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Home Dressez vos esgourdes Rock & Pop ERIC McFADDEN - Pull a Rabbit Out of This Hat, vol. 2 - 2010

ERIC McFADDEN - Pull a Rabbit Out of This Hat, vol. 2 - 2010

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Eric McFadden - Pull a Rabbit out of this Hat 2

Tracklisting : Ashes to Ashes (David Bowie), Run Through the Jungle (Creedence Clearwater Revival) Jockey Full of Bourbon (Tom Waits), Ramble On (Led Zeppelin), This is Love (P.J. Harvey), Darling Nikki (Prince), The Partisan (Leonard Cohen), Got to Give it up (Thin Lizzy), Mother’s Little Helper (Rolling Stones), Delia’s Gone (Johnny Cash), (White Man) In Hammersmith Palais (The Clash), Eleanor Rigby (The Beatles), If You See Her, Say Hello (Bob Dylan), Jesus is Just Alright (Doobie Brothers), Blight (Vic Chessnut).

 

On peut défendre un artiste sans trouver tout ce qu’il fait génial ni affirmer que la première écoute de chacun de ses disques s’est terminée avec un Kleenex pour réparer les dégâts (ah! oui, avant de rédiger des chroniques pour Poin-Poin, j’ai tenté ma chance dans la poésie). Et, à part avec la faramineuse double compilation Dementia, qui reste un de mes jalons musicaux de ces dernières années, les albums d’Eric McFadden m’ont toujours demandé plusieurs écoutes avant de m’y plonger totalement. Tenez, le précédent, Train to Salvation : j’ai même été déçu… avant de me demander s’il ne s’agissait pas de son meilleur disque.

Avec l’objet étrange qu’est Pull a Rabbit Out of This Hat vol. 2 (précisons que la première partie de ce projet verra le jour l’an prochain, idée que je trouve assez rigolote : dans quel marbre est-il gravé que le 2, pour l’éternité, devra vivre dans l’ombre du 1 qui, je l’avoue, m’a toujours semblé un brin prétentieux à vouloir se caser partout en premier ?), un phénomène similaire (lequel ? Veuillez remonter avant la parenthèse jusqu’à la phrase précédente, tel un saumon sauvage regagnant son ruisseau sans passer par la case fumerie norvégienne) s’est produit (hein ? il s’est produit quoi ? Veuillez remonter deux parenthèses et… et puis merde !)

Au début, je me suis carrément fait ch… en écoutant les premiers morceaux de cette compilation. Bon dieu, qu’est-ce que David Bowie ou Creedence Clearwater Revival ont à gagner à ce qu’Eric McFadden – dont le talent n’est plus à prouver qu’à ceux qui ne le connaissent pas (et je vous garantis que les mots qui précédent sont parfaitement logiques, nonobstant la tautologie apparente) – reprenne l’un de leurs plus gros succès façon « j’ai amené ma guitare à la soirée merguez de mon voisin » (bien que l’affaire soit un tantinet un peu plus compliquée que cela, comme vous le prouvera la suite de cette chronique, si vous avez le courage d’aller jusqu’au bout. Je signale par ailleurs à ceux que les digressions multiples et incises énervent que je ferai exprès d’y coller des informations essentielles – ou peut-être pas, allez savoir – afin que vous vous sentiez obligés de les lire).

) <-- Ici, je me permets de fermer une parenthèse avant même de l’avoir ouverte juste pour emmerder le monde (McFadden se permet bien de sortir son Vol. 1 avant son Vol. 2, alors merci de ne pas me les briser).

Mais avant de poursuivre, une page de publicité.

Une précision.

Enfin, une remarque. Enfin… Bon, un truc que j’ai envie de dire, quoi (cependant qu’à l’heure même où vous lisez cette ligne, il fait 8 °C à Bourg-la-Reine, si mes calculs sont exacts). Pourquoi (ah ! oui, c’est donc une question plus qu’une remarque), pourquoi, écrivais-je, un trempe de la type de McFadden (une bonne fois pour toute, cessez de prendre cet air stupide : oui, vous avez bien lu) s’enquiquine-t-il à reprendre, même avec talent, les titres des autres quand son répertoire offre de quoi nourrir le Top 50 de plus de produits certifiés Bio chansonnisés équitablement Max Haavelar label Rouge et AOC drapeau Noir qu’il n’en a connu, mettons, entre le premier petit clou de Marc Toesca et le jour où Stéphanie de Monaco a repris deux fois des moules ? Parce que la réponse est dans la question. Non, McFadden n’est jamais entré au Top 50 (et je ne vais pas m’emmerder à vérifier si le Top 50 existe encore), n’a jamais récolté de MTV Award et n’a même pas bénéficié d’emploi fictif à la mairie de Paris. Ha ben voui, mon bon monsieur, c’est à croire que le talent à l’état brut, ça eut payé.

Eric McFadden - photo : Delphine Suter
Eric McFadden à Joshua Tree. Photo : Delphine Suter

Bref, avec cet album où – puisqu’il faut bien se résoudre à en venir au sujet de cette chronique – Eric McFadden reprend censément les artistes qui l’ont influencé, j’ai surtout l’impression que le gazier fait un grand signe de la main, là-bas, depuis son bout de désert, en criant : « Hé ! J’existe, la preuve, je sais jouer ces titres là et même les arranger à ma sauce, vous voyez, et paf le Tom Waits, je l’imite encore plus facile que Jean Roucas, et vlan le Rolling Stones, j’ai du Keith et du Mike inside, deux pour le prix d’un, et le Clash, je vous colle un Londres-Kingston moins cher que Easyjet, vous voyez, vous l’entendez, je le vaux bien. » Donc, oui, j’aurais aimé entendre McFadden jouer des titres moins courus, si je puis dire, des artistes et groupes qu’il a sélectionnés, pour se risquer sur des routes moins empruntées. Pour vous dire, l’artiste le plus zeundeurgraounde ici repris est Vic Chesnutt (que j’ai longtemps pris pour une marque de machins à apéro, mais je crois que vous vous en contrebattez les basses boules). Peut-être cela sera-t-il l’essence qui fera avancer le futur Vol. 1 ?

Et au fait, où qu’il est Django ? Hein ? j’ai cherché sous la moquette, dans les crédits du livret : nib (rien à voir avec Black Sabbath — je serais d'ailleurs curieux d'entendre ce que McFadden donnerait sur du Sab', mais c'est une autre histoire). Oui, le quasi père spirituel de McFadden, Django Reinhardt, est absent. Outrage et rébellion ! Si McFadden vivait en France et que Django Reinhardt était flic, cela vaudrait six mois fermes (heureusement, notre pays sait se montrer accueillant avec tout ce qui gratte une guitare dans une caravane – vous avez le droit de dénoncer cette remarque soit à la préfecture de police de votre lieu de résidence, soit au Service de répression des poncifs xénophobes).

Bien. Malgré ce côté "carte de visite pour artiste trop talentueux pour son époque qui essaie de frapper à la porte des fans des groupes qu’il reprend", le lapin qui sort du chapeau n’est pas chrétien du tout, ni. Ami lecteur (je mets le mot au singulier, en application de certaines probabilités qu’il serait trop fastidieux de détailler ici), si tu relis la phrase qui précède, tu constateras que, en dépit de ce que tu as pu croire à première vue, il n’y manque aucun mot, puisque tu l’as complétée par toi-même par la blague débile qu’impose l’époque sus dite.

L'album démarre doucement, McFadden nous jouant son petit unplugged à lui (vu que MTV, etc.) et s’en sort sympathiquement. Ce sont des titres connus de tous (c’est-à-dire que même si vous ne savez pas que vous les connaissez, vous les avez entendus des centaines de fois). Sensation étrange quand on est habitué à l’univers décalé et très personnel de McFadden. Je m’attendais à ce qu’il passe à sa moulinette farfadesque des titres où il tente plutôt de se couler dans le moule. Trop de respect pour les originaux ? J’aurais bien aimé entendre le grand Eric propulser Ashes to Ashes sur Mars, atomiser Run Through The Jungle ou l’immerger jusqu’au cou dans le bayou, ravager Ramble On façon punk. Mais non.

En même temps, cela me rappelle un peu ses concerts (alors là, j’ouvre la seule parenthèse que vous devez lire dans cette chronique si vous devez n’en lire qu’une – de parenthèse, et même de chronique, pourquoi se gêner ? Eric McFadden en concert est une expérience qui ressemble à, hum… conduire un lit à baldaquins doté d’un V12 au milieu d’un champ de haricots géants, en buvant du whisky à la régalade, avec la fille de votre vit – oui, aussi – sur l’oreiller d’à côté et sous les vivats d’une armée de nains de jardins rebelles. Du rock joyeusement joyeux, sombrement sombre, mélodiquement mélodique, ouvertement ouvert, avec ces multiples influences qui – dites-moi si je me répète – n’apparaissent pas forcément à la lecture de la liste des artistes repris sur ce Vol. 2, encore que faire se côtoyer Prince et Thin Lizzy dénote un caractère qui mériterait une enquête des Renseignements généraux). Bref. Donc. McFadden démarre souvent – ses concerts, qu’on vous a dit – avec un ou deux ou trois titres plutôt cool avant de tout dévaster (si possible avec un bon bœuf bouillonant en compagnie des musicien qui se trouvent dans les parages), et comme ça devrait saigner dans les sillons en cette fin octobre-début novembre à travers la France, je ne vais pas vous coller un flingue dans le dos mais ce n'est pas l'envie qui m'en manque — voir dates au bas de cette chro.

Il y a aussi cette version du Partisan (étrangement créditée Leonard Cohen, alors qu’il n’est que l’adaptateur – certes mondialement célèbre – de cette chanson de la Résistance) qui aurait sans aucun doute tiré des larmes à feu Eric Besson s’il n’avait pas récemment décidé, pour rendre hommage à la mémoire de Jean-Pierre Stirbois, de jeter sa voiture contre un platane comme l’avait fait son mentor, et ce alors même que le Pouvoir Suprême envisageait de le promouvoir directeur administratif du bagne de Cayenne, ce qui en dit long sur son esprit de sacrifice et sa fidélité aux valeurs qu’il défend (on peut rêver). Le titre d’origine est sublime, la reprise l’est aussi, et il fait bon, par les temps qui courent (un peu comme dans l'expression "l’évadé court toujours"), entendre ces paroles. J’espère que McFadden chantera ce titre lors de sa tournée (seize dates dans toute la France du 27 octobre au 12 novembre 2010, je vous l'ai déjà dit ?) et que tout le public se lèvera pour le chanter avec lui, ce qui pourra peut-être nous donner l’illusion, quelques secondes, que les charognards n’ont pas rongé toute l’humanité jusqu’à l’os.

Autre réussite irrésistible : Jesus is Just Alright, des Doobie Brothers, qui devrait ensuite accompagner vos douches matinales pendant un moment (attention à ne pas glisser sur la savonnette en tapant du pied). Dans le match Beatles/Rolling Stones, l’absence de Jimmy Connors à la guitare dans le premier set s’oublie aisément tant McFadden fait sienne, avec sa voix de beau ténébreux le tube des seconds en lui donnant une touche juvénile et sémillante, et confirme son talent de relecteur des premiers (dont il avait déjà repris Hey Bulldog sur son album Diamonds to Coal, opportunément reédité ces jouir-ci — il n'y a pas de raison que les lapsus soient réservés aux ministres ou ex- de l'UMP… — par Bad Reputation) tant les lonely people y vibrent Causette (ou Rosetta – cf. époque, etc.).

Eric McFadden au Café de la Danse, Paris
Eric McFadden et Paula O'Rourke au Café de la Danse, à Paris, en novembre 2009
Photo : Yann Charles

L’avantage de Pull a Rabbit Out of This Hat est que, puisqu’on tombe à tout bout de chant (j’avoue, je l’ai piquée à Patrick Sébastien) sur des refrains que l’on aime depuis des lustres, ceux-ci aident à se plonger et à se replonger dans les versions mcfaddeniennes si on n'y adhère pas telles les pattes de mouche au plafond du premier coup (le piège étant que, plus on connaît un morceau, plus on a du mal à s'en détacher et à en accepter une nouvelle version). Résultat, au bout d'un bon mois et une dizaine d'écoutes, le constat était sans ambiguïté : je m'étais encore fait renverser par ce chauffeur fou, et je m’enfilais les titres de l’album comme d’autres les perles ou les chocolats à Noël (tiens, la période approche : voilà une idée de cadeau qu’on ne vous reprochera pas…). Il m’aura fallu tout ce temps pour comprendre une chose toute simple : Eric McFadden a gratté ces chansons à l’os pour y apposer sa voix d’ours de fond de caverne racontant des histoires au coin du feu, et pour jouer au maximum sur le potentiel de tension que chacune recelait. Autre évidence : Eric McFadden prouve une nouvelle fois qu’il sait jouer tous les styles, et qu’il n’est jamais meilleur que lorsqu’il les entrecroise et les transfigure. Et, plus encore que sa voix, sa guitare est la véritable star de cet album. En détails cela donne:

Ashes to Ashes (David Bowie) : peut-être une des plus belles reprises alors que, au départ, c’était celle qui m’ennuyait le plus.

Run Through the Jungle (Creedence Clearwater Revival) : je reste un brin circonspect car j’étais assez excité à l’idée d’entendre une version très rock alors que se dégage plutôt une ambiance retenue, disons, une sorte de touffeur (mais c'est la jungle, alors bon…).

Jockey Full of Bourbon (Tom Waits) : premier titre sur lequel j’ai l’impression de retrouver pleinement le « McFadden style ». Légèreté, mélodie sublime, voix comme inquiète, maestria guitaristique avec un côté hispanisant : on croirait vraiment un titre de McFadden (dont la voix est souvent comparée à celle de Tom Waits).

Ramble On (Led Zeppelin) : quand je vous parlais d’os, en voici un bon exemple. Ni grandiloquence ni minimalisme (allez, juste un petit coup de boule sur le refrain). McFadden n’a besoin de personne pour appuyer sur « on ».

This is Love (P.J. Harvey) : attention ! électricité. Un secouage de cocotier en règle, et aucun effet de prod’ pour rajouter des bidouillages. McFadden est un combo de rock à lui seul. Carton.

Darling Nikki (Prince) : voilà un titre qui colle salement à l’univers McFadden. Une reprise déjantée, frapadingo, détraquée, avec une touche d’accordéon, qu’on croirait sortie d’un de ses albums. Lâchage et pétage de plomb. Un régal !

The Partisan (Leonard Cohen) : à chialer. Quoi d’autre ?

Got to Give it up (Thin Lizzy) : si ce qu’il reste de Thin Lizzy se demande encore par qui remplacer Phil Lynott, ce n’est plus la peine de chercher. Je n’avais encore jamais réalisé la parenté entre McFadden et ce dernier, mais alors là, c’est renversant, une véritable… heu… fraternitude ?

Mother’s Little Helper (Rolling Stones) : la mandoline vient donner un côté léger, très entraînant et les chœurs allègent aussi la sauce… mais on sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche dans l’histoire (mais pas dans l’interprétation). Irrésistible.

Delia’s Gone (Johnny Cash) : Waits, Cohen... Cash ne pouvait pas être bien loin et McFadden choisit l’hommage le plus simple qui soit (allez, un rien de violon, sans plus) et, bien sûr, une histoire de type pas tout à fait droit dans son cerveau. Prouvant par là son caméléonisme avancé : toujours différent en apparence, toujours lui-même en dessous. La classe.

(White Man) In Hammersmith Palais (The Clash) : ou quand McFadden se met à avoiner dans ta face, il s’empare d’un reggae blanc et lui secoue le cocotier. Impec’ (comme le mélange apéro, là j'ai bon).

Eleanor Rigby (The Beatles) : Le risque est grand, avec un titre aussi connu et émotionnel, de se viander en toute bonne volonté. McFadden a l’intelligence de demeurer – relativement – fidèle à l’original. Les chœurs féminins et des cordes (là-bas, au fond) apportent le petit supplément d’âme qui fait la différence, et une rythmique un rien baston vous tarabuste le palpitant. Magnifique.

If You See Her, Say Hello (Bob Dylan) : Aire de repos. Pas le titre le plus convaincant à mon sens. C’est-à-dire qu’il semble tellement naturel à McFadden qu’on croirait que c’est du McFadden, mais il m’y manque un côté un poil rocailleux, ou plus de tristesse. Ou moins de respect.

Jesus is Just Alright (Doobie Brothers) : crac ! Boum ! Hu ! Tout comme l’increvable et anti-cureton primaire Siné est capable de chanter Halleluyah quand il s’agit de musique qui fait dresser le popotin, le cochon de mécréant que je suis fredonne maintenant Jesus is Just Alright a longueur de journée. Un retour au riff salvateur. Erectile !

Blight (Vic Chessnut) : les discrètes trompettes mexicaines de la mort pimentent cette reprise qui clôt de belle manière l’album dans une espèce de schizophrénie tribale qui sied bien à McFadden. La douceur et les baffes, le repos et l’inquiétude, l’énergie et les pastilles pour la gorge.

Conclusion ? Maman ! McFadden m’a encore marabouté…

MySpace Eric McFadden - Chroniques de concerts : 2009 - 2010 - Interview

Autres chroniques sur Paris-Move (note : coup de cœur) et sur Zik Addict.
Pull a Rabbit Out of This Hat est sélection FIP en octobre 2010

Tournée 2010 d'Eric McFadden
• octobre (première partie : Rodney Branigan) : 22 à Gerardmer, 27 à Angoulême, 28 au Thor, 29 à Pau, 30 à Nice.
• novembre (première partie : Rodney Branigan) : 2 à Marseille, 3 à Montpellier, 4 à Perpignan, 5 à Bordeaux, 6 à Trebeurden, 7 à Callac.
• 9 novembre à Paris (New Morning, avec Roland Tchakounté et Yael Deckelbaum).
• novembre (première partie : Yael Deckelbaum) : 10 à Ensisheim, 11 à Niort, 12 à Marne-la-Vallée.

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Mis à jour ( Jeudi, 11 Novembre 2010 16:50 )  

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