Cette fois, c’est certain : le rock n’roll est sauvé ! Merci qui ? Merci The Supersuckers (en tournée en France en ce début 2009) ! Get It Together !, ce sont douze titres qui puisent aux racines du rock tel qu’il fut créé il y a plus de sept milliards d’années, alors même que, heureux hasard, la Terre se formait alors pour qu’il puisse un jour y résonner. Des racines, oui, mais aussi des branches, des ramifications, plutôt : le rock garage punkisant, l’americana, la country. The Supersuckers, c’est un plat en sauce longuement mitonné selon un savoir-faire ancestral par une bande de voyous rigolards, qui vous balancent la cocotte en fonte dans la gueule et vous enfoncent le manche de guitare de Dan "Thunder" Bolton dans le cul au moment de servir. Et vous en redemandez, bave à la lippe, dents dans l’assiette, anus en feu.
Get It Together ! démarre avec What it takes, hors-d’œuvre bien rock et épicé mais dont la production, claire, confirme le virage annoncé fin 2007 par l’EP Paid. Sobre, efficace, grattes à poiler. Un solo à sauter dans la foule tout nu, la voix rincée et gouailleuse d’Eddie Spaghetti, et voici 3'30" d’une carte de visite qui décoince les vertèbres rouillées et fait sauter les capsules de roteuse.
Les trois titres suivants cavalent dans cette veine rock et de plus en plus n’roll, tranchante mais pas vraiment garage, bref, faussement calme (c’est-à-dire dix fois plus hard que le dernier Guns’n’Roses, que je n’ai pas écouté, c’est mieux pour en dire du mal), ou faussement énervée, c’est selon. Anything Else dévoile un chouette refrain, qui explique sans doute la place du titre en deuxième position. Paid (titre de l’EP qui a précédé l’album, suivez un peu) enfonce le clou : un mid-tempo électrique, qui sent fort le dessous de bras, mais le dessous de bras qui s’est passé un déodorant le matin.Les Supersuckers ont d’évidence travaillé leurs petites mélodies, peut-être aménagé plus d’espaces et de respirations dans leurs titres que par le passé. Un peu moins rapide, un peu moins fonceur. Pourvu que la sagesse ne les guette pas !
Heureusement, un I’m a Fucking Genius basique et balancé en deux coups de cuiller à pot, remet les coucous en Suisse, en tout juste deux minutes. Arf ! Ce petit intermède dépotatoire précède un Sunset on a Sunday, où Eddie Spaghetti (compositeur-chanteur-bassiste) confirme que hélas, il ne vit plus seulement par le sex, beer et rock n’roll, puisqu’il parle d’amour autrement que par le cul. Ha ! les ravages de l’âge… qui s’exprime donc via ce (f)rock mélodique mâtiné d’americana. On a le sentiment qu’une toute petite accélération suffirait à faire repasser le groupe sur le versant punkisant – et, à mon sens, ce ne serait pas de refus.
Vient alors Breaking Honey’s Heart. Une balade country. Je vous le disais, le Spaghetti s’ouvre aux sentiments (je me refuse de faire ici la blague oiseuse à laquelle vous avez TOUS pensé !), on en a mal pour lui. Coup de bol, ça ne l’empêche pas (encore) d’écrire de bonnes chansons. Cependant, c’est la première fois que le groupe assume aussi nettement son penchant country sur une chanson entière (à part sur certains titres « remixés » figurant sur l’album Devil’s Food). Snif, arrête, Eddie, t’es con, tu vas me faire chialer.
Something Good For You renoue avec le swingue et un chant un peu parlé. Signant une fois de plus la volonté de composer des titres sans doute plus accessibles qu’autrefois. I Like It Hot, bon sang de bonsouêr !, fait un bien fou, avec ce refrain martelé qui ravagerait n’importe quelle salle de concert, cet à-fond-de cinquième-de 1'34", dénué de tout gras. Un shot de tireur d’élite. Come Along For a Ride conclut l’affaire dans une sorte d’entre-deux, pas trop rapide, pas trop crade, pas trop bordélique, encore sur la chaussée mais avec les pneus qui mordent la poussière du bas-côté. Sans doute un bon résumé de l’album.
Alors foutez vous de cette pochette cartoonesque (mais combien de fois devrai-je vous le rappeler ?) traduisant avant tout cette auto-dérision qui inonde tout ce que touchent les Supersuckers – groupe qui respecte les clichés du rock autant qu’il joue avec. L’enjeu pour l'avenir est le suivant : soit les Supersuckers creusent cette veine sans oublier ce qui les a construits et ils deviendront le meilleur groupe de rock n’roll du monde (ce qui ne sera pas trop difficile, car il le sont déjà…), soit ils s’y perdent et leur âme avec en recherchant un peu trop à peaufiner. Ce n’est pas encore le cas, car ce Get it Together ! est très bon. Mais attention au prochain virage, les gars.
4 poin/5
PS : les premiers heureux acquéreurs de Get It Together ! seront d’autant plus allègres qu’un DVD bonus live accompagne l’album. Soit 90 mn enregistrés en septembre 2007 au House of Blues d’Anaheim, en Californie. La diversité des plans ne fera pas date mais le son est bon. Tracklisting : That is rock n’roll, Rock n’roll records, Rock your ass, Paid, Luck, Anything else, Bad bad bad, The Evil power of rock n’roll, Caliente, Sleepy Vampire, What it takes, Mudhead, Supersuckers drive by blues, Dirts dead ends and dust, Fisticuffs, Roadworn and weary, Creepy jackalope eye, When I go I’a gone, Bloody Mary morning, Pretty fucked up, How to maximize your kill count, Goodbye, Supersuckers patent pending (fake encore), Cowboy song, Born with a tail.
The Supersuckers : tournée en France 2009 avec Nashville Pussy : Parsi le 28 janvier (Locomotive), Strasbourg le 26 mars, Dijon le 31 mars, Toulouse le 9 avril, Orléans le 10 avril
The Supersuckers : Eddie Spaghetti (chant, basse, guitare acoustique), Dan "Thunder" Bolton (guitare, basse, choeurs), Rontrose Heathman (guitare, choeurs), Scott Churilla (batterie).
Autres chroniques des Supersuckers : Paid - Live at The Magic Bag - concert à La Loco, 28 janvier 2009
http://www.supersuckers.com/ http://www.myspace.com/supersuckers
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