
Je n'arriverai jamais jusqu'au bout. Ce n'est que le premier titre mais j'ai déjà envie d'éteindre la chaîne : cette rythmique primaire, cette guitare à paillettes, cette voix féminine repiquée à un best-of disco. Bon, ils m'ont envoyé le CD, je vais donc faire un effort. Mais je suis bien bon. Tel était mon état d'esprit à la première écoute de Singles, deuxième album de Fireball FC. C'est que la soupe, voyez-vous, je préfère la manger plutôt que l'écouter, au moins, ça réchauffe. Bordel, me faire écouter de la pop française à moi, le chantre de true-metal sur Poin-Poin, quelle calvaire !
Dix titres plus tard, je me sentais l'âme d'un Bernard Kouchner : ma veste était retournée. Car entre-temps, j'avais goûté aux petites ritournelles aériennes, nostalgiques ou sucrées d'une pop volontairement rétro, parfois à la limite du kitsch, dont on ne sait jamais si elle va verser chez les Beatles ou chez les Firecrackers (RIP... Prions pour qu'ils resuscitent), si les Aphrodite Childs vont pleuvoir des larmes sur Joe Dassin sur la colline, ou si les Bee Gees vont enfin casser la gueule aux Rolling Stones. Pour être plus précis, Saint-Zou, dans la chro du précédent alboum de Fireball FC, You'll Naver Walk Alone, évoquait des influences McCartney, Neil Young, Velvet Undergound, Pink Floyd et David Bowie. Et pour faire complet, le groupe cite aussi Led Zeppelin et les Wings.
Certes, tout cela paraissait parfois un peu naïf (comme la reprise bonbon de Take on Me, de A-ha) mais indéniablement de qualité. Et puis tant que mes voisins et amis n'étaient pas au courant, je pouvais me l'avouer sans honte : c'était quand même bien fagoté.
Le lendemain, retour du boulot, je remets Singles. Et tandis qu'à la cuisine je vide la caisse du chat et le lave-vaisselle (vous venez dîner à la maison quand vous voulez...), qu'au ouatère je closète, depuis le salon Singles escagasse l'esgourde. En cinq minutes, je commence à me dire : et si je devais rédiger une chro, comment qualifierais-je cette musique ? Le musique, c'est comme le vin, je l'aime d'autant mieux quand je comprends pourquoi je l'aime. Et là, j'ai surtout compris que j'étais déjà foutu
Alors comment ça, en province aussi (Fireball FC vient de la région lyonnaise) on fait de la musique qui tient la route ? Il n'y aurait pas que Paris, Los Angeles, Londres et Göteborg dans la vie ? Bien entendu, je sais que certains Poin-poineurs défavorisés habitent au-delà du périphérique et ont pour autant des goûts respectables, mais enfin, voyons les choses en face : combien de tours Eiffel compte-t-on en dehors de Paris ?
Bref, fin de la deuxième écoute, j'hésitais à appeler la police : non seulement le Fireball FC m'avait retourné la veste, mais il m'avait fait les poches. Bordel, je croyais écouter de la pop, et c'est quand même du rock, cette histoire, non ? Au voleur !
C'est qu'il s'en passe des choses sur ce disque. Ne vous fiez pas au son : il ne lézaredera pas vos murs avec les basses. Après longue réflexion, je crois que c'est voulu. Mais ces mélodies à babiller bêtements, cette batterie sautillante, ces claviers dzoinguesques, ces harmonies qui clignotent comme une guirlande de Noël, ces petits airs malins, cette coquine alternance entre le chant masculin et féminin, ces airs qui vous rappellent un-truc-mais-quoi ?... Et puis ça bidouille-grenouille de partout dans les enceintes. Et ça n'étale pas les titres en longueur. Et il y a surtout le minimum syndical de rock n'roll et de bonne gratte pour vous secouer.
Singles : le titre de l'album était risqué car c'était l'obligation de n'y coller que des titres catchy. Il n'est pas usurpé.
C'est frais, c'est joyeux c'est léger, c'est plein d'idées, c'est moins innocent que ça en a l'air, c'est fin, ça se mange sans faim. Et pour ceux ou celles qui craignent de grossir, rassurez-vous : ça peut même faire remuer le popotin. Mais s'il vous plaît, ne dites rien à mes voisins...
Fireball FC MySpace - Ecoute d'extraits
Prochains concerts de Fireball FC :
18 et 19 décembre à Lyon, 21 janvier à Lyon, 28 janvier à Liège, 30 janvier à Paris (L'International, avec Rebels of Tijuana et Scarlet Queens).
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