
Comme chaque année (sauf que c'est la première), Poin-Poin accueille la bientôt célèbre cérémonie des Dahu d'Or, cérémonie orchestrée de crin de poney par SuperDahu, homme de goût (puisque friand de boudindonneau entre autres) et unique membre du jury (puisque ça s'appelle les Dahu d'Or). Alors n'attendons pas davantage pour mettre les petits pois dans les glands, les cassolettes dans les assiettes à pizza et découvrir les quelques disques essentiels ayant jalonné l'année qui vient tout juste de s'écrouler, c'est-à-dire 2009.
Bien entendu, le choix des nominés reste totalement subjectif et ne correspond qu'aux goûts tout à fait spécifiques de son unique protagoniste, j'ai nommé le SuperDahu, homme de foi (de canard) et mélomane averti. De la variété hindoue au m'balax en passant par les polyphonies pygmées, tout le spectre musical de l'année passée risque d'y être subtilement représenté, tant l'ouverture et la curiosité du dit-Dahu s'étend du nord au sud en passant par l'est, l'ouest, le nord-ouest, le sud-ouest, le nord-est et le sud-est. Mambo, mérengué, rumba, on n'est à l'abri de rien tant les Dahu d'Or risquent de pleuvoir comme vache à pis sur la création musicale dans son sens le plus large (à tel point qu'on se croirait en Afrique). Quid du dernier album de Papa Wemba ? Réponse dans quelques instants...
Mesdames et messieurs, les Dahu d'Or !
DAHU D'OR du meilleur nom d'artiste...
Zola Jesus
En attendant les consécrations de Allah Verlaine et de Bouda Gouda, c'est bien la dame Zola Jesus qui rafle le Dahu du meilleur nom d'artiste de l'année.
Quelle Carrière pour Zola ? Elle a été élue par les lecteurs du site Brainwashed meilleure nouvelle artiste de l'année.
Autant dire qu'entre cette distinction et la remise de ce Dahu D'Or, les ventes de Zola Jesus devraient s'envoler, ça risque d'être spectaculaire.
Son pâté de chanson noise plâtré de vieux beats indus-boom-boom devrait s'arracher même chez Planète-Sushi. Vincent Delerm n'a qu'à bien se tenir. Les eighties bruyantes à l'étouffée sont back dans les Bacs.

DAHU D'OR du Drone-Rigolo...
Emeralds - What Happened
C'est peu dire que la scène drone est remplie d'hurluberlus dont le seul but semble être de faire du mal à l'auditeur. Surtout que bon nombre s'amusent à sortir un CD-R par semaine, voire une cassette audio, ce sont des acharnés. Avec des bruits d'usine filtrés dans de la disto à fond les ballons et quelques cris de sauvages pour épicer le tout (parfois certains ajoutent des maracas mais ça s'entend pas).
Ah gaussons-nous, mais il y a un public pour ça, qui aime se faire défoncer le crâne en devisant sociologie.
De ce magma étrange et plein de charlatans, émergent parfois des oeuvres mieux senties que la moyenne des autres. C'est le cas de ce disque d' Emeralds, un trio de Cleveland: Steve Hauschildt, Mark McGuire et John Elliots. What Happened a la marque distinctive dronesque (tendance psyché) d'être plein comme un oeuf, et va vous bourrer l'oreille. Sauf qu'on est bien dedans, tout est cotonneux, c'est un drone en couleur, plein de paysages saturés, et c'est bien de rêver dedans, du moins si on ne s'y étouffe pas: y'a des ballons rouge changeant et de la poussière de pierres précieuses...
Emeralds - Alive In The Sea Of Information

DAHU D'OR de la concentration japonaise avant de casser une brique à mains nues...
Nisennenmondai - Destination Tokyo
Un trio de japonaises.
Une terrible réputation scénique les précède et ceux qui les ont vu lors du Festival Villette Sonique peuvent témoigner (donc je témoigne).
Les Nisennenmondai déboulent sans un sourire: c'est la phase concentration.
Mais tu comprends assez vite l'enjeu: leurs morceaux sont des Pandas à grande vitesse, et quand ils sont partis tu peux plus les arrêter c'est trop tard - quitte ou double !
On pourrait dire que ça donne du Noise-Krautrock en accéléré ou encore de la techno sur des guitares (mais on pourrait dire tout à fait autre chose aussi en fait. Comme: Tu prends un Poney en laiton, du Sonic Youth, du Kraftwerk, du riz, du This Heat, tu mets le tout dans un accélérateur de particules rockeuses, et enfin tu pousse le tempo au max jusqu'à ce que ça te prenne bien le choux.)
La batteuse, elle, boit trois litres d'eau entre chaque long morceaux.
L'affaire est aussi précise que puissante, c'est de l'horlogerie non-suisse.
A la fin du concert les nanas sourient enfin et lâchent leur unique merci.
Et là tu te dis, ouais, c'est vraiment un délire de japonais, comme une figure d'art martial. Un truc chelou du Soleil Levant qu'un béarnais ne pourra jamais faire. (Ensuite tu vas te jeter par la fenêtre pour ne pas avoir trouvé encore plus cliché comme pensée).
Page MySpace de Nisennenmondai

DAHU D'OR de la chanteuse qui fait la gueule...
Hope Sandoval & The Warm Inventions - Through The Devil Softly
Elle est un calvaire en interview pour les journalistes (la preuve ICI), sur scène elle joue presque dans le noir, elle n'a jamais rien à nous dire en dehors de sa musique, et tire toujours une gueule de dix kilomètres (vers le bas).
Hope Sandoval n'est pas cool avec les gens mais elle est une artiste "culte" et d'une beauté plus que troublante.
Bien sûr, la rareté de ses enregistrements et de ses apparitions la font encore plus culte. Car Hope Sandoval c'est cinq albums en vingt ans. Le premier, en tant que chanteuse de Mazzy Star en 1990 (She Hangs Brightly) et le dernier cette année avec The Warm Inventions. Trois disques avec le premier groupe (tristes chansons, douceurs psychédéliques), deux accompagnée par les musiciens actuels, dont Colm Ó Cíosóig, batteur de My Bloody Valentine.
Cinq albums en cinq ans, cinq ravissements: un sans fautes. Il y a sans doute une aspiration à la perfection chez cette femme qui ne lui fait accepter un morceau que lorsqu'il approche un idéal, en une certaine idée de la beauté qui lui est propre, comme ce bleu qui souffle doucement quand elle chante.
Il serait aventureux de prétendre que les mélopées de Hope la brune en solo touchent aussi souvent au sublime que celles qu'elle composait avec David Roback, guitariste de Mazzy Star. Ce couple là a placé la barre trop haut. Mais du moins, pour qualifier, ses créations depuis l'an 2000 (année du précédent album, Bevarian Fruit Bread), pourrait-on dire: parfois plus boisé, plus rond souvent, évaporé en directions opposées...
Plus prosaïquement, une chose à dire: des ballades aussi sophistiquées, aux arrangements si soignés, il y en a peu. Ces gens travaillent la délicatesse, la magie de la voix fait le reste.

DAHU D'OR du pochon avec une fusée moche dessus...
Moritz Von Oswald Trio - Vertical Ascent
Tranquille mais sans facilités. Ca pourrait presque être une connerie New Age, mais la fluidité est ici musicale et les complexités sous jacentes agitent très vite corps et intérieur du crâne en excitation légère et flottante.
Il faut dire que c'est le nouveau projet de Moritz Von Oswald. Et un projet de Moritz Von Oswald, c'est rarement inintéressant. On ne compte plus les noms et les casquettes de Moritz depuis des années. Un coup Maurizio et sa techno, un coup derrière les dub hypnotiques de rythm & sound, les productions Basic Channel et Chain Reaction, et j'en passe Ignace !
Il y a peu, le berlinois s'est engagé dans un projet Live, qui débouchera sur l'album Vertical Ascent en compagnie de Vladislav Delay (autre multi-casquette-man d'importance) et du Suisse-Allemand Max Loderbauer. Le trio va produire de longues enfilades ambient; et Vladislav Delay d'introduire oscillations rhytmiques aux postes percussions et batteries... le groovax est libre et presque sombre... comme le dessus des eaux.
Moritz Von Oswald Trio - Pattern 3

DAHU D'OR du disque qui fait des synthèses chelou
The Dirty Projectors - Bitte Orca
Finalement, ça pourrait être la version pop de l'album de Battles, Mirrored (2007)
Comme l'indique l'intitulé de ce Dahu D'Or, voici quelques tentatives de mélanges extrêmes comme du Fela, de L'Afrique, avec du mélodique 60's, Du Krautrock-In-opposition-tout-en-agitation. Le résultat pourrait ressembler à un gros cube compressé de César, mais non, et c'est là tout l'intérêt, The Dirty Projectors se trouve toujours une ligne, avec un horizon pop, toujours, à chaque morcif'. C'est ce besoin de clarté, qui fait de Bitte Orca un disque foncièrement différent de celui D'Animal Collective ( Merriweather Post Pavillion) dans le genre fourre-tout.
Ce disque est un peu foufou-la praline, mais finalement plus digeste que du Fiery Furnaces. Moins tape-cul aussi. Plus dans la joie. La touche exotique ?
Quoiqu'il en soit, ces New-Yorkais (menés par Dave Longstreth) en sont à leur septième album tout de même, et à l'écoute de ces airs tout tordus mais qui emballent le boule, on (enfin moi en tout cas, les gens font ce qu'ils veulent, même si ils ont tort) se dit qu'il est peut-être temps de se pencher sur leur cas avec plus de considération.
Page MySpace de The Dirty Projectors
ENTRACTE
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