poin-poin
Bannière

 
  • Increase font size
  • Default font size
  • Decrease font size
Home Dressez vos esgourdes Rock & Pop WILCO (la Chronique)

WILCO (la Chronique)

E-mail Imprimer PDF

 

 

Il m'a fallu un gros mois pour me décider à écrire une bafouille sur ce disque, le septième album de Wilco (le groupe). Résumé des épisodes précédents : Wilco est le meilleur groupe de rock américain du monde.

Je ne sais pas à quel moment Wilco est devenu le meilleur groupe de rock américain du monde. Certainement pas au moment de la sortie de A.M., premier album un peu lourdingue faisant suite au split d'Uncle Tupelo. En revanche, on a le droit de penser qu'à la sortie de Being There, le disque ultime de country rock des années 90, Wilco était déjà un putain de grand groupe. Mais le plus grand ? Peut-être l'est-il devenu en transcendant 35 années de pop sur le désormais classique Summerteeth (une collection de chansons tellement parfaites qu'elles ont valu au groupe de se faire virer de chez Reprise). Ou en déconstruisant savamment sa musique, sonnant comme Bob Dylan accompagné par Tortoise sur Yankee Hotel Foxtrot. Mais on a aussi le droit de préférer encore plus A Ghost Is Born, sorte de long trip guitaristique entre krautrock et Neil Young où le leader Jeff Tweedy se réinventait en musicien virtuose.

Enfin, rien n'interdit de penser que c'est finalement au cours des tournées précédant et suivant l'enregistrement de l'album Sky Blue Sky - une ode aux grands disques des années 70, alternant ballades folks à la Nick Drake et soli furieux façon King Crimson - que Wilco est devenu le meilleur groupe de rock américain du monde. On peut toujours avoir une discussion sur la temporalité de ce fait indéniable, mais certainement pas sur le fait lui-même ... et quand on touche les cimes les plus hautes tant en studio que sur la scène, nombreux sont ceux qui n'attendent plus que la chute.

Bizarrement, à lire les critiques publiées au cours du mois qui vient de s'écouler, beaucoup semblaient penser que Sky Blue Sky constituait une baisse de régime pour un groupe dont la discographie est géneralement considérée comme impeccable. Honnêtement, je ne sais pas du tout d'où vient ce révisionnisme ambiant, car en 2007, quand le disque est sorti, les critiques étaient généralement dithyrambiques, avec pour seule exception une critique bourrée de mauvaise foi sur l'influent webzine Pitchfork. Surtout, comment peut-on sérieusement écrire qu'un disque contenant "Impossible Germany", "Side With The Seeds", "You Are My Face", "Either Way", "Walken" et "On and On" est ennuyeux ?

Certes, je comprends que l'avantage d'écrire des conneries, c'est que ça permet d'écrire d'autres conneries un peu plus tard. En faisant passer Sly Blue Sky pour un disque raté, on peut donc se féliciter de la sortie de Wilco (The Album) comme d'une renaissance artistique, un retour à la forme ... mais c'est quoi la forme, chez Wilco ? Tweedy n'a jamais sorti deux disques identiques à la suite !! Voilà pourquoi il m'a été difficile de me faire une opinion sur ce nouveau disque. Fan invétéré du groupe depuis que Yankee Hotel Foxtrot a atterri entre mes oreilles et ardent défenseur de Sky Blue Sky, en fait, je n'arrive pas à voir ce nouveau disque autrement que comme la suite logique du précédent, avec l'effet de surprise en moins. La conséquence de cela, c'est que j'aurais également tendance à considérer Wilco (The Album) comme une demi-déception, certainement pas un faux pas mais plutôt une sorte de plateau dans la discographie du groupe, ne témoignant d'aucune évolution notable. 

Certes, il y a de bonnes chansons dans ce nouveau disque. En fait, il n'y a même  (presque) que ça. "Wilco (The Song)", interprétée pour la première fois au cours du show The Colbert Report a quelque chose de léger et d'un brin parodique pour du Wilco, mais c'est aussi une mélodie qui reste en tête et un départ étonnant pour un groupe qui nous avait habitué à des mises en bouches plus dramatiques ("I am Trying To Break Your Heart", "At Least That's What You Said"). Wilco nous avait déjà sorti des morceaux pop simples, naïfs et frais comme celui-là, mais habituellement, ils étaient relégués en fin d'album ("The Late Great", "Candyfloss"). C'est donc un bon morceau, mais un bon morceau qui fait craindre le pire pour la suite. Mais voilà, on ne parle pas de n'importe quel groupe de rock ricain laborieux à la Holdsteady ou Drive-by Truckers ("Euh, Catfish ... il est à toi, ce couteau planté dans mon dos ?" ...), on parle de magiciens, de véritables artificiers de la composition et de l'arrangement. Alors, on embraye juste sur le plus bel enchaînement de chansons de l'année 2009, "Deeper Down" et "One Wing". "Deeper Down" commence discrètement comme une suite à "Radio Cure", un peu lente et déprimante avant de se transformer en pièce montée psychédélique à l'aide des doigts de fée de Nels Cline et de la finesse dans les arrangements créés par Pat Sansone et Mike Jorgensen.

Cette même veine contemplative, on la retrouve dans "One Wing", qui adopte le ton mélancolique de "Impossible Germany" et est transcendée par une suite de changements d'accord qui viennent transformer le morceau en un hymne. Clairement, Tweedy est ici à son sommet et le groupe qui l'accompagne n'est pas en manque d'idées - et je n'ai pas besoin de préciser à ce stade que la paire Stiratt/Kotche constitue toujours la meilleure rythmique du monde. Pourtant, malgré ce départ en fanfare, on s'aperçoit déjà d'un premier problème. Le lecteur attentif aura à ce stade remarqué que j'ai déjà abondamment cité la discographie passée du groupe ... en effet, on a l'impression que beaucoup de ces chansons sont construites sur des idées antérieures, faisant référence à d'autres chansons, pas forcément meilleures, mais certainement plus surprenantes au moment de leur sortie. On est un peu au bord de l'auto-parodie et cela se confirme malheureusement avec le morceau suivant du disque, "Bull Black Nova" ... une resucée peu inspirée et un brin lourdingue de "Spiders (Kidsmoke)" figurant sur A Ghost Is Born. Tweedy évoque un meurtre domestique, reprenant le thème de "She's A Jar" mais le morceau ne va nulle part, il ne décolle jamais et on ne comprend pas pourquoi la voix du chanteur s'éraille comme cela. Pire que tout ... Nels Cline à la guitare ne fournit même pas le surplus d'inspiration qui aurait pu sauver le morceau, juste quelques expérimentations bruitiste - et on sait que dans ce genre, il est capable de beaucoup mieux.L'intérêt du disque remonte heureusement avec la très belle ballade "You and I" chantée en duo avec Feist. Du point de vue des paroles, ça ne vas pas bien loin ("Me and You, What can I do ?"), mais c'est sensible, frais et mélodiquement, ça fait mouche.

Je me demande bien  en revanche pourquoi "You Never Know" a été choisi comme premier extrait pour promouvoir le disque, car je n'arrive toujours pas à comprendre où mène cette chanson à la mélodie peu originale et au rythme country-rock peu engageant. Ce morceau aurait fait au mieux une face B correcte, mais il fait partie des trois morceaux qui ne méritaient pas de figurer sur un disque de Wilco. Le second, comme vous l'aurez certainement compris, c'est "Bull Black Nova" et le troisième qui arrive un peu plus tard dans le disque est "Sonny Feeling", qui sonne comme un peu comme un rejet d'A.M., nous renvoyant à une époque où Wilco était un groupe de country-rock sympatoche, mais pas le pourvoyeur d'émotions qui nous a bouleversé au moment de Yankee Hotel Foxtrot. Le pire, dans "Sonny Feeling", c'est le solo de lap steel, vraiment pas fin, qui est en plus exagéré par des pompes aux claviers qui en live doivent avoir leur charme, mais qui sur un disque studio du meilleur groupe de rock américain du monde - je l'ai déjà écrit, ça, non ? - font un peu tâche, pour dire la vérité. 

Entre temps, Tweedy nous aura quand même servi deux des plus belles ballades qu'il ait jamais écrites. "Country Disappeared" est tout ce que l'on aime chez lui : des melodies douces amères, ce chant au bord de la rupture. C'est le Wilco de "Jesus, etc." et de "How To Fight Loneliness". Comment y résister ? Et puis, il y a "I'll Fight", sorte de soul de blanc McCartneyenne habitée par une telle sincérité ("Ill fight for you, I'll kill for you, I will") que toute critique devient inutile. Si le disque devait renfermer un classique, ce serait certainement cette chanson. Pour boucler la description du disque, je mentionnerai la touchante parentèse solo du disque ("Solitaire") et me contenterai de dire que l'album se termine un peu comme le précédent sur une note douce-amère et un brin emphatique, "Everlasting Everything", qui a malheureusement quelque chose d'inachevé. Le solo final de Nels Cline semble mener vers un final dantesque, mais ce dernier n'aura pas lieu ... les notes se perdent dans l'infini. J'inagine que c'est cela va de pair avec le titre de la chanson, mais l'auditeur se sent un peu laissé sur le carreau.

Wilco (The Album) me laisse donc sur une impression duale. Le disque, sans le moindre doute, prouve que Tweedy est un songwriter toujours aussi convaincant et qu'il peut sortir des chansons admirables avec une facilité déconcertante. Seulement, il est étonnant que le groupe qui l'accompagne ne brille que si rarement, comme si les prouesses réalisées sur scène ne devaient que partiellement se retrouver en studio. Au lieu de creuser le sillon rock 70s entâmé sur Sky Blue Sky ou de proposer une nouvelle direction, Wilco s'est contenté de proposer un florilège de ce qui a fait son succès artistique, piochant un peu partout dans sa discographie pour faire des clins d'oeil à tous ses fans. Ses derniers devraient donc se réjouir de ce disque où ils trouveront de nombreux éléments à chérir au fl des écoutes. Mais il y a un style de fan qui pourrait bien se sentir un brin frustré, un fan qui transcende toutes les périodes de Wilco, n'a pas forcément de préférence radicale entre le folk crépusculaire de Being There et la pop déconstruite de Yankee Hotel Foxtrot, mais n'attend qu'une chose de son groupe préféré : que jamais il ne se répète et qu'il continuer à le surprendre. J'ai un peu peur d'être ce fan là. 

 Site de Wilco

Mis à jour ( Vendredi, 04 Septembre 2009 16:57 )  

Poin Flash

LA ZICMUCHE, le "blog lamentable", les girafons... Rejoignez LE FORUM POIN-POIN.

 

MIXTAPES Nouveau !!! La Battle Mixtape JeanRhume vs Cidrolin - la Battle Mixtape Waka vs Rhume / Et toujours : la Mixtape Poin-Poin 1 - la Mixtape Poin-Poin 2 - la Battle Mixtape JeanRhume vs DJ Duclock

 

POLAR et POLITIQUE : c'est le thème du onzième numéro de L'Indic. L'excellent "noir magazine" perquisitionne aussi chez Rivages Noires pour leurs 25 ans et enquête du côté de trois autres éditeurs, Asphalte, La Tengo et Ecorce. Plus plein de rubriques et de chroniques débordant sur le cinéma et la musique. Sommaire ici.

 

VAPEUR MAUVE, le zine du site Rock60-70, consacre la couverture de son n°12 à Steve Hillage. 125 pages avec aussi Jeff Beer, Gordon Giltrap, Roger Hodgson, Denis Protat, Ganafoul, Locanda Delle Fate, Guy Segers, Voodoo, ainsi que  Bob Dylan, Mott The Hoople, le prog italien, Grateful Dead, Aerosmith, les Gypsys, Bert Jansch et des chros livres et DVD. A télécharger gratuitement ici