Il est beaucoup question depuis quelques années de la vague « néo-folk ». C’est même une vague très en vogue- osons l’amusement- . L’Occident semble découvrir avec stupeur qu’il est possible d’écrire une belle chanson avec des moyens rudimentaires. Nous voici donc face à une horde de nouveaux barbus et de filles « natures » (hem !). Des néo babas aux extrémistes Lo-Fi de tout poil ( même imberbes), chacun semble y aller de son « je me dépouille de tout ce qui est superficiel », dans un surenchère qui flirte parfois avec le ridicule. Certes, renouveler le patrimoine folk américain me semble être une intention très louable, tant certains de ses représentants paraissent se complaire dans un immobilisme musical affligeant. Mais si quelques talents émergent grâce à cette nouvelle attente publique, nombreux sont les artistes qui jouent la carte de la facilité en exploitant cette soif d’authenticité de façade (tout cela ressemble parfois à un caprice d’alter-mondialiste, le même qui aima les papys cubains de Buena Vista Social Club…).
Dans ce contexte, Jim White propose sa différence : un album folk aux arrangements très fournis, tourné vers l’avenir (musical), puisant dans les traditions mais à la recherche du renouvellement et surtout de sa propre voie. N’en déplaise à l’ignoble Jean Dujardin, Jim White fut Surfeur mais s’est forgé une sensibilité et une inventivité précieuse. Avant de concocter cet album, il a déjà pondu deux perles étranges (comment ça, on ne « pond » pas des perles !!!). Deux galettes de folk bizarre, gothique : Wrong-Eyed Jesus (Mysterious Tale of How I Shouted) en 1997, et No Such Place en 2001.
Sur Drill a Hole In That Substrate And Tell Me what You See, Joe Henry est aux manettes et j’ai grande confiance en cet homme qui pourrait se contenter d’être le beau-frère de Madonna (même si il l’est, c’est un fait !), mais qui en vérité nous offre depuis quelques temps des albums de haut vol, comme Scar, œuvre TomWaitsienne plus que crédible, en 2001 (sur lequel est tout simplement invité… Ornette Coleman…). Mais c’est son talent de producteur que j’admire le plus: outre le fait d’armes chroniqué en cet instant, il est un des artisans du retour réussi du chanteur soul Solomon Burke ( Dont give up on me, en 2002), il parvint à transformer Aimee Mann en chanteuse fort intéressante ( The Forgotten Arm en 2005). Cette dernière fait d’ailleurs partie de la longue liste d’invités qui se succèdent sur ce disque : Susie Ungerleider ( chanteuse du très émouvant groupe Oh Susanna), M.Ward, Bill Frisell, The Sadies, Mary Gauthier, Terri Binion, Barenaked Ladies. Après cette liste people, j’ai l’audace de vous en infliger une deuxième, non exhaustive, des instruments que vous entendrez sur cet opus… : samples, claviers en tout genre, tous les type de guitares et de basse imaginables, du violon, du saxo, de l’accordéon, de la clarinette, du banjo, des percussions, du melodica, du « little piano », etc , etc…
Cette débauche de moyens sera soumise à l’écriture de Jim White, épaulé par Joe Henry. L’homme ne lance pas trois chansonnettes en ajoutant un vague saxophone pour faire sentimental, ou un violon juste pour faire un peu roots. Cette profusion d’invités et d’instrument serviront à créer une pâte sonore étonnante. A chaque écoute je redécouvre de nouvelles strates, de nouveaux détails : une percussion par-ci, une guitare discrète, un sample timide. Oui, c’est bien cela, cet homme maîtrise l’art du détail, dont l’accumulation est un des éléments-clés de la richesse de cet album ; parfois certains révèlent littéralement une discrète influence (comme certaines interventions du Banjo qui nous permettent -peut être à tort- de le classer encore parmi les chanteurs folks), mais tous participent à la création d’une atmosphère fascinante, brumeuse. Jim White nous promène en son royaume à travers ses envoûtantes ballades qui puisent sans complexe aux sources de la soul, du rock, du folk, de la country.
les mélodies vocales sont toujours accrocheuses, chantées-sussurées, parfois lancées avec une certaine désinvolture. Mais où certains se seraient arrêtés là, Jim White étire ses morceaux le plus possible; ce qui n’aurait pu devenir qu’un titre plaisant, se transforme en « mini-monde ». Ainsi le musicien et son groupe distillent patiemment ces ambiances ouatées et énigmatiques. Les textes sont faits d’histoires sougrenues ou de récits plus personnels, mais toujours de qualité ; certains les comparent à ceux de Tom Waits. (A vous de juger, ils sont tous ici)
Ne vous fiez pas à la première écoute, ce disque est hypnotique, et le temps passant, bouleverse notre intimité par petites touches.
…au fait vous ai-je dis que Jim White fut aussi mannequin ?
Vous trouverez moult bavardages et quelques vidéos ICI
Un titre en écoute sur Myspace ICI
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