Passant le plus clair de mes jours et le plus sombre de mes nuits confiné dans des lieux exigus engoncés dans un univers urbain, je ne suis guère sensible à la musique des grands espaces, qu’ils soient des plaines américaines (très exotique pour le Français ça la plaine américaine) ou du cosmos (trop hallucinant pour moi le cosmos). Certains trouvent justement là l’occasion de "voyager dans leur tête". Pas moi. Même lors de mon pic d'affection pour le stoner (disons entre 1994 et 97), cette musique me resta du coup toujours un peu étrangère. D'ailleurs, depuis quelques années je n'en écoute plus guère, et ai cessé de suivre ceux qui perpétuent le genre, à l'exception d'Hermano.
Bon, alors, et Husky vous entends-je (si si, je vous entends, quelle merveille internet n'est-ce pas ?) ? Oui Husky, du nom de ce chien qui lui aussi vit parfois dans des 2 pièces cuisines alors qu'il a besoin de grands espaces (plutôt les plaines glacées d'Alaska quitte à choisir). Et bien si le stoner était joué par les descendant des Indiens au lieu de ceux des colons blancs, Husky pourrait en être le fruit. Bien sûr, cette impression peut sembler la triviale conséquence de ces chants indiens qui envahissent soudain le très hypnotique "Steam Engine" et nous laisse sur quelques incantations célestes, ou du seul long morceau de l'album, qui en est d'ailleurs l'épilogue, et qui s'intitule "Indian". Mais plus encore, c'est le rythme de pas de danse indienne autour d'un feu ardent sur lequel, à quelques exceptions (parfois malheureuses) près, se déroule l'album qui en est à l'origine.
Roule plutôt, puisque le train (le cheval-vapeur dirons-nous pour rester dans le ton) est le fil (qui chante) conducteur du disque. Etant un inconditionnel du Mécano de la Générale ainsi que fils et petit-fils de cheminot, je suis on ne peut plus ravi de cette obsession ferroviaire. Comme apparemment, nos trois impétrants ressemblent plus à des rednecks qu'à des peaux-
rouges, l'indianisme n'est donc que d'emprunt.
En fait, pour mieux faire appréhender le contenu de cet album, on pourrait évoquer ces fins de morceaux où les groupes semblent un peu laisser traîner les choses, se relâchent, improvisent mollement, et gravent de temps à autre cette queue de comète sur la version studio pour des raisons qu'eux seuls connaissent mais qui, parfois, paradoxalement, deviennent nos moments préférés (je pense par exemple à la fin de "Latin Lightning" de Golden Earring sur To The Hilt). Il y a aussi ces improvisations de studio qui comblent un retard ou une pause toilette un peu longue, et qui finissent sur un album (on citera Jamming with Edward qui mit en rage certains autant qu'il en mit en joie d'autres). Et bien Husky se consacre à recréer ces instants là.
C'est dire s'il est en porte à faux avec non seulement le stoner en général, qui cherche tout de même à faire bouger son monde en serrant les boulons à coup de riffs saignants comme un T. Bone steak, mais la musique calme en particulier, qui soit en rajoute dans la quasi-modélisation des thèmes (et alors c'est le math-rock), soit se glisse dans les charentaises des grands anciens, et alors c'est la montagne de songwriters géniaux qu'on nous déverse sur le nase (terme qui peut aussi servir d'avis critique) à longueur d'années. Bref, Husky est plus encore un OVNI qu'une locomotive.
Tant de morceaux sont en écoute (voir ci-dessous) que tenter de les décrire serait ridicule puisque chacun peut se faire son opinion lui-même. Je dois dire que j'alterne entre plusieurs. Selon l'humeur, absolument en phase avec ce néo-seventies comme suspendu dans le temps et l'espace ("The New Husky Dawn" par exemple), ou alors exaspéré par ce passéisme et ce simplisme outranciers. Mais quelle que soit l'humeur, force est de constater que le problème majeur du groupe est le batteur, qui fait preuve d'une pauvreté rythmique assez désolante, et à cause duquel déraillent plus d'un morceau (tel "Dalton" mais hélas pas seulement) notamment ceux où le tempo s'accélère. A vous de voir si vous avez envie de monter dans cette locomotive là. Personnellement, je suis assez souvent passager.
4 poin / 5
On peut écouter "Circle the Wagons", "Steam Engine", "Under the Frisco Sun" sur la page d'accueil de leur site (ou les télécharger dans la rubrique Music) et "Dalton", "Chasing the Dragon" et "New Husky Dawn" ici , soit près de 23 minutes de l'album, ce qui est quand même sacrément rare et généreux. Bravo à eux. D'ailleurs le groupe n'est pas sur un label ("We don't need no fucking label") ce qui va bien avec leur goût de la liberté.
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