’abdiquer devant des modes vite créées  et vite consommées par une jeunesse avide de nouveautés.

Il y a aussi le rock teinté de world music (dirait-on aujourd’hui) de Embryo qui, avec Opal, nous entraîne dans un voyage psychédélique aux accents moyen-orientaux, voire africains. Les accentuations jazzy pointent parfois à travers le sax et ses interventions assez free. Le violon et la guitare marquant plus évidemment le sillon progressif de leur musique. Opal est un disque inclassable, aux milles richesses, brassant effrontément toutes les influences et inaugurant une œuvre à venir faite de renouvellements constants. Annexus Quam qui, sur Beziehungen, allie le jazz le plus free avec les expérimentations des musiques improvisées au long de morceaux qui étirent leur sonorité sur des faces  presque entières. Alors qu’avec Osmose le groupe demeure dans un registre qui est plus apparenté au jazz anglais de Centipede et Keith Tippett. Et  puis Xhol Caravan qui, avant la publication de ses deux albums sur Ohr, avait publié, en 1969, Electrip, un disque qui proposait une musique assez proche du Soft Machine de Third. Pour Ohr les musiciens poursuivent leur ouvrage entre expérimentations sonores, longue plage pour orgue solo sur Motherfuckers GmbH et rock jazzy même s’ils ne réussissent pas à renouveler et même à faire mieux que sur leur premier album paru sur Hansa/Ariola en 1969.

En 1970/71 Guru Guru publie ses deux albums les plus radicaux (UFO et Hinten) avec ce guitariste incroyable, Ax Guenrich, qui poursuit ses recherches sonores dans de multiples directions (psychédélisme, rock, jazz) et le batteur Mani Neumeier, personnage totalement " déjanté " à l’inventivité rythmique permanente. Jetez-vous sur ces deux albums, montez le son très haut et goûtez à cette musique des abysses qui paradoxalement vous fait monter très haut. A n’en pas douter cette musique éveille les sens et vous fait revenir de vous-mêmes et, comme d’un long voyage on ramène les présents les plus inattendus, là vous extirperez de vous les délices émotionnels les plus rugueux et les plus vifs.

Floh de Cologne produit un rock théâtral et revendicatif dans la droite ligne des new-yorkais de The Fugs et de la mise en scène et en sons des Mothers de Zappa (comprendre la langue allemande est appréciable pour saisir toute la charge corrosive des textes du groupe puisque nombreux sont les passages parlés ou déclamés). A l’écoute du live, Profitgeier, on peut aussi découvrir dans leur musique des éléments de ce que proposera la new wave anglaise voire même certaines productions punk quelques années plus tard. Leur œuvre peut-être la plus ambitieuse est sans contexte leur Geier- Symphonie, publiée en 1974, constituée de trois longs titres (le dernier faisant pas moins de 22 mn).

Ash Ra Tempel  publie ses trois premiers albums sur le label. Le premier, au titre éponyme, avec sa pochette astucieusement ouvrante par le milieu de devant et qui se déploie en deux paires de volets superposées découvrant des graphismes d’inspiration égyptienne et les premières strophes du poème d’Allen Ginsberg, Howl. Ces trois albums, indispensables à tout amateur de krautrock, sont imprégnés de racines blues transcendées par un recours aux nouvelles possibilités techniques des studios et de l’amplification électronique, le tout ouvrant à des paysages musicaux inédits et des orientations cosmiques par l’usage des synthétiseurs (on notera la présence de Klaus Schulze sur deux des trois albums). Schwingungen est  l’un des disques les plus exaltants du label (et du krautrock dans son ensemble). Les musiciens y sont pris d’une folie furieuse de création, d’innovation sonore. Les instruments se fondent dans une sorte de matière sonore intense et brûlante. Dangereusement irradiante  la musique proposée doit être jouée bien forte pour atteindre son apogée. Après avoir participé au premier album de Ash Ra Tempel,  Klaus Schulze publiera son premier album solo, Irrlicht, en 1972. Disque savoureux qui déploie des trésors d’inventivité et de recherches sonores et qui mêle diverses influences. C’est presque à une symphonie cosmique que nous sommes invités ici. D’ailleurs en plus des dispositifs électroniques de l’auteur on peut y entendre un orchestre symphonique réduit dont les sonorités sont retravaillées. Là encore la surprise sera grande pour ceux qui ne connaissent Klaus Schulze que par ses productions postérieures.

Krautrock - un label en Ohr, part 2 

Pour en savoir un peu plus et prendre connaissance de la discographie complète du label vous pourrez poursuivre la lecture ici.

La première version de la chronique est parue .

Quelques image youtubesques :

Tangerine Dream

Guru Guru

Xhol Caravan

Floh de Cologne     bis

Ash Ra Tempel

 

 

Mis à jour ( Vendredi, 11 Juillet 2008 00:30 )  

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