
Years of Refusal, le nouvel album de Morrissey commence un peu comme un bulletin de santé du chanteur. « I'm doing very well / It's a miracle I even made it this far », chante-t-il sur le morceau « Something is Squeezing My Skull », qui ouvre le disque. Normalement, tout le monde devrait être content pour lui. Malheureusement, ça ne semble pas être le cas d'une bonne partie de la presse – et même de certains fans du Moz – qui regrette un peu l'époque où le frêle jeune homme nous racontait ses dépressions, avec en fond sonore les magnifiques écrins sonore tissés par Johnny Marr. Seulement, voilà, les Smiths se sont séparés il y a 22 ans maintenant et il serait temps de tourner la page.
Le Moz craque dans sa chemise Fred Perry sur la couverture de son nouvel album et, à l'image de ses pectoraux, sa musique est gonflée à bloc. Seulement, je ne vois absolument pas pourquoi il faudrait s'en plaindre. Depuis son retour, en 2004, avec le rassurant mais inégal You Are The Quarry, Morrissey tient une forme éblouissante et ce nouvel album, le plus compact et le plus cohérent qu'il ait sorti depuis Viva Hate, son premier disque en solo, en est la preuve indubitable.
Composé de douze morceaux pour moins de 45 minutes, Years of Refusal ne fait pas dans la dentelle. C'est un disque de punk pop comme n'en sortent que des groupes californiens, gorgé de basse ronflante, d'accords saturés et de breaks furieux. Clairement, la production de feu Jerry Finn – décédé peu de temps après la fin du mixage du disque –, responsable des disques de Blink 182, mais aussi de ceux de Rancid, Green Day ou Bad Religion – des noms qui vous feront peut-être fuir, non ? – est pour beaucoup dans ce nouveau son et, pour la plupart des chanteurs, cela pourrait être déplorable. Seulement, voilà : Morrissey connaît depuis plus de quinze ans avec son guitariste Boz Boorer une relation auteur / compositeur qui n'a absolument rien à envier à celle qu'il avait avec Johnny Marr, et l'arrivée dans le groupe de Jesse Tobias, responsable de trois des morceaux parmi les plus pêchus de ce nouvel album – « All You Need is Me », « Sorry Doesn't Help » et « I'm Ok By Myself » –, ne fait que renforcer l'énergie du groupe.
Morrissey sait parfaitement comment articuler sa voix et de fabuleuses mélodies par dessus ces powerchords énergiques. Son chant a changé depuis l'époque des Smiths ou même de Vauxhaull and I, la voix est plus profonde et légèrement plus ronde, elle a en quelque sorte plus de souffle. On perd cette impression de facilité que l'on sentait à l'époque, mais l'on gagne un immense crooner. En toute logique, Tony Visconti aurait du être l'homme parfait pour mettre en son cette nouvelle, mais malgré de bonnes idées, son Ringleader of the Tormentors n'etait que partiellement réussi, sa production souvent trop policée et synthétique pour rendre les morceaux aussi percutants qu'ils auraient dû l'être. Avec la production simple et efficace de Finn, le contraste avec le crooner produit un résultat paradoxalement parfait et on sent Morrissey parfaitement épanoui dans ce son qui, s'il n'est pas du goût de tous les esthètes, permet au moins de porter les textes toujours pertinents et le romantisme exacerbé des compositions avec une évidence que l'on ne trouvait pas dans les disques du Moz sortis dans les années 90.
Les deux morceaux les plus réussis de cette nouvelle cuvée ont même un petit côté mexicain dans le rythme et du fait de l'ajout d'une trompette. « Last Time I Spoke To Carol » et « One Day Goodbye Will Be Farewell » sont de formidables pop songs qui restent en tête longtemps après leur écoute. Sur « Black Cloud », Jeff Beck vient prêter main forte, mais pour être honnête, le morceau n'avait pas vraiment besoin de lui pour décoller. Il y a aussi le single « I'm Throwing My Arms Around Paris », qui est un peu à mi chemin entre ce nouveau son énergique et un style que les vieux fans trouveront peut-être plus à leur goût.On pourra toujours rétorquer que Morrissey ressasse sans cesse les mêmes thèmes, mais qui ne le fait pas? Nick Cave nous parle de la rédemption et du petit Jésus, Neil Young de sa voiture et de son ranch, Dylan de la décadence du monde occidental et Mick Jagger, essentiellement de sa bite. Morrissey continue à parler du dégout de soi et de l'impossibilité des relations physiques, mais il le fait avec une énergie et une facilité qui, sans renouveler son discours, permettent au moins de le faire passer avec une douce ironie et, en réalité, avec toujours autant d'humour et de sincérité. Years of Refusal est ce que la power pop a de mieux à proposer en ce début d'année 2009 et cela vaut bien tous les disques de Weezer depuis Pinkerton.
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