
Ils ont inspiré ce commentaire à Angus Young : "C’est le seul groupe qui pourrait me donner envie d’être américain." Ils ont été à l'origine du licenciement du tourneur des Rolling Stones, qui avait voulu les programmer en première partie d’une tournée américaine des mégastars, qui craignaient de se faire voler la vedette. Un producteur renommé a eu le malheur de leur proposer en face plusieurs millions de dollars pour qu’ils annoncent leur split et se reforment six mois plus tard afin de capitaliser sur l’effet médiatique ; il s’en est tiré avec quelques dents en moins et n’a pas osé porter plainte. Neil Young a dû enregistrer Mirrorball avec les membres de Pearl Jam parce qu’ils étaient déjà en studio quand Young souhaitait y entrer. Ils tapent régulièrement le bœuf avec Jimmy Page (Led Zeppelin), Pete Townshend (Who) ou Bruce Springsteen (lui-même) mais ils ont toujours refusé que des bandes soient enregistrées, et encore moins commercialisées, parce que c'est pour le fun et c'est du bloody rock’n’roll. Pardon : ROCK'N'ROLL.
"Ils", ce sont les Superscukers, les super connards, autoproclamés "plus grand groupe de rock" de la planète. Qui oserait les contredire ?
Les Supersuckers, qui donnent plus de cent concerts par an, nouvel album ou pas. Les Supersuckers, grâce à qui, au passage, on a appris que ACDC était en studio en avril 2008, puisque le producteur de leur prochain album, Get It Together, était retenu aux côtés de Brendan O’Brian pour bosser sur celui des frères Young.
Les Supersuckers, c’est la fièvre rock’n’roll qui sort du garage punk, et juste adoucie par des hoquets d’americana de distillerie artisanale. Un groupe qui donne toute sa mesure en live ; et sa mesure, ce sont les ravages épidermiques du binaire saturé de six-cordes.
Live at The Magic Bag, Ferndale, Michigan : qui d’autre aurait oser appeler son album ainsi – à part un autre combo s’étant produit au Magic Bag ? "Vingt titres de tueurs couvrant quinze années à foutre des coups de pieds dans le cul comme si c’était un samedi soir au Enormo-Dome, parce que c’est ce qu’ils font, pour eux tous les soirs sont samedi soir et tous les matins sont dimanche matin pour ces jusqu’au-boutistes du rock’n’roll" : tel est leur argument publicitaire pour cette galette sortie, comme d’habitude, sur leur propre label, Mid-Fi Recordings car (je vous traduis), "Ce n’est pas de la hi-fi, ce n’est pas de la low-fi, c’est de la mid-fi et c’est plutôt pas mal".

Sauf que le Magic Bag (vous parlerai-je une autre fois du live à la Tractor Tavern, dans l’Etat de Washington, d'où les Supersuckers sont originaires ? Probablement pas, bien que je m’enorgueillis d’en posséder un exemplaire vinyle dédicacé par Eddie Spaghetti en personne alors qu’il tenait son gosse dans les bras, oui môssieur), le Magic Bag, disais-je, pour être un trou, est un trou situé à côté de Detroit. Pas un détroit, le Detroit. Celui du MC5, d'Alice Cooper, de Ted Nugent, des Stooges. Autant dire un bouge où le rock sent le cambouis garage à tendance punk.
Alors forcément, quand le meilleur groupe de rock des cinq continents éclate son répertoire pied à travers le plancher devant une audience de pécores urbains à qui on ne la fait pas, les freinages ressemblent à des accélérations, les solos à des crissements de pneus, les applaudissements à des sirènes bonnes à souffler dans le ballon, les cris au vent qui siffle par la vitre baissée, les refrains à des panneaux criblés de chevrotine. Et puis il y a les interventions d’Eddie Spaghetti, Stetson de rigueur, incarnation du showman décontracté jusqu’au médiator, désopilant d’auto-dérision dans son rôle de prêcheurs de décibels se vautrant dans le péché de la distorsion originelle. Les Supersuckers sont les Manowar du rock'n'roll, le second degré en plus.
Vous voulez des titres ? Rock-N-Roll Records (Ain’t Selling This Year), qui en dit plus long que tous les discours sur le sang qui coule dans leurs veines, et Rock Your Ass et The Evil Power of Rock-N-Roll et Supersuckers Drive-By-Blues et Dirt Roads, Dead Ends & Dust et Pretty Fucked Up et That Is Rock-N-Roll, avant lequel Eddie Spaghetti, dans l’un de ses speechs débonnaires et réjouissants, déclare : "S’il y a quelque choses que j’aimerais que vous sachiez, c’est que j’aimerais que vous sachiez que j’aime le rock’n’roll et que j’aime les chansons rock’n’roll à propos du rock’n’roll avec le mot rock’n’roll dans le titre." Puis résonne cette intro : "In the beginning, there was nothing but rock. And then, someone invented the wheel. And things just began to roll.”
Rien qui tire en longueur, tout qui tire à vue. Seuls les accents country-americana permettent de reprendre son souffle pour repartir de plus belle. Ces types ont une mission : sauver votre âme (si jamais vous en avez une...) par le rock’n’roll. Voici votre bible : Live at The Magic Bag, Ferndale, Michigan. "We’re The Supersuckers. We’ve come to rock the house”, dit la pochette. La maison est en feu. Jetez vous dedans.
4 poins/5
PS : toutes les informations contenues dans le premier paragraphe sont bidons, mais il fallait bien trouver un moyen de vous faire lire cette chronique. Toutefois, Lemmy Kilmister (Mötörhead) a bel et bien déclaré (enfin, d’après les Supersuckers…) : "Si vous n’aimez pas les Supersuckers, vous n’aimez pas le rock’n’roll".
Autres chroniques des Supersuckers : Get it Together ! (2008) - Paid EP (2007) - concert à La Loco, 28 janvier 2009
Vidéos live : The Evil Power of Rock’n’Roll - Rock’n’Roll RecordsCreepy Jackalope Eye - How To Maximize Your Kill Count
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