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Un regroupement d’artistes et de musiciens s’essaie, en 1967, à Munich, à explorer de nouveaux genres musicaux ainsi que des manières de vivre nouvelles prises sur le modèle des communautés hippies qui fleurissent à la même époque sur la côte ouest des Etats Unis.
Pour des raisons de divergences politiques, en 68, la communauté se scinde en deux groupes et Chris Karrer, qui exprime des ambitions musicales plus exigeantes, part fonder Amon Düll II pendant que d’autres membres de la communauté initiale conserveront le nom d’Amon Düll et produiront de leur côté des disques dont l’essentiel sera issu de longues jams sessions qui se dérouleront pendant quelques jours début 69.
Amon Düll II est formé d’un noyau de musiciens assez stable autour duquel, au gré des humeurs, des disques ou des concerts, viendront s’adjoindre d’autres musiciens eux-mêmes fondateurs de groupes qui se feront plus ou moins connaître en ces débuts des années 70.
Après avoir enregistré et publié en 1969 Phallus Dei, œuvre musicale ambitieuse, très novatrice, aux structures complexes et aux influences diverses (musique contemporaine électro-acoustique, musique orientale, rôle majeur tenu par les instruments percussifs), Amon Düll II fait paraître en 1970, Yeti, qui constitue avec le suivant, Tanz der Lemminge (tous deux albums doubles) leur œuvre majeure où se mêlent influences folk, psychédéliques, longues jams électriques où les guitares saturées cohabitent avec les expérimentations en tous genres.
En débutant par Soap Shop Rock décliné en quatre parties qui s’enchaînent, le groupe choisit de présenter l’aspect le plus rock de sa musique. Cette suite de 13 mn fait entendre les guitares ainsi que les voix, parfois déclamatoires, qui contribuent à installer un climat très électrique, tendu, parfois violent auquel le violon contribue pour une large part. La face 1 se résout par le moment le plus calme de cette entame au cours de laquelle les musiciens, sur fond de percussions, triturent guitares et violon pour en extraire des sons inhabituels, distordus, saturés.
La face 2, avec Archangels Thunderbird (extrait en 45t), poursuit la même veine avec un rock un peu bancal qu’accompagne la belle voix de Renate Knaup. Suit Cerberus avec d’entrée des guitares acoustiques qui présentent la facette la plus folk psychédélique du groupe. Tout au long du morceau les bongos de Shrat construisent un tapis rythmique sur lequel flottent les guitares électriques qui progressivement s’ajoutent à la musique. Eye Shakin’ King est le morceau le plus agressif proposé jusque là, le plus violent. Axé autour d’un riff simple et efficace les soli de guitares viennent se greffer sur celui-ci. Des voix, parfois proches du cri ou du râle se fondent dans le mix, accompagnées du violon. Sur un rythme qui progressivement s’accélère le titre s’étire sur 6,37 mn au cours desquelles le solo de guitare tout en distorsion occupe plus de la moitié. Enfin Pale Gallery, où, pendant 2,11mn, sur un rythme de batterie d’une régularité métronomique, se font entendre les guitares tout en larsen, réverb et glissando avec en fond un son d’orgue caverneux. S’annonce là ce qui fera l’originalité et la nouveauté des sons et rythmes que sauront mettre en avant plus d’un groupe allemand (on peut par exemple ici penser à Can).
Yeti occupe toute la face 3 du vinyl d’origine. Tout commence comme une pièce électroacoustique avec orgue au son trafiqué qui évoque les premiers Tangerine Dream (par exemple Zeit). Progressivement la batterie déroule ses rythmes et après une accalmie de courte durée c’est 15 mn de psychédélisme heavy rock qui sont lancées avec des guitares qui tour à tour ou parfois simultanément prennent des soli au son chargé d’électricité. Long morceau aux structures complexes et improvisé en studio qui laisse le champ libre aux expérimentations sonores.
Yeti talks to Yogi reprend les choses là où Yeti les avait laissées. Musique improvisée où comme dans le final du morceau précédent c’est l’orgue qui domine et où la batterie de Peter Leopold et la basse de Dave Anderson (qui partira ensuite rejoindre Hawkwind) impriment une pulsation intense, toujours présente mais que le mixe cale au fond de la masse sonore. La voix de Renate s’élève au-dessus des instruments où tout semble si étroitement enchevêtré pour finir enfouie sous les guitares et le violon. Il faut noter d’ailleurs combien l’ingénieur du son Willy Schmidt joue un rôle essentiel dans la mise en forme de cette musique.
Vient le dernier titre, Sandoz in the rain (les laboratoires Sandoz seraient ceux qui pour la première fois auraient produit le LSD), longue pièce folk psychédélique bardée de guitare acoustique, de flûte, de bongos. Plusieurs musiciens de Amon Düll (sans le II) participant à celle-ci. Final où le chant prend la forme d’une mélopée ou d’une incantation quasi mystique. Ce dernier morceau n’est pas sans faire penser au First Utterance de Comus.
Ce double album (à l’origine) constitue une pierre angulaire de ce que l’on a appelé par la suite le Krautrock. Le grand mérite de ces musiciens c’est d’avoir su constituer une démarche musicale innovante qui ne se contentait pas de reproduire les schémas de la musique anglo-saxonne. En ces débuts des 70’s de nombreux groupes empruntaient les chemins d’un hard rock ouverts par Led Zeppelin ou Deep Purple ou d’une musique progressive initiée par King Crimson ou Pink Floyd (même si ceux-ci, au moins, n’ont pas été beaucoup imités). Amon Düll II et de nombreux autres groupes allemands ouvrent une autre voie pour la musique rock où les audaces du free jazz et de la musique électronique se conjuguent au psychédélisme et à la musique folk la plus audacieuse. Le double album suivant, Tanz der Lemminge, prolongera l’expérience malgré quelques changements de personnel et des ambitions plus affirmées de produire une musique encore plus complexe ayant recours aux collages et à toutes les possibilités qu’offraient déjà les studios. L’aventure Amon Düll II se perpétue encore de nos jours et les albums produits dans les années 70-74 méritent toujours et encore une écoute attentive.
5 poin / 5
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