On ne parlera pas de coup de blues-rock pour éviter le contresens mais force est de constater que cet album solo d'Eric McFadden a une drôle de façon de respirer la joie de vivre. Sans être intrinsèquement sombre, Let's die forever... Together repose sur une ambiance très mélancolique, qui évoque l'humeur des heures avancées de la nuit où l'on se souvient des jours heureux. Tenez, vous connaissez sans doute ce sentiment étrange que l'on éprouve après une très bonne soirée avec des amis, où l'on a beaucoup parlé, pas mal refait le monde, un peu bu, et puis chacun est reparti, vous avez refermé la porte, et vous voilà seul avec les cendriers pleins, les verres vides, et un petit nœud à l'estomac.

Guitariste versatile et extrêmement talentueux, Eric McFadden n'impose pas son instrument à toutes les sauces et enrichit son son à la mandoline, qui procure une certaine clarté au milieu de passages obscurs. En revanche, sa voix chaude, troublante et un peu ténébreuse ressort bien en avant. On retrouve aussi ces instants qui évoquent les musiques tzigane, festive et mélancolique, ou hispanisante, du funk loufdingue, du riff-rock, ainsi que ce "vaudou-blues" qui est sa marque de fabrique… et parfois un peu tout ensemble (Ship without a dock).
Le disque démarre sur deux morceaux plutôt calmes et très mélodiques, avant de replonger, avec Did you hear that sound ?, vers un de ces titres étranges dont McFadden a le secret, à la fois régal musical, jeu instrumental, et barré, instable. McFadden a un don pour les mélodies simples et touchantes, comme sur le poignant Never go home.
Let's Die Together… Forever évoque la musique d'un type qui trouve encore une raison de sourire quand tout va mal, ou qui ne parvient jamais à être tout à fait raccord avec la vie, à la joie voilée. Ainsi sur Sick Inside, qui montre un Eric McFadden très à l'aise dans la plus simple des configurations : guitare et voix. De même sur Hole in my Faith, ou sur Ric's Lullaby, qui termine l'album de façon douce-amère.
Entre-temps, Friend of a Friend fait un crochet par l'americana, Practical Man finit en impro très jazz, Black Holidays offre un superbe duo guitare-violoncelle rehaussé d'un timbre vocal qui fait immanquablement penser à Leonard Cohen. Les refrains en duo apportent également une grande émotion (Dead Man's Lullaby ). Eric McFadden poursuit ainsi son exploration tous azimuts. D'autant qu'une pelleté d'invités ouvrent une large palette de sons (trompette, accordéon, tuba, violon, violoncelle).
Notre grand dreadlocké offre pourtant avec Let's Die Forever... Together un album finalement très "rentré", sur lequel la facilité aurait justement consisté à lâcher le gros jeu, les gros solos, les rythmiques speedées (la batterie reste ici très discrète). Mais la simplicité (toute relative…) fait parfois bien plus mal et s'avère très touchante. Ce disque pénètre peu à peu, nécessitant un certain abandon.
4 poin/5
Les autres articles sur Eric McFadden sur Poin-Poin :
Interview d'Eric McFadden (2009) - Eric McFadden interview (English version)
Concerts à Paris 2009 - Concert à Paris 2010
Concerts à Paris en 2006 et 2007
Let's Die Forever… Together
Dementia
Delicate Thing
Site officiel Eric McFadden MySpace Eric McFadden
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