
Attendez que la nuit tombe tout en vous caillant les meules, puis sortez le peyotl de votre besace en peau de porc sauvage (peyotl que vous aurez eu la bonne idée d'aller chercher directement au Mexique chez des amis chiliens). Sortez maintenant la poule encore vivante et élevée au picotin zaïrois achetée la semaine dernière à Bamako. Saisissez fermement la poule par les pattes arrières (de toutes façons dans votre état, vous ne trouverez pas les pattes avant), faites-lui faire le cochon pendu, puis un heelflip 360° (nota bene : elle risque de se débattre mais faites comme si de rien).
Poussez un râle de bête morte puis jetez la volaille par dessus votre épaule en disant "Oumlaaaa". Ingérez le peyotl puis réfléchissez jusqu'à ce que vous ayez du mal à réfléchir. Sitôt les premières hallucinations visibles (hindous en djellaba, sorcières coupées en deux, loups-garous, Garou...), emparez-vous de votre djembé acheté à un homme de couleur sur le marché de Corbeil-Essonnes et tapotez-le jusqu'à en extraire un son africain. Si vous ne savez pas en jouer, essayez d'en extraire un son ouest-allemand, ce sera déjà pas mal. Jouez jusqu'à ce que vous n'ayez plus de mains, puis tapez alors avec les coudes et ainsi de suite, avec les épaules. Finissez avec la tête puis disparaissez totalement. Ainsi aurez-vous une idée approximative du climat du disque.
Sorti en 1991 des laboratoires On-U-Sound (le label d'Adrian Sherwood et de ses amis, Doug Wimbish, Keith Leblanc, Gary Clail, Mark Stewart, Skip Mc Donald & Tack>head...) et initié par Bonjo "I" et Binghi Noah, My Life In A Hole On The Ground est un album marabouté. Une transe vaudou, un dub des cavernes, un reggae d'outre-tombe. Un dub qui doit autant à la Jamaïque qu'à l'Afrique, le tout transitant par l'Angleterre. Basse enveloppante, percussions en tous genres (talking drums, bongos, congas, djembés), et sons bizarroïdes (guimbarde, melodica, synthés chelous) sont les trois ingrédients principaux de ce disque, le quatrième étant bien-sûr le mix et son lot de réverbs abyssales. Pourtant rien ici ne ressemble à grand chose de connu, même si l'on est bien sur les terres du dub et de la musique africaine. Ce disque sonne comme s'il avait été enregistré live dans une grotte, le son est brut, sale, la musique est primaire, primitive, primale. Le mix est dépouillé à l'extrême, plutôt vide que plein. La plupart des titres sont instrumentaux mais quelques-uns sont chantés, tantôt par une voix profonde et hantée (celle de Prince Far I en l'occurence, ici sous le pseudo King Cry Cry) comme émergeant du fond d'un puits, évoquant également un vinyl qu'on ralentirait du doigt et qu'on passerait à la moulinette d'un flanger hors d'âge (Far Away Chant), tantôt par une jeune femme insouciante de type chaperon rouge qui ne se douterait pas une seconde du danger qui l'attend (Stebeni's Theme). Le groove est bancal et hésitant, comme si les musiciens étaient en train de lentement perdre connaissance dans un épais nuage de fumée. Les rythmes sont simples, parfois même réduits à une simple et unique grosse caisse, comme frappée machinalement par un maillet cotonneux. Un peu comme dans la musique de King-Kong.
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Un album absolument fascinant par ses imperfections, comme s'il manquait même parfois toute une partie de la musique. Un peu comme si vous preniez le mix du côté gauche d'un disque de King Tubby, puis le mix du côté droit d'un disque de Féla, que vous rajoutiez des mélodies bretonnes dessus, puis que vous enleviez les 3/4 du résultat final, pour ensuite rajouter des réverbs à ressorts des années 60 par dessus.
(Je suis de plus en plus convaincu que j'aurais du arrêter cette chronique juste avant le passage sur King-Kong...)
Le seul autre disque que je connais de ce groupe est In Pursuit of Shashamane Land et il est déjà beaucoup moins intéressant. Certaines rythmiques sont mises en boucle, l'informatique y prend davantage de place, l'esprit bordélique et fragile n'y est plus trop. Mais entre ces deux disques, existent apparemment sept (7 !) voire huit (8 !!!) autres albums que je ne connais pas, c'est pourquoi je pars dès demain en direction de Vaucresson pour essayer de mettre la main dessus.
P.S. Je viens de m'apercevoir qu'une malédiction typiquement poin-poin s'abat une nouvelle fois sur la tête des gens comme une boîte de cassoulet sur le bas-clergé (cf. Hafler Trio), à savoir que le disque m'a l'air d'être tout bonnement introuvable en cd à l'heure actuelle... :(
4 poin / 5
Discographie :
My Life In A Hole On The Ground
Environmental Studies
Drastic Season
Off The Beaten Track
Songs Of Praise
Noah House Of Dread
Pride and Joy - Live
Akwaaba
In Pursuit of Shashamane Land
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