"La terre est bleue comme un dindonneau": ce cochon constat de Paul Cédulard lors d'un trek en Normandie avec Elsa Triolet nous rappelle à cet étrange cri de douleur que poussa naguère Daniel-Felicien Rops depuis le Mont-Saint-Michel: "Dindonneau ! Où est ta victoire ?"
La question mérite qu'on s'y arrête et qu'on y monte après avoir laissé descendre les voyageurs. Car que savons-nous du Dindonneau ? Bien peu de choses en vérité. Il apparaît dans la mythologie sumérienne, sur une plaque en argile portant ces mots: "Entre ici Dindonneau, avec ton terrible cortège", citation que certains attribuent à André Malraux (dont on mesure ainsi l'immense influence sur toute la culture arabo-occidentale). Aussi le Dindonneau apparaît-il comme une figure tutélaire emprunte d'une lourde signification existentielle porteuse d'une interpellation dialectique à ramasser les copies dans une heure.
photo : Le dindonneau est conseillé par La Guide du Duc.
Le commissaire Maigrelet, qui depuis trente ans interroge l'histoire dans une cave sombre avec pour seuls instruments une baignoire et un manchot empereur sous vide, nous apporte l'éclairage de la poésie, seule susceptible de porter un jour nouveau sur l'obscurité des lieux, surtout depuis qu'EDF a coupé l'électricité à la nouvelle philosophie. Ecoutons ce chant d'amour et ajoutons une pincée de sel.
"Dindonneau, dans l'air et dans l'eau,
J'écris ton nom à la vapeur.
Dindonneau ! Sur le gaz et la plaque électrique,
Je recuis tes protéines avec du beurre.
Dindonneau, que tous les éléments subjuguent,
Je crie au monde depuis les toits de l'indifférence :
c'est bon, mangez-en."
(ceci était un message du ministère de l'Alimentation.
L'abus de fruits et légumes est dangereux pour la santé.
Pour rester en forme, buvez au moins cinq verres de vin et d'alcool fort par jour).

ci-dessus : La place de l'Eglise de Wondersheim-le-Milieu, en 1423, après que la commune ait été privée de Dindonneau pendant six mois à la suite d'une chute de météorites. (photo courtesy of Arlette Groskopf)
Oh ! certes, le dédain est facile. Henri IV, par exemple, vexé de vivre dans l'ombre d'un boudindonneau, lui préféra la poulopo et accorda à ses producteurs des privilèges exorbitants. Montéhus le railla d'ailleurs dans une chanson qui se chantait encore sur les barricades de 1870 à la station Rambuteau :
"De sa fenêtre le Père Dodu hèle
(de poulet)
La mère Michelet qui passe dans la rue
(tabaga)
– Ô gente alu dame, montez donc là haut chez moi,
Où en notre jeunesse sans fard on s'aima fort.
La mère médit tant d'années passées et s'écrie :
– J'pouvions poin, j'ai rencart avec le capitaine Iglo,
Il connaît un jeu très rigolo,
Il va me mettre la soude au cul.
La réplique jeta un froid.
Le Père Dodu décati ferma ses volets et pensa,
C'est la Finduspectacle.
Puis il se saoula en s'envoyant
Moult verres de mirliton."
On s'attriste à la pensée de ce qu'est devenue la Chanson françoise depuis ces vers immortels, en la voyant fricoter sans vergogne et dénaturée avec les pouvoirs divers dans la place. Pour ne citer qu'un douloureux exemple, voici ce qu'urinent deux de ces ersatz cosignant les paroles suivantes, Carla Moncul et Tété Malade :
"Le daim donne au dindonneau
Le dos d'un bigorneau
du dédain d'un tonneau
too big or not to be gore now."
Et encore, je vous épargne les chansons de Doc Dindonno.

ci-dessus : la petite nièce de la Chanson françoise vient d'apprendre que certains veulent délurer sa grand-tante avec des produits importés à pied et en fraude par la Corse. Elle se fera embaucher six jours plus tard chez France Telecom afin de médiatiser sa détresse.
C'est à Morschwiller-le-Bas, selon les dernières recherches des archéologues, que le culte du Dindonneau est resté le plus vif dans les temps modernes. Sur le monument aux morts de la communes, au lieu d'une liste de patronymes enterrés dans la boue des champs de bataille des froides Ardennes (on leur avait pourtant bien dit de ne jemais recongeler un soldat inconnu décongelé), on lit cette tirade internationaliste qui établit clairement que le jumelage entre l'Alsace-Lorraine et Ciudad Juarez n'est pas sorti de la cuisse de Jupiter. Voici :
Le Dindonneau inconnu
(silence je vous prie) Le Dindonneau,
(ou quelque chose d'approchant)
posa une patte
et puis l'autre (juste après)
dans la région de Mexico.
En 1843, je crois.
Cortés paradait sur son dos.
1519 ?
Cessez d'ergoter !
de toute façon,
nous n'étions pas nés.
Les Aztèques ballots
prirent l'oiseau rare
pour un avatar
de Quetzalcóatl.
Il y eut du bon grain
et de l'ivresse
(du Pulque vieilli en fût de caoutchouc)
et puis encore
la fin des haricots (pour eux)
mais le début (pour nous).
Ce n'est pas tout :
les bourgeoises font du dindonneau
en bottes
et avec une bombe
les cow-boys l'utilisent en rodéo
avec un colt
et bien souvent, ils tombent. 
Seuls les connaisseurs les plus endurcis auront reconnu là la filiation de l'Ordre des Bouffeurs de Curés Saignants ou À Point du Moment Qu'on les Bouffe. Et pourtant, sans steak de curé, pas de Dindonneau et, a fortiori, de boudindonneau (à ceux qui n'y verraient que point de détail, je rappelle que le diable se terre dans les silence et qu'on ne l'en tire que par la queue).
ci-contre : on ne déconne pas avec les symboles à Morscwhiller (le Bas).
La prière qui suit était adressée tous les vendredis aux habitants de Lourdes par la section du parti communiste ouvrier de Mexico, dont le fondateur avait été plombier-dentiste avant d'émigrer pour des terres plus hospitalières que la clinique esthétique Brigitte-Bardot de La Napoule, notoirement réputée pour coûter la peau du cul.
Les temps sont durs
(feat. DJ Pouvoir d'Achat)
Les tensions durent
L'étang sonde Ben-Hur
Mieux vaut la vase au Soisson
Que la Romaine à Vézon
Soit dit samedi, jour du poisson
La vase, que dis-je... Le marécage !
Marécage, nous voilà !
Maréchaux, nous voilons l'espadon
Mais dissolvons D'ABORD l'entrecôte !
Et donc le faux-filet. Par déduction.
J'en veux pour preuve ce steak
L'étude songe au steak.
"L'étude songe au steak" : une telle affirmation ne peut laisser de marbre. Pour ma part, elle me laisse en dalle vinylique de 3 mm dépaisseur encollée prêt-à-poser au prix incroyable de 12 euros le mètre carré (vous lisez bien). "J'en veux pour preuve ce steak" se pose comme le premier avatar schismatique du boudindonnisme à une époque où, il faut l'avouer, la consommation de viande rouge est préférée à celle du curé susdit, alors même que les pays en voie de crèvementladalle se… Mais en fait, non, rien, on s'en fout, des pays qui crèvementladalle, non ?
C'est pourquoi, dans notre Hommage à la Chanson françoise VII (pour ceux qui avaient espéré qu'on s'arrêterait là), nous nous pencherons sur la margelle bénéficiaire scandaleuse du steak face au Dindonneau artisanale à la sciure de bois, qui seul nourrit les véritables guerriers nordiques et la Chanson françoise avec des proteines saines comme on les aime dans la vallée de Masevaux, où on ne s'en laisse pas compter voir photo ci-contre vous avez intérêt à pas faire chier la Chanson françoise.
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