Tout le monde l’a relevé partout ailleurs mais cet album des Who est le premier enregistrement studio à paraître après It’s hard paru, lui, en 1982 (qui mériterait d’ailleurs d’être rapidement réhabilité ; plusieurs écoutes récentes m’ayant rendu cet album fort estimable et sympathique). Vingt quatre années sans nouvelle création de la part des deux compères restant, Daltrey et Townshend, l’un ayant quitté la piste depuis déjà fort longtemps (K-Moon), l’autre plus récemment (J- Entwistle). Chacun pensait que ceux-là n’avaient plus rien à dire, voire à faire ensemble, sinon remplir quelques salles au cours de quelques tournées et se rappeler aux bons souvenirs des plus anciens d’entre nous (les plus jeunes tournant leur regard vers des friandises plus appétissantes et plus avenantes). Et bien je dois commencer par prévenir les moqueries et autres soupirs condescendants, et démentir les propos de quelques étourdis, qui continueraient à croire, selon une doxa bien ordonnée, que seuls les jeunes recrues des cohortes du rock & roll circus mériteraient les honneurs de la critique. Disons le tout net et même clamons le : ce disque n’a rien à envier aux autres productions dont nous rebattent les oreilles les professionnels de la musique rock, de la critique, du marketing ainsi que les faiseurs de mode. Je dirais même plus, il est tout bonnement excellent et même, au moins à mes oreilles, devenu, après moult écoutes (très) attentives, absolument indispensable et incontournable. Je n’envisage même plus dans l’immédiat de passer une journée sans, à un moment ou à un autre, le glisser dans l’appareil adéquat le plus proche.
Mais de quoi s’agit-il, au fait ? D’un disque des Who comme on (n’) en attendait (plus ?) depuis Who’s Next (ce qui n’est pas rien, chacun en conviendra aisément, même si on goûte peu la musique de ce groupe). Certes Pete Townshend assume toutes les compositions et va parfois jusqu’à jouer de tous les instruments sur quelques titres, Roger Daltrey assurant le chant comme on peut s’y attendre. Remarquons que sa voix a quelque peu changé, plus velouté, plus grave et même plus bluesy comme sur In the ether (ballade impérissablement magnifique sur laquelle seuls le piano et la guitare acoustique accompagnent le chanteur). D’ailleurs, excepté ce que tout le monde a remarqué (en s’arrêtant à cela), l’intro de Fragments constitué de boucles de synthé comme sur Baba O’Riley (premier titre aussi de Who’s Next), le disque contient presque autant de rocks que de ballades folk à l’instrumentation dépouillée, pour lesquelles Townshend joue de la mandoline, du violon, du banjo. Quelques autres morceaux sont entièrement acoustiques, guitare voix tels A man in a purple dress ou God speaks of Marty Robbins et ce ne sont pas ceux les moins intéressants de l’album. Il faut bien admettre là encore que le talent de mélodiste de l’auteur compositeur ne s’est pas émoussé avec les décennies.
Et puis les titres rock qui n’ont rien à envier à ceux du glorieux passé. Il suffit de les écouter et dès la première écoute on doit quand même bien entendre, là, que l’on tient les Let’s see action, Pinball wizard ou Kids are allright de notre époque. Je ne vois vraiment pas ce qui pourrait empêcher des titres comme Mike Post theme, It’s not enough ou encore Mirror door, d’entrer dans le panthéon des meilleures chansons des Who. Townshend envoie toujours autant de riffs de guitares et même en parsème de nombreux morceaux, l’air de rien, comme ça, comme une évidence à laquelle on doit bien s’attendre de sa part. Et puis on a droit à la marotte de Townshend : un mini opéra rock en 10 titres, Wire & Glass, qui présente une assez belle et bonne unité, constitué des ingrédients énumérés ci-dessus : rocks, ballades avec des morceaux de durée courte qui s’enchaînent pour un récit dont vous pourrez lire l’argument plus bas (traduction des propos de P-Townshend sur chacun des morceaux de l’album et traduit pour votre plus grand plaisir par Rough Mix).
On retrouve sur ce disque de nombreux invités et participants. Pino Palladino à la basse sur la plupart des titres du mini opéra, John « Rabbit » Bundrick sur trois titres à l’orgue ou Pete Huntington aux drums sur neuf autres. Etrangement le batteur qui tourne avec eux en concert (Zak Starkey) ne joue que sur un seul. Townshend jouant le plus souvent de tous les autres instruments. Endless Wire constitue donc un retour réussi dans les bacs à disques d’un groupe qui n’a jamais véritablement déserté la scène mais qui restait avare de nouvelles créations. Certes peut-on encore parler d’un groupe ? On pourra peut-être penser qu’il s’agit d’un projet porté par le seul guitariste et que R-Daltrey vient juste prêter sa voix aux compositions du premier. Je vous l’accorderais volontiers mais si cet album est proposé sous l’appellation The Who, je veux croire qu’il est prometteur d’autres à venir et qu’ils n’ont pas dit leurs derniers mots ni joué leurs dernières notes.
Dans une version digipack vous pourrez retrouver un second disque qui présente des extraits du concert donné cet été à Vienne en France. Pour en lire plus voyez ici
4 poin / 5
Thiad
Endless Wire : les commentaires de Pete Townshend (traduction Rough Mix)
Fragments
« Cette chanson est basée sur les expérimentations musicales de Laurence Ball, un compositeur à qui j’ai demandé de concevoir un logiciel (via mon site internet et une console de composition virtuelle) recréant avec précision « the Method », les différents thèmes d’intros développés dans mes précédents projets d’opéra-rock à savoir Lifehouse The Who 1972, Psychoderlict - Townshend solo 1993 et The Boy Who Heard Music, mon weblog-roman 2005/2006. The BWHM est l’histoire de 3 jeunes gens qui forment un groupe, The Glass Household et leur premier hit c’est ce morceau. »
Man in a purple dress
« Après avoir vu l’atroce film de Mel Gibson, La Passion du Christ de 2004, j’ai immédiatement écrit 3 titres ; c’est l’un d’entre eux. Ce n’est pas tant le tissu d’injures envers les principes de justice à travers les âges, mais un défi à la vanité des hommes qui ne peuvent s’empêcher de ridiculiser et de condamner un de leurs pairs. Ca traite des efforts séculaires que l’homme a fait pour se déguiser afin de représenter Dieu et je trouve ça consternant. Si je voulais m’aliéner à ce point je le ferais sans l’artifice de me déguiser en drag-queen. »
Mike Post Theme
« Des titres des Who ont été utilisés récemment pour des séries TV et je me suis souvent demandé pourquoi cela n’avait pas été fait plus tôt. Mike Post est quelqu’un qui a écrit beaucoup de fictions TV dont je peux dire que certaines ont contribué à réveiller en moi des instants de bonheur et que ma vision de la vie et les passages douloureux de celle-ci en ont été atténués .Le thème général de ce morceau est l’affirmation (à tort) que nous ne sommes à la fois plus assez jeunes et plus assez forts pour aimer vraiment. D’une certaine manière le cinéma, la littérature, les séries TV nous aident absolument à réexprimer autour de nous des émotions désintéressées comme nous savions le faire lorsque nous étions amoureux.
Les hommes pleurent discrètement au cinéma, les femmes plus ouvertement et lorsque cela arrive nous nous reconnectons avec cette générosité, cette empathie retrouvée. Si seulement nous pouvions nous conduire et aimer de la sorte dans nos vies. »
In the Ether
« Dans ma nouvelle TBWHM, le narrateur s’appelle Ray High, c’est une rock star que la drogue a conduit dans un sanatorium. Pendant son séjour il apprend la méditation mais découvre que quelqu’un ou quelque chose perturbe sa quiétude jusqu’aux confins de son mental. Il pense qu’on utilise dans cette clinique une ancienne radio amateur calée sur des fréquences obsolètes depuis longtemps, une sorte de chat-room sur le Web en quelque sorte. Il lui semble ressentir une autre présence et cette chanson tente d’expliquer combien on est seul, livré à son psychisme. Si le but ultime de sa quête spirituelle est de faire communion avec l’infini, sa vraie vie est l’antidote temporel de cette quête. N’est-il pas sur le point d’être vraiment très seul ? »
Black widow’s eyes
« Une love song. Nous tombons quelquefois amoureux alors que nous ne le souhaitons absolument pas, de manière imprévue et totalement incohérente. Cette chanson a pour point de départ, les premiers commentaires de l’homme qui brandit à la presse mondiale un enfant mort lors du massacre de Beslam et qui leur décrivit cette femme terroriste qui s’est faite exploser à coté de ce gosse .Elle avait, a-t-il dit, des yeux magnifiques et un regard pénétrant. »
2000 Years
« C’est l’une des trois compos que j’ai faite après avoir vu ‘’La Passion du Christ’’. Dans celle-ci je part du postulat que Judas n’a pas trahi Jésus, mais a obéi à ses instructions. 2000 ans se sont écoulés pour que nous considérions cela comme une possibilité et on attend un nouveau messie depuis autant de temps. Nous avons besoin d’une sacrée dose de patience. »
God speaks,of Marty Robbins
« Une situation simple ; Dieu est endormi avant la création et le big bang et soudain il décide de s’y mettre uniquement motivé par l’idée de donner la vie à son chanteur préféré, Marty Robbins » (note du traducteur- né Marty David Robinson, le « pape » de la country & western music !)
It’s not enough
« Apres avoir vu ‘’Le Mépris’’ le film des années 60 de Jean Luc Godard avec Brigitte Bardot je me suis interrogé, comment se fait-il que nous choisissions des partenaires qui ne nous conviennent pas. Quand Bardot demande à son amant Piccoli : « Tu aimes mes jambes ? Mes seins, tu les aimes ? Et mes bras. », Et à chaque il lui répond : « oui je les aime.». Elle le questionne sur son corps entier et à chaque fois il acquiesce, jusqu’au moment où elle se tient debout devant lui et lui dit : «Et bien c’est pas assez ».
You stand by me
« J’ai écrit ça en quelques minutes avant d’arriver à l’antenne de l’émission In the Attic LiveWebcast Show que présente ma compagne Rachel Fuller à Londres. Je n’avais rien de nouveau à jouer et c’est sorti comme ça. C’est un peu pour elle et pour Roger que j’ai écrit ce titre, pour avoir continué à croire en moi et être resté à coté de moi quand j’étais totalement démoli. Ca s’adresse à beaucoup de gens de ma famille, amis et fans qui ont fait de même. J’ai souvent été un mec difficile à vivre. »
Sound Round
« Le jeune Ray High est au volant de son grand mobile home, dans la région de l’estuaire de Blackwater Essex en Angleterre. Il s’arrête au bord de la mer et constate que celle-ci est envahie de méduses dont la prolifération est accélérée par la proximité d’une centrale électrique, non loin, et des eaux chaudes qu’elle rejette. Il imagine, la tête levée vers le ciel, le futur apocalyptique et le désastre écologique de cette terre, qui plus est, étranglée par ces câbles souterrains de communications. »
Pick up the peace
« Ray High est un vieux rocker de 60 ans maintenant, et il médite sur son sort dans la cellule de cet hôpital carcéral. De là il observe, dehors, trois jeunes issus de son quartier qui se comportent comme tous les jeunes savent le faire : ils s’amusent, ils flirtent, ils discutent et forment un groupe de musique. Et il a l’intuition qu’ils deviendront un jour célèbres. Ils s’appellent Gabriel, Josh et Leila (ils ont nommé leur groupe The Glass Household).
Dans un contraste saisissant il revoit alors des scènes de sa propre enfance, dans ce même quartier, des immeubles bombardés et pleins de vieux soldats. »
Unholy Trinity
« Les trois jeunes viennent de milieux très différents. Gabriel d’une famille du show-biz chrétienne non pratiquante. Josh, lui, est issu d’une famille juive assez dévote (ils observent le Sabbat) et a souffert d’une tragédie, la perte du père lors d’un conflit en Israël.
Leila, quant à elle, vient d’une famille musulmane qui a également connu la perte de sa belle et charismatique mère, morte lorsqu’elle était encore enfant. Ils partageaient entre eux leurs imaginaires et leurs détresses, leurs dons et leurs idées et ils devinrent de véritables amis. Tels des anges complices, ils partageaient leurs secrets : Gabriel pouvait entendre les musiques, Josh les voix et Leila pouvait voler. »
Trilby’s piano
« La mère de Josh fondait tous ses espoirs sur son autre fils Hymie, espérant qu’il devienne un jour un grand homme. Josh, lui, tomba amoureux de Trilby la tante de Gabriel, une blonde une peu loufoque .Elle fut la première à remarquer les incroyables talents de musicien de Gabriel
Nos trois jeunes gens décidèrent de monter une pièce musicale dans le studio du père de Leila, ce qui contribua à convaincre la mère de Josh que son fils ferait un bon mariage d’amour. Le morceau est chanté par Gabriel et la pièce, quelque peu naïve de ton, serait jouée sur une grande avant-scène, un peu comme ces anciens théâtres Victoriens, avec en arrière plan des anges et des chérubins. »
Endless Wire
« A un moment donné de leurs répétitions de la pièce, nos trois jeunes mettent à jour des documents qui en fait ont appartenu à Ray High, le vieux pote du père de Leila. Ces documents expliquent à l’aide d’un schéma comment utiliser le réseau global de communication dont Ray a eu la vision en étant jeune, afin de diffuser la musique universellement (cela renvoie à mon idée de Lifehouse Method,un ordinateur piloté par un site Web au travers duquel chacun pourrait créer son portrait musical personnel. Ils étudièrent attentivement les plans et comprirent que ce schéma, ils pourraient lui donner vie. »
Fragments of Fragments
« C’est un instrumental de Fragments et l’illustration de la Method. »
We got a hit
« Dans une phase d’intenses discussions les trois se métamorphosèrent d’ados en adultes puis en experts en media et enfin en spécialistes du réseau, jusqu’à connaître leur heure de gloire, la télé, la radio et la scène. Ce succès dont il est question dans le texte c’est Fragments.»
They made my dream come true
« Depuis sa cellule, Ray High observe l’ascension fulgurante de nos héros tout en s’interrogeant. Il a la vision d' une tragédie ; quelqu’un va mourir durant le dernier et le plus énorme concert du groupe tout en maudissant l’histoire qui se répète encore et encore dans le monde du rock bizness. Ce qui reste à prouver c’est si cette vision a pris place dans la réalité ou si elle n’était que le fruit de son imaginaire.
Mirror Door
« Les trois poursuivent leurs rêves de toujours ; rejouer une version gigantesque de leur show à Central Park à NYC, le tout filmé en direct dans le monde entier sur le net, au profit d’œuvres caritatives, pour parachever l’idée de Ray et de sa musique universelle. Les planches du petit théâtre ont laissé place à une énorme scène au fond de laquelle se hisse un escalier qui semble monter jusqu’au ciel.
Le groupe joue, pourtant il semble qu’un groupe de terroristes ait envahi les rues adjacentes, mais le show must go on. Au sommet de l’immense escalier apparaît tour à tour un certain nombre de légendes de la Pop Music, tous disparus. Un coup de feu retentit et le drame prend place. Josh un schizophrène paranoïaque sevré de médicaments dérobe une arme et tue Gabriel. Rien ne put être tenté, son corps s’éleva vers l’escalier pour rejoindre les morts. Même encore aujourd’hui rien ne peut affirmer que tout ceci soit vraiment arrivé.
On notera qu’un des noms cités parmi les génies de la musique (Doris Day) est toujours en vie. Dans le panthéon du show-biz derrière la porte miroir, personne ne meurt tout à fait, ça ressemble plutôt à une party d’après concert. Fragments le plus gros succès du groupe, fut un de ces moments où chacun pouvait regarder le chemin parcouru, célébrer la vie, la mort, la création, les sciences physiques et mathématiques, la littérature et le développement. »
Tea & Theatre.
« Des années plus tard, Josh et Leila, plus âgés, prirent un thé ensemble. La cellule de Josh se trouvait par pure coïncidence à coté de celle de Ray où ils pouvaient se remémorer la pièce de leur enfance, mais dorénavant, avec les autres internés du sanatorium. Ils évoquaient leur carrière et vivaient comme çà.
Si l’on devait tirer une conclusion de toute cette histoire,c’est peut être que Ray, le narrateur, a pu confondre la pièce qu’il a vu au sein du sanatorium avec celle que les pensionnaires espèrent voir tous, un jour à New York, dans le ciel et leur univers. »
Merci à Robert & Collins sans lesquels tout ceci n’aurait pu arriver, Procol Harum et leurs Home et Salty Dog pour m’accompagner.
Rough mixed
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