En relisant cette (singulièrement brève) chronique, écrite pour Crossroads, je m'aperçois comme j'étais furieux et vexé des critiques qui m'avaient été faites (peut être justifiées d'ailleurs, mais je ne sais pas faire autrement) : chroniques trop longues, trop détaillées, trop de "moi je", trop de références extra-musicales (à des peintres notamment comme si la musique et la peinture n'avaient pas plus de relations que la musique et la moto, que l'on rapproche depuis 30 ans pour des raisons qui m'ont toujours échappé). Bref, après monsieur Plus, je me sentais dans la peau de monsieur Trop. "Ce que l'on vous reproche, disait Cocteau, cultivez le, c'est vous". Cette phrase a ses limites (certains devraient réellement tenir compte des reproches qui leur sont faits) mais il est idiot de se censurer, le résultat s'en ressent, cette chronique étant tout de même assez honteusement en deça de cet arbre sans retour qui reste un objet discographique non identifiable qu'il faut absolument découvrir.
Pour ceux qui en ont plus qu'assez de s'appuyer mes pavés critiques interminables, un résumé lapidaire : Tree Of No Return est le disque que tentent depuis des années Dillinger Escape Plan et Fantomas sans jamais le réussir. Vous pouvez disposer. Pour les autres, amateurs de beau style, de prose proustienne et de sodomie de diptère, quelques précisions. Ce side project de Pelican (voir chronique dans Crossroads précédent) comprend en son sein lactogène son guitariste Laurent Lebec à la basse, son autre guitariste, Trevor de Brauw à la guitare et son batteur aux drums. Le 4ème frappadingue s'appelle Jody Minnoch et me semblerait bien le principal coupable de la vingtaine de minutes eff(a)ra(ya)nte que cet arbre sans retour nous fait tomber sur le rable.
Certains parlent d'avant-grind pour définir le style proposé ici, p
lus morcelé que la représentation de lui qu'a un schizophrène, mais fi des étiquettes (c'est pas une cagette de fruits que donne cet arbre là). Le plus important c'est que cette musique pose de nouvelles bases pour décrire les affres psychiques d'un spécimen animal que nous connaissons (hélas) tous : l'humain. Les titres ("The Rising Terror, The Setting Sun", "Starvation Dementia") parlent d'eux-mêmes. J'ai promis de ne plus citer Artaud, Bataille, Bosch ou Goya (au fait, les croquis de guerre que j'évoquai dans la critique de Kiss The Pig ne sont pas du Greco mais de Goya, errare etc.) alors je m'y tiens, mais c'est méritant car ça me démange.
Probable, mais indémontrable, que nés 40 ans plus tard, un Zappa ou un Beefheart auraient créé quelque chose d'approchant (j'essaie toutes les ruses pour racoler). Hélas, plus personne aujourd'hui pour en faire un disque culte. Groupe de terreur et d'angoisse, d'écartèlement et de dessiccation du soi, Tusk a la dignité d'accompagner l'époque la plus démentiellement violente et insensée depuis 60 ans.
Pour se faire une idée soi-même (en effet, pourquoi me faire confiance ?), le titre éponyme peut être téléchargé gratossement là http://www.tortugarecordings.com/releases/TR028.htm. En tout cas, avec les albums de Pelican, d'Icarus Line, de Today Is The Day et maintenant celui-ci (mais j'en ai sûrement raté d'autres), qui osera dire que la 4ème année du XXIème siècle ne fut pas une cuvée exceptionnellement bonne ?
4 poins et 3 quarts / 5
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