
UNKLE n'est pas un groupe, ni réellement un collectif puisqu'il s'agit du projet d'un seul gadjo, James Lavelle, ancien patron du label Mo'Wax. Pour ceux qui seraient complètement passés à côté mais qui ne s'en tamponneraient pas suffisamment le gerboulin, Mo'Wax fut dans les années 90 un label précurseur de ce que l'on appellera le trip-hop ou abstract hip-hop, à savoir un courant musical qui s'essoufflera rapidement mais dont les répercussions sont encore palpables sur la production musicale actuelle. L'abstract hip-hop est un peu le versant instrumental et expérimental du hip-hop, représenté à l'époque par des artistes comme DJ Krush, DJ Shadow, Money Mark ou encore d'authentiques rappeurs souhaitant se démarquer de l'attitude gangsta et de son bling-bling, comme Dr. Octagon, Blackalicious, Divine Styler ou le collectif Quannum. Mais le "son Mo'Wax", malgré son ouverture d'esprit, intégrant et détournant hip-hop, ambient, dub, pop, drum & bass, expérimental et électro finira par fatiguer. Parallèlement à l'émergence du label, c'est l'explosion de groupes comme Portishead ou Massive Attack, les tempos laid-back et enfumés se démocratisent et chacun y va de son beat trip-hop jusqu'à ce que même la variété s'en empare. Puis Mo'Wax accompagnera la chute vertigineuse du mouvement qu'il a lui-même contribué à engendrer, même si certains dignes représentants de la mouvance continuent à sortir de bons disques et si la notion d'abstract hip-hop s'est quelque peu développée et enrichie (Prefuse 73, RJD2, les labels Anticon et Lex...). Le label quant à lui, existe toujours mais ne survit que péniblement, ses artistes majeurs s'étant éparpillés suite au rachat par quelque grand groupe industriel du divertissement à la noix.
Mais James Lavelle est un acharné, un passionné de musique et ses goûts dépassent largement l'esprit de chapelle dans lequel Mo'Wax s'est progressivement et involontairement enfermé. Il profitera d'ailleurs de l'opportunité Mo'Wax pour rééditer quelques disques chers à son coeur et devenus totalement introuvables comme l'unique album de Liquid Liquid, formation avant-gardiste des années 80 ou encore certains albums du compositeur/arrangeur David Axelrod. Ainsi décide-t-il de fonder UNKLE aidé de Tim Goldsworthy et de Kudo (du collectif japonais Major Force West) car Lavelle a certes des tas d'idées mais il n'est pas vraiment musicien. Plusieurs maxis sortiront sous ce line-up mais c'est avec la complicité de DJ Shadow (Josh Davis de son vrai nom) qu'il décidera de mettre en forme ce qui deviendra Psyence Fiction, premier album franchement réussi, malgré le mélange des styles et la quantité astronomique d'invités issus de tous bords : Thom Yorke de Radiohead, Badly Drawn Boy, Richard Ashcroft, Kool G ou encore Mike D. des Beastie Boys... Tantôt abstract hip-hop (la patte de DJ Shadow est indissociable du son du disque), hip-hop, rock, et tantôt pop lumineuse sur fond de scratchs & cuts, l'album est un patchwork d'intentions mais recèle ce que DJ Shadow lui-même considère comme certains de ses morceaux les plus réussis. Puis ce dernier quitte le bateau et c'est au tour de Richard File de prendre en main la mise en son du second album (Never, Never Land).

Mais venons-en à
War Stories, troisième et nouvel album lui aussi truffé de featurings en tout genre, dont Josh Homme des Queens Of The Stone Age (déjà présent sur
Never, Never Land), Ian Astbury de The Cult, Autolux, 3D de Massive Attack, The Duke Spirit ou Gavin Clark. Fort de ce gloubi-boulga,
War Stories ne déroge pas à la règle de l'éclectisme qui colle à la peau d'UNKLE, même si ce nouvel album est un brin plus rock et homogène que les précédents. Aux premières écoutes, il semble aussi plus froid, plus clinique et plus sombre. Autre nouveauté, James Lavelle s'est mis au chant sur quelques titres et le résultat est plutôt probant (on pense notamment à Ian Brown, ex-chanteur des Stone Roses, qui était d'ailleurs présent sur
Never, Never Land). On note également la petite touche QOTSA dans le grain des saturations de guitare et certaines rythmiques (on est pourtant loin du stoner) mais le titre "Restless", le seul avec Josh Homme, ne se distingue pas particulièrement du lot. On a presque l'impression d'avoir à faire à un morceau du QOTSA récente mouture (la mélodie, les guitares, les choeurs typiquement Joshesques...), ce qui est un peu embarrassant, à l'image de "Rabbit In Your Headlights" sur le premier album qui avait bien du mal à ne pas sonner Radiohead dès lors que la voix de Thom Yorke se faisait entendre.
Mais au terme de multiples écoutes intensives, je m'aperçois que j'aime moyennement l'album alors que cette chronique est déjà largement entamée, comme si j'avais été certain d'aimer le disque avant même de l'avoir écouté. J'ai plutôt l'habitude de papoter sur des disques que j'adore, pour une fois ça ne sera pas le cas, tant pis. Non pas que
War Stories soit mauvais évidemment (je lis ici et là que c'est leur meilleur album, rien n'est moins sûr) mais peut-être lui manque-t-il la personnalité -disons au pif- d'un DJ Shadow ? A ce titre, le premier UNKLE ne serait-il pas tout bonnement un album de DJ Shadow ? (Avoir une personnalité, un comble pour un artiste n'utilisant que des samples). Quelques excellents titres tout de même, "May Day" (featuring The Duke Spirit) ou encore "Persons & Machinery" (feat. Autolux, qui décidément, envoient loin le pâté de campagne) mais une impression globale de déception à l'écoute de mollitudes du genre "Twilight" featuring 3D qui disons-le, est quand même le

personnage le plus chiant de Massive Attack avec son demi-rap mollasson et monocorde et ce, malgré qu'il en soit devenu progressivement le seul maître à bord. Certains morceaux lorgnent d'ailleurs du côté du Massive Attack le plus sombre (celui de 3D justement) mais sans en approcher tout à fait la pertinence et la tension, l'aspect dub-infra-basses et la grande classe des mélodies de Liz Frazer en moins. Ian Astbury quant à lui, est plutôt bon dans son rôle de Jim Morrisson gothique sous calmants sur "Burn Your Shadow" (Burn Your DJ Shadow ? non je déconne), en revanche il endort un peu son monde sur "When Things Explode", dernier titre tout en violons dégoulinants et en grandiloquence béate... Pour finir, je ne connaissais pas Gavin Clark, ni de nom ni son ancien groupe Sunhouse mais les deux morceaux qui lui ont été confiés sont sans doute parmi les plus réussis de l'album.
Il y a des disques comme ça, que l'on aimerait aimer et celui-ci en faisait partie. Avec sa pochette magnifique et les quelques extraits que j'avais pu ouïr, je m'étais dit qu'il s'agirait d'un grand cru. A priori (et à brûle-pourpoint) pas vraiment mais il se peut que
War Stories finisse par s'insinuer lentement, comme tout bon disque qui se respecte. Enfin ce que j'en dis...
Je suis en train de fouiller YouTube à la recherche d'images mais les clips sont souvent réducteurs, voire relous. Bien-sûr, il y a le fameux "Rabbits In Your Headlights" réalisé par Chris Cunningham (réalisateur des clips d'Aphex Twin) avec Denis Lavant (extrait du premier album) :
here mais ils mettent bien souvent les titres les plus pompeux et grandiloquents en avant, alors que ça n'est pas ce que j'apprécie chez ONCLE. D'ailleurs, c'est ce qui me déplaît chez Radiohead également.
Un extrait de
War Stories here ("Persons & Machinery" featuring Autolux)
Leur page myspace
here (on peut y écouter tout l'album)