
« The Century of Self », le sixième opus de Trail Of Dead, n’est ni un virage ni une évolution radicale depuis So Divided (2006), Worlds Apart (2005) ou meme Sources Tags & Codes (2002), il est un heureux brassage épique et chaotique de tous, à la fois brillant, subtil dans ses arrangements et précieux dans ses mélodies. Aux yeux de Conrad Keely, c’est le résultat des nombreux changements qu’il a souhaités pour le groupe ; nouveaux membres Aaron Ford, Clay Morris, Jay Phillips, nouveau label Richter Scale Records, nouveau producteur Chris Coady (TV On The Radio, Yeah Yeah Yeahs, Blonde Redhead) et nouvelle méthode et technique d’enregistrement ; C. Keely explique que cette fois ci, fini les overdubs à rallonge et les retouches millimétrées en re-recording, tout à été appris par cœur et rejoué live.

« Far Pavillons » et « Isis Unveiled » renouent avec les longues montées tensorielles et les explosions ultra violentes ; Reece et Keely tour à tour portent ces titres de la voix et du geste. Les mêmes bridges enflammés pour « Far Pavillions » et envolées à brides abattues pour « Isis Unveiled » que l’on rencontrait dans The Rest Will Follow ou Caterwaul sur « Worlds Apart ».
Les 6’27 de « Isis » sont absolument à couper le souffle ; on y côtoie le prog le plus belliqueux avec les guitares acides et dansantes, le tout sur fond de contes Bibliques revus et corrigés par l’agnosticisme de son auteur. Pour « Halcyon Days » et « Bells of Creation » c’est du ToD pur jus ,punchy et hargneux façon « Relative Ways », le piano qui martèle en plus ; l'intro lourde de « Bells of Creation », ponctuée seulement de deux accords jusqu’au couplet, puis assénée par une guitare épaisse, gagne en intensité critique bien avant un final hypnotique sur lequel Townshend n’aurait pas craché. Les parties de batteries sont très souvent en équilibre précaire, en roulements perpétuels, soulevant l’ensemble à la manière d’une manège devenu fou comme sur « Fields Of Coal » ou « Ascending » ; tantôt sage et tantôt efficace comme pour « Inland Sea ». La musique de ToD a le défaut ou la qualité de générer beaucoup d’images et ainsi de donner le sentiment qu’il y a vingt musiciens dans le studio et qu’ils ne sont jamais les mêmes derrière leurs instruments.
La seconde moitié de l’album est plus tempérée et plus mélodiquement exacerbée encore, comme sur « Picture of an Only Child » qui une fois l’intro amenée jusqu‘au milieu du gué, les vocaux de Allen Reece et Keeely reprennent des allures d’épopées, d’hymnes et de marches triomphales. L’utilisation du piano façon ‘boîte à musique’ est encore plus marquée sur « Insatiable one » et « Insatiable Two »
qui me font irrémédiablement penser à la panoplie d’accords du Fabuleux destin... de Yann Tiersen. L’album prend un tour un peu inattendu au regard des thèmes développés à l’intérieur des titres. En effet « The Century of Self » qui fait référence aux réflexions de Sigmund Freud reprises par son neveu Edward Bernays créant la société de consommation et le consumérisme de masse revu et amplifié par nos fantasmes et désirs d’exister. Keely met en opposition ces théories justement avec les déficits abyssaux que le monde économique vient de connaître et le retentissement sur nos peurs et nos contraintes. Sachons nous passer de tout sauf de l’essentiel.
Bells Of Creation et Insatiable versions Acoustiques
Quelques dessins de Conrad Keely
The Betrayal Of Roger Casement And The Irish Brigade aka The Giants Causaway(version longue)
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