Des farfelus on en connaît mais là les gars, je voudrais pas dire mais faut pas déconner, y a des limites à tout. Frotter des poussinous contre des fruits de mer surgelés, c'est une chose, enregistrer des disques de musique artistique en est une autre. Une dizaine de zèbres piétinant un sèche-linge constitue-t-il une source sonore prompte à générer de l'émotion chez l'être humain doué d'oreilles ? C'est ce que nous allons essayer de répondre (à la question).
Si Dieter (votre voisin allemand qui vient d'abandonner le biniou au profit du luth médiéval) essaie de s'accorder, qu'il passe six semaines sur la corde de ré car il n'a aucune oreille artistique médiévale, si un reportage animalier passe en fond sonore à la télé, si votre épouse a lancé une machine de blanc tandis que votre
hamster ronge des galettes bretonnes du Pas-de-Calais, pas besoin de mettre le disque de
Black Dice. D'ailleurs, je sais même pas quel disque encore, tellement j'en ai plusieurs.


Bon, prenons-en un au pif :
Creatures Comfort.
C'est pas la peine de le chroniquer, il y a déjà une description au dessus.
Alors prenons-en un autre au pif également :
Lost Valley.

Le premier morceau est un thème que j'ai toujours du mal à siffler sous la douche, vu que je ne prends jamais de douches. On a visiblement confié un tom bass à un péquin de passage (un adolescent un peu con je pense), puis un autochtone du village voisin s'est emparé de castagnettes (sans doute un souvenir de
Bilbao). Un autre adolescent un peu limite s'est octroyé un genre de caisse claire et s'emploie à nous casser les noisettes avec. On a très envie de lui dire "Dis voir Jean-Claude, tu veux pas aller jouer du tambour beaucoup plus loin (vers Strasbourg par exemple) ?". Mais non, il veut pas. Celui à qui on a envie de mettre un coup de pied aussi, c'est le gars qui a trouvé le sifflet (alors qu'on l'avait soigneusement planqué derrière les coussins du canapé exprès). Il arrive vers la cinquième minute et il siffle pendant trois bonnes minutes... ou alors c'est un réveil-matin... (comme si on avait pas le droit de se réveiller l'après-midi... mais bon).
Vous regardez vos mains, vous vous apercevez que vous avez arraché un bout du papier peint de l'entrée. Votre épouse est en train de faire des longueurs nage libre dans une flaque de ketchup, suite à quoi votre enfant en bas âge décide de prendre un ou deux Doliprane dose bébé. L'aîné s'enfonce dans la moquette déguisé en Michel Creton, le chien jette des brugnons sur la cage de l'oppossum domestique, bref, tout va très très mal au sein de la maisonnée. Cette composition fait onze minutes et quarante deux secondes, ceci expliquant sans doute cela.
C'est pourquoi nous choisirons un autre disque :
Load Blown.

Le premier titre s'appelle "Kokomo". Dedans, on trouve des inuits scratchés, un escalator à contre-sens et une musicassette C-60 qui se rembobine. En gros. Le second... non mais le second on s'en fout. Le troisième pareil et je commence à entrevoir une certitude quant au quatrième : on s'en fout encore plus.
Sauf que non, attendez. Pas forcément.
"Roll Up", le deuxième morceau donc, possède quant à lui un rythme assez reposant au regard de certains autres que je ne nommerai pas. Sur ce roulis mi-maracas mi-glougloutage vient se greffer une mélodie de guitare limite croquignolette. Heureusement, un collègue déboule avec une phrase de synthé certes discrète mais relativement moche qu'il répétera 42 fois, juste pour nous faire chier. Une seconde guitare d'obédience Hawaiienne se pointe alors et tournicote dans le lointain. Un peu comme du
zouk mal joué mais pas trop non plus. Le troisième morceau voit une séquence de synthé se distordre au travers de filtres et autres triturations, se rapprochant tantôt du prout, tantôt du fameux coin-coin qu'aiment à exprimer nos amis canards. Par ailleurs, il se trouve qu'un olibrius d'obédience relou a réussi à retrouver la caisse claire qu'on avait cachée

dans le bac congélation du frigo et c'est une mauvaise nouvelle en règle générale mais une excellente pour tous les amateurs d'art. Le quatrième morceau est tellement joli que l'émotion m'empêcherait presque d'en parler dignement, tant ces samples de voix sont vilains comme tout. Les morceaux suivants quant à eux, ne dérogeront pas à la règle qui est la suivante : c'est portnawak. Enfin peut-être pas, mais une chose est sûre, c'est moins agréable à écouter qu'un disque de Bon Jovi.
Alors à quoi bon ? Eh beh je sais pas, j'arrive quand même à écouter ces disques. J'ai même failli trouver ça pas mal un soir où j'avais très mal dormi la veille. L'avant-veille, je me souviens, j'avais abusé de poule au pot d'Henri IV, ce qui avait eu pour conséquence un retournement de foie de veau et une déformation des avant-bras style Popeye the sailor-man. Conclusion : mieux vaut écouter
Black Dice que rien, quoique...
Nota bene : La table à repasser constitua une révolution pour la femme (et le poney) dans les années 60. Plus tard, ce sera la centrale-vapeur qui prendra le relais et s'inscrira dans l'histoire comme l'élément complémentaire idéal à celle-ci. Un foyer bien équipé reste sans conteste l'assurance d'un bien-être au sein de la famille. Des chemises bien repassées, des cols impeccables sont sans aucun doute la garantie d'une bonne ambiance mais pas seulement ; la tringle à rideaux extensible en est une autre.
Restant à votre disposition, je vous prie d'agréer les salutations distinguées adaptées à la situation.