
Depuis 1978, je me pose à chaque nouvel album la même question : comment peut-on passer à coté de ces trois là? D’une certaine façon, The Nits ont réussi à éviter tous les compromis que peut séduire les plus idéalistes et les plus novateurs des artistes. Ils ont fait fi des tendances, en aspirant toutes les influences bien au-delà des limites étroites du rock. Après tout, combien de groupes peuvent se targuer aujourd’hui de se renouveler après chaque opus? Nits, c’est d’abord beaucoup de retenue, suggérée par Rob Kloet, le batteur (qui est d’ailleurs plus un percussionniste), de la sensibilité et des mélodies inspirées, apanage de Henk Hofstede et des ambiances musicales sans cesse renouvelées sous les doigts de Robert Jan Stips. "Strawberry Wood" vient à mon avis conclure une trilogie exceptionnelle: 2005, "Les Nuits", un album feutré, intimiste et sombre; 2008, "Doing the Dishes" acoustique, mélodique et brillant.
C’est presque toujours ainsi, Henk Hofstede n’aime pas trainer trop longtemps dans les mêmes univers. On retrouve cependant dans Strawberry Wood des ambiances similaires à celles de « In The Dutch Mountains », et donc l’assurance d’une pop ciselée, aux tempos précieux. Hosftede est un familier de ces lieux "refuges de l’âme" que sont les gares, les aéroports et les cafés ,très souvent au centre de ses textes ; « Hawelka » sur des accents Kinksiens, qui ouvre l’album est un de ces lieux, dans la vieille ville de Vienne, l’endroit propice pour y décrypter une existence, celle d’un homme qui marche dans les traces de son père, héros du débarquement. La voix de H.Hosftede (l’a t-il travaillée ou est-ce ainsi ?) n’est pas sans rappeler celle de Leonard Cohen dont il est un admirateur de longue date. Et comme un fait exprès "The Hours "et "Distance" avec ces guitares nylons en exergue, qui dessinent l’aura du Canadien. Leonard Cohen réapparait plus loin dans "Index of first Lines": Henk Hosftede y décrit les lieux ou le chanteur avait l’habitude d’aller à Montréal.
Depuis quelques temps dans les albums de Nits et son album solo (âge oblige) H.Hosftede se complait dans une nostalgie narrative qui prend sa source aussi dans son enfance et adolescence. »Departure » sonne comme une carte postale que l’on envoie à ses proches pendant que les jours s’égrènent lentement, c’est l’histoire d’une séparation. Rob Klot est omniprésent sur « Nick in the House of John » car il est l’anti batteur ; c’est grâce à lui que cette atmosphère de kermesse envahie le titre et vous berce, tandis que la mandoline de Henk tournoie au dessus de nos têtes. (la maison en question à été celle de John et Yoko que l’on voit sur le film Imagine) « La Petite Robe Noire « aux accents jazzy de cabaret, permet à Hosftede de satisfaire à un rituel dans chaque album ou presque ,c'est-à-dire chanter en Français (cf. les Nuits, Mourir avant 15 ans) dans un style très proche d’un « Via Con Me » de Palo Conte .
Le contenu lui est moins léger puisque la chanson lui a été inspirée par l’affaire de cette journaliste Soudanaise menacée de 40 coups de fouet pour port illégal d’un pantalon. Ces trois-là font dans l’autarcie musicale lors de leurs enregistrements ; c’est dans un gymnase qu’ils ont aménagé en studio, non loin d’Amsterdam, qu’ils ont enregistré Strawberry Wood, et comme pour leurs précédents albums cette pop intimiste, ces atmosphères d’arrière boutiques sont magiques. Robert Jan Stips est le claviériste le plus discret que je connaisse ; c’est tout juste s’il souligne la superbe mélodie de « Tannenbaum »sur le final, et c’est toujours dans la simplicité la plus extrême que le piano de « Return » égrène des notes à peine frappées. Sur scène, l’accordéon lui donne l’occasion de montrer sa délicate dextérité.
Voila un groupe « à la carte de visite » monumentale, ayant fait sur toutes les scènes du monde la démonstration d’une musique où la poésie et la retenue ont bien souvent plus de force que les watts empilés.
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