Quand John Martyn publie ces deux disque en 1973 ce n’est pas un nouveau venu sur la scène folk anglaise. Dès 1967 il se fait connaître (modestement) avec London Conversation sorti sur le label Island (où il demeurera de très nombreuses années). S’en suivront d’autres albums où son originalité, sa manière de créer une musique folk nouvelle, qui emprunte aussi bien aux traditions anglaises, écossaises ou américaines, seront en quelque sorte ce qui va le distinguer de nombreux de ses contemporains (on pourrait adjoindre à Martyn sa consoeur de label, Claire Hammill qui au cours de deux albums pour Island empruntera les mêmes chemins créatifs). Progressivement John Martyn passera d’un folk solitaire et dépouillé à une musique plus orchestrée où l’électricité et les sonorités sophistiquées de quelques nouvelles technologies feront leur apparition. Ce qui aussi fera la différence c’est son approche du chant, tout en nuance rythmique et où les mots ne portent pas simplement leur sens mais oeuvrent à la musicalité des compositions. La voix finalement se faisant véritablement instrument à part entière.
Il y a parfois dans la production musicale (et ce toute époque confondue) des petit miracles de créativité, des élans se sensibilité à la dimension universelle où on se demande bien quel est le petit défaut qu'on pourra y déceler. Et bien là je n'en entends aucun ! Ce sont des albums parfaits qui conjuguent audace harmonique, inventivité permanente et sonorités intrigantes. Le travail en studio y est aussi essentiel que la qualité des compositions. Martyn s'autorise même quelques courts passages instrumentaux sur Outside In qui permettent à l'auditeur de souffler un peu entre deux morceaux confondant de beauté et d'élégance! Bien sûr parfois les mélodies y sont moins évidentes que les ritournelles habituelles - ce qui contraint au moins l'amateur à devoir "forcer" un peu ses oreilles plutôt qu'à se laisser bercer d'illusion par l'immédiateté d'une beauté passable !...
Il serait vain ici d’énumérer les titres les plus marquants de ces deux albums (y en a-t-il un seul qui mériterait de n’être pas cité ?) mais déjà le titre éponyme du
premier album (Solid Air aux vrais airs jazzy avec vibraphone et sax) devrait faire chavirer les cœurs et donner le goût à tout un chacun de poursuivre l’écoute toujours plus loin. Celui qui se laissera convaincre découvrira tous les aspects de cette musique, que ce soit du folk (Over the hill), du blues (I’d rather be the devil, signé Skip James), du jazz (Don’t want to know) ou des titres aux sonorités plus « expérimentales » comme on en trouve sur Outside In. Et une fois que vous aurez découvert ces deux disques là je vous souhaite d’explorer plus encore la discographie du bonhomme. Ainsi vous pourrez prendre la mesure de son importance, de son indéfectible capacité à mesurer nos émotions à la hauteur de son talent.
Cela dit tout n’est pas égal dans son œuvre et les catastrophiques années 80 viendront semer le doute sur sa trajectoire, sur ses choix de production et sur sa capacité à se renouveller ou même plus modestement à puiser aux mêmes sources d’inspiration. Mais ne serait-ce que pour les quelques albums enchanteurs qu’il nous laisse, ou les fabuleuses chansons dispersées ici ou là, tout au long de son parcours, il nous faut revenir fréquemment et régulièrement à ses disques, qui maintenant ne seront plus que les seules traces du génial baladin qu’il fût.
John Martyn est décédé le 29 janvier de cette année !
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