Imaginez le pauvre directeur marketing qui doit choisir un single dans un album du calibre de celui de Crash Kelly. D’habitude, soit il se creuse la tête pendant des heures pour trouver le titre qui pourra accrocher l’auditeur dans une masse d’insignifiance, soit il s’arrache les cheveux parce qu’aucun morceau n’est au format radio (ha ! mais ce solo de cornegidouille au milieu, pas possible, et puis le numéro 4, ce serait bien, mais il fait dix-huit minutes, arrrggh !). Non, son bonheur, c’est le disque prétexte, celui qui ne sert qu’à mettre en avant un titre pré-destiné, formaté pour cartonner sur les ondes, où tout le reste n’est qu’enrobage et chantilly. Et puis il y a les skeuds, très rares, comme celui de Crash Kelly : quasiment tous les morceaux pourraient faire un tube. Mais lequel passera les fourches caudines des programmateurs radio sous tranxène ? Peut-être le bien nommé Rock’n’roll disasters (on the radio) ? Ou l’irrésistible Ride the wire ?
Crash Kelly partage ainsi avec un certain Danko Jones la nationalité canadienne, la capacité à pondre des titres immédiatement mémorisables et météoritiques, bourrés de grattes à déchirer le papier peint avec les dents (Cut on your tongue, qui ouvre l'album de façon redoutable).
Mené par le chanteur Sean Kelly, le quatuor, influencé par le glam-rock 70’s, rappelle souvent en effet la crème de l’époque, Alice Cooper (que Crash Kelly a accompagné en tournée), Slade, voire le jeune (enfin, à l'époque...) David Bowie. Mais pas seulement. Car le son n’a rien de rétro et, souvent, on se prend à se demander où on a bien pu déjà entendre cette musique, alors qu’elle est bel et bien inédite (un peu comme avait réussi à le faire Roxette –allez-y, jetez moi des caillasses, mais il faut avouer qu’il fallait une certaine dose de mauvaise volonté pour résister aux singles de ce groupe et, ici, Turn it around n’en est pas loin). Ce rock-la, sans rien lâcher sur l’électricité, donne l’impression d'avoir le potentiel pour briser le carcan de l’underground.
Il faut dire que son géniteur ne débarque pas de nulle part : bassiste de Carole Pope, Sean Kelly est aussi passé par Revolver (sur l’album Turbulence) et par Rye. Et il n’est pas du genre à ressasser le même plan à l’infini : môssieur est diplômé es-guitare de l’université de Toronto (si, si), et a même enseigné le chant [voilà pour le paragraphe justifiant les émoluments du type qui rédige la bio officielle
].
Un curriculum ne suffit certes pas à faire une musique intéressante mais, dans le cas de Crash Kelly, l’évidence vous saute à la gueule dès les premières écoutes. Le chant touche parfois même à cette espèce d’instantanéité mélodique et émotionnelle typique des sixities (le groupe cite d’ailleurs aussi les Beatles et les Rolling Stones comme influences).
A noter que l’album Electric Satisfaction a été produit par Gilby Clarke (Guns’n’Roses). Heu… Electric Satisfaction ou Love you electric ? Les deux ! Car Love you electric, la première sortie européenne du combo, est en fait un ré-assemblage comportant des titres des albums Electric Satisfaction et Penny Pills, ainsi que des morceaux inédits. Soit un total de seize raisons de vous procurer cette galette.
Difficile de conseiller une chanson à écouter en priorité car il n’y a aucun remplissage. Foncièrement rock, pop sur les refrains, Crash Kelly offre cependant des morceaux assez variés et riches pour que l’on ne s’ennuie pas à la cinquième écoute. Et c’est peut-être là le meilleur signe de qualité de ce disque : composer un matériel à la fois ultra catchy et construit pour durer, voilà qui n’est pas donné à tout le monde. Qui plus est, Love you electric a le don de vous coller la banane et de vous mettre de bonne humeur illico. Bref, éteignez la radio hype-à-gogo et cavalez chez votre disquaire.
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