
Les Cry Babies incarnent-ils la juvénilité cathartique de la perfect pop-song ?, s'interrogerait Philippe Manoeuvre s'il écrivait pour Poin-Poin (mais nous avons cassé la gueule au facteur qui apportait une lettre de candidature dans une enveloppe où figurait son nom au verso – celle d'Ungermuth, pas de Besancenot).
Répondre à cette question réclamerait un talent dont je suis dénué à moins de trois litres de vin en intraveineuse suivis d'un enterrement de première classe, aussi me contenterai-je de poser une autre question : pourquoi les premiers albums sont-ils souvent les meilleurs ? Parce que, encore plus souvent, il n'y en a pas de second, et encore moins de deuxième (si tant est qu'il y en ait eu un premier, cas déjà encore moins fréquent que l'avènement d'un premier album, même mauvais).
Un million de personnes pourraient défiler de Bastille à République que je serais cependant incapable de justifier que ce Pop Goes the Cork est effectivement le meilleur des trois albums des Cry Babies par autre chose que ce tarakawa retourné avec balayage des mollets : c'est celui que je préfère, ducon (ce "ducon" étant absolument superfétatoire, mais votre gueule ne me revient pas, sans compter que "tarakawa" ne veut rien dire et que, pourtant, vous en avez saisi le sens, ce qui ne manque pas d'étonner Alain Decaux).
Dans l'incapacité de répondre à la question, nous pouvons cependant nous interroger, avec Woody Allen et Georges Marchais – les deux seuls hommes capables de répondre à ce qu'on ne leur demande rien : mais au fait, c'était quoi, cette question ? (ce qui, en soit, est également une question, le monde est bien étrange) (d'autant plus étrange que la demi-douzaine de mots figurant avant les ":" me semblent assez déstabilisants sur le plan syntaxique).
Or donc, <- cette phrase là était bien partie, c'est dommage de l'arrêter là, mais bon, ce sont des choses qui arrivent.
Les membres des Cry Babies sont nés d'un maman et d'un papa chacun, sauf les frères Alain et Laurent Lhuillier, qui sont nés du même papa et de la même maman, puis, à la post-adolescence, ils se sont rencontrés (les membres des Cry Babies, pas Alain et Laurent, enfin, j'espère) et ont créé un groupe de musique avec de la guitare, de la basse, de la batterie et un chanteur (je n'en sais foutrement rien, mais, en général, ça se passe ainsi). Et au lieu de présenter leur licence de droit, ils ont composé, joué et enregistré des chansons de, ouvrez les guillemets, POWER-POP virgule fermez les guillemets point retour chariot
Certains préfèrent dire NOISY-POP.
C'est malsainement oublier l'influence foncièrement ROCK N'ROLL (mais si, "rock n'roll", souvenez-vous, ça s'écrit comme "Chuck Berry" mais avec des lettres différentes et pas dans le même ordre) qui transparaît notamment dans les guitares. D'autant que les CRY BABIES, outre qu'ils ont bien gagné le droit de voir leur nom écrit en majuscules au moins une fois, même si ce n'est pas en haut de l'affiche de l'Olympia, eurent l'excellent goût de ne jamais étirer leurs titres tel le supplicié moyennâgeux écartelé en place publique, mais au contraindre de se restreindre en vue d'une efficacité maximale.
Ainsi ce Pop Goes The Cork, comme écrirait le rock-critic neurasthénique qui sommeille en vous (parce qu'en moi, il dort déjà profondément) ne contient-il que des singles immédiats nerveux et sucrés, que des tubes potentiels. La meilleure preuve en étant que pas un seul n'a atteint la centième de la notoriété qui fut celle de Claude Barzotti au faîte de sa gloire. Mais Claude Barzotti, reconnaissons-le, était très peu orléanais, et tendait même plutôt au rital, d'ailleurs il en était tellement pas fier qu'il en fit une chanson. Est-ce que les Cry Babies composèrent "Je suis Orléanais et je le reste/Dans la chanson et dans le geste" ? Non. Ou alors en secret.
La voix de Laurent Lhuilier (le frérot d'Alain, le guitariste rock n'roll, qui a eu, semble-t-il, le même papa et la même maman que Laurent, comme quoi le rock est une grande famille pleine du hasard des rencontres) recèle cette espèce de morgue pleine de jeunesse, d'allant et de tons aigüs qui sied si bien à la pop quand elle manie la légèreté à l'allant, en fans de la partie énervée de ladite.
C'est très mal mais Pop Goes The Cork, avec bonus, est téléchargeable en cliquant ici
Vous pouvez désormais lire la fin de cette chro et écoutant l'album, vive la technologie, vie Christine Albanel, vive Hadopi, vive la liberté.
Or, donc, les Cry Babies viennent d'Orléans (je ne sais pas pourquoi, j'ai eu comme une sueur froide en débutant cette phrase, une espèce de sensation de déjà-vu). Comme moi. C'est même pour ça que j'en parle. Parce que, sur les murs de mon lycée, il y avait des tags "Komintern Sect". Pour vous dire comme leur zic était chouettos. Et même que Rock&Folk a dû leur consacrer une chronique (aux Cry Babies, pas aux Komintern Sect !) à l'époque ou Poin-Poin ne pouvait pas se targuer de constituer ne serait-ce qu'une éventualité futuriste (tandis que Rock&Folk représentait déjà une certitude passéiste, je le sais, j'ai été abonné). Que reste-t-il de ma jeunesse ? Pas grand chose. Et des Cry Babies ? Idem. Pas même un Myspace ni une chronique on da web (à part la présente) !
Heureusement, on peut encore acheter leurs albums en ligne et, si vous ne dénichez pas Pop Goes the Cork (en partie produit par Kid Pharaon, peut-être que quelqu'un connaît, il paraît que je devrais), je vous recommande chaudement aussi les deux suivants, Running int he Outer Space et Elsewhere, qui fut produit par Harvey Birrell (de Therapy?). A noter que les espoirs placés dans le groupe leur permirent de sortir ces deux derniers disques chez Sony Music, via In Fact!/Squatt. Pour une fois que les responsables d'une maison de disques ont eu bon goût, ils ont eu tort. Je pense que ce constat devrait nourrir votre réflexion.
Que devinrent tous ces braves gens ? Franchement, je n'en sais rien, je trouve que cette chronique contient un peu trop de questions sans réponse et, une fois encore, le web prouve son inutilité, vivement qu'on me coupe ma ligne et qu'on me colle une prune pour me dissuader d'y revenir (à ce propos, avez-vous téléchargé les mixtapes Poin-Poin ?). Laurent Lhuilier aurait fait partie par la suite de Motorbooty et de Delta Bonds, deux groupes locaux qui, eux aussi, brillent par leur absence sur la toile à frire (si vous en savez plus, merci d'écrire à contact/at/poin-poin.com). Il y a bien un Laurant Lhuillier qui a été entraîneur de l'équipe de football de Bar-sur-Seine, mais ça ne doit pas être le même.
Et si vous ne me croyez pas, écoutez Pop Goes The Cork !!!, un putain d'album qui figure dans ma liste à moi des 100 meilleurs albums de ma vie, et qui vous donne une banane à éplucher des comptes bancaires en slip et vous michel fournirait moult hymnes à siffloter en éviscerant votre prochain si vous étiez un serial killer psychopathe.
Pour vous en convaincre, vous écouterez ces deux titres :
From the one I leave to the one I love et The Girl with two right hands
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