Les super connards. The Supersuckers. Il faut avoir un sens de l’auto-dérision assez développé pour appeler son groupe ainsi. Surtout quand on pratique un genre dont certains annonçaient la mort voici vingt ans, étouffé dans les claviers de la new-wave. Hé bien pour un macchabée, je trouve que le rock n’roll se porte sacrément bien. De vieux briscards de toutes tendances poursuivent le combat (de Jerry Lee Lewis à, mettons, Little Bob...). De plus jeunes font vivre la flamme sans se poser de questions existentielles (comme les français de Firecrackers). Et entre les deux s'agitent les Supersuckers.

Depuis 1988, ce combo américain a sorti une flopée d’albums studio et de lives, via leur label Mid-Fi Recordings ("Remember, it’s not hi-fi, it’s not low-fi, it’s mid-fi and it’s pretty good") qui envoient la sauce comme pas un, assaisonnant son répertoire de country, de blues, de rock n’roll en arrivage direct des années 1950-60, et même de garage, dans l’interprétation sauvage et sans complexes. "The rock n’roll records, they ain’t selling this year", dit le refrain ironique d’un de leurs meilleurs titres. Sous-entendu : on s’en fout, nous ne suivons aucune mode, nous faisons ce que nous aimons. Et le groupe d’enquiller les concerts sans débander.
Les Supersuckers manient l’acoustique et la mélodie aussi bien que le gros riff électrique, passent sans préavis d'influences très roots au cramage d'amplis. Avis aux amateurs d’Iggy Pop, de Mother Superior ou de Reverend Horton Heat.
Publié en 2007, un an avant l'album Get It Together !, l'EP Paid se veut cependant une nouvelle direction, annonce un nouveau visage du groupe. Ou plutôt, comme expliqué dans les notes de pochette, une espèce d’aboutissement. "Vous êtes-vous déjà senti si fier de quelque chose que vous aviez réalisé que vous ne puissiez plus penser à autre chose qu’au fait que vous l’avez vraiment réalisée ? Je l’espère parce que c’est assez agréable. Ces chansons sont le début de ce que j’aime appeler les Supersuckers « pleinement réalisés » et je pense que vous allez nous considérer d’une façon bien différente une fois que vous aurez écouté ce rock que nous venons de graver", écrit Eddie Spaghetti (auto-dérision toujours, ce qui n’empêche pas de prendre la musique au sérieux), le leader guitariste-chanteur de la formation.
Sur Paid, on trouve donc de nouvelles compositions et des relectures d’anciens titres (Roadworn & Weary et Creepy Jackalope Eye, tous deux en "6/6/6 version"). Si le fond reste le même, la forme a bien évolué : production plus clean et léchée, diversité encore plus affirmée (de la balade country Breaking Honey’s Heart, au hargneux I Like It All, Man, via le classique et facilement abordable Paid).
Les Supersuckers ne démordent pas pour autant des solos de guitare et de la rythmique binaire. Et conservent le minimum syndical de mélodie qui accrochent. Alors, peut-être que le rock n’roll ne se vendra pas plus cette année, mais ce sera la faute des oreilles bouchées, pas des Supersuckers.
www.supersuckers.com Supersuckers sur Myspace
The Supersuckers : The Rock N’Roll Records (vidéo) The Supersuckers : Paid (vidéo)
| < Préc | Suivant > |
|---|






