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Home Dressez vos esgourdes Rock & Pop MELVINS - Houdini Live 2005 - 2006

MELVINS - Houdini Live 2005 - 2006

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houdiniliveHoudini est un album très particulier dans la discographie des Melvins. En effet c'est celui qu'ils remirent aux patrons d'Atlantic pour les remercier de les avoir signé sur cette légendaire compagnie sur le conseil de... Kurt Cobain. Car il faut bien comprendre que les mois qui suivirent la parution de Nevermind (septembre 1991) et surtout sa première place dans les charts américains, un vent d'hystérie s'empara des majors qui n'eurent bientôt plus qu'une seule obsession : avoir elles aussi leur Nirvana maison (Geffen ayant tiré le chouette petit gros lot). Jusqu'à aller, comme le firent les magnats d'Atlantic, rendre visite à Cobain pour lui demander quel groupe à son avis ô combien éclairé, il fallait signer. Pas la peine d'être grand clerc pour deviner qu'il allait leur répondre les Melvins, qu'il vénérait depuis 10 ans et qu'il trouva toujours bien meilleur que son propre groupe (sentiment partagé par l'auteur de cette chronique).

Cependant, quand près de 2 interminables années plus tard, ces mêmes magnats houdini93ouirent la progéniture sonore de leurs protégés, ils eurent probablement envie de se jeter dans l'homonyme océan de leur label tant la chose ne ressemblait en rien à l'une de ces séquelles grunge qui avaient entre-temps poussé comme le chiendent un peu partout sur le sol américain (Pearl Jam, Stone Temple Pilots pour les pires). Pourtant, ils avaient tout prévu pour véliplancher sur le tsunami Nirvana puisque Kurt Cobain en personne était crédité à la production de 7 des 13 titres mais il fallait vraiment être un demeuré de teenager à QI aussi bas que la casquette pour ne pas s'apercevoir que ce n'était là qu'une astuce marketing. D'ailleurs, le son ne fut pas du goût des patrons d'Atlantic qui, après moult rémixages, réingéniérages (pas moins de 5 intervenants cités sur certains titres !!!), finirent tout de même par le sortir avec l'insuccès prévisible que l'on pouvait entrevoir, l'adulation dont bénéficia Nirvana étant plus du domaine de l'idolâtrie fétichiste que de l'expertise musicologique.

Abuzznecdote mise à part, Houdini est, même sur les critères purement Melviniens, un album assez peu satisfaisant. Trop d'écho, un son un peu mou, une rythmique elle-même parfois un peu molle, ce qui est un comble quand on sait que le tandem guitare - batterie des Melvins (Buzz et le fabuleux Dale Crover) est probablement le plus soudé jamais entendu depuis ZZ Top (je ne galège pas). D'autant plus que les morceaux qui figurent sur cet album avaient bien besoin d'un son percutant car ils ne figurent pas parmi les plus inspirés du groupe. Ces défauts disparaîtront d'ailleurs dans les deux autres album livrés à Atlantic (Stoner Witch et Stag) qui sont tout bonnement des chefs d'œuvre. Que la production soit la principale cause de la déception causée par Houdini était évidente quand on entendait les versions live de ces titres, les Melvins étant quand même l'un des groupes les plus faramineux à voir sur scène depuis 20 ans.

Alors quand les gens de All Tomorrows Parties http://www.atpfestival.com/index.php ont proposé à Buzz et Dale de rejouer Houdini dans le cadre de leur opération Don't Look Back, qui consiste à demander à un groupe ou à un artiste de rejouer live entièrement un album, (l'opération se poursuit, ainsi John Martyn a rejoué Solid Air, paru en 1973 le 1er juin, et Isis Oceanic en avril dernier, mais auparavant, Dinosaur Jr, les Stooges ou Gang Of Four s'y étaient prêtés, témoignant de l'éclectisme de ces gens), le duo accepta, mais dut trouver un bassiste car, une fois de plus, ils avaient usé le dernier (on ne les compte plus). Coup de chance, le précieux Trevor Dunn (bassiste de Mr Bungle, John Zorn, Fantomas) était libre et apprit en deux temps trois mouvements les 13 titres de l'album. Le trio joua deux fois en Angleterre sans hélas enregistrer. Ils s'en voulurent tant qu'ils décidèrent de louer une salle à Los Angeles afin de rejouer leur show deux fois afin de graver pour la postérité ce pari farfelu. A noter toutefois qu'ils procédèrent à de menus changements tels que modifier l'ordre des morceaux.

L'important est de savoir si le jeu en valait le cierge et mille fois oui. Tous les défauts buzz2de l'album studio sont ici balayés. Ca joue serré, puissant, c'est abrasif, lourd, c'est les Melvins quand ils sont grands. La voix de Buzz est parfois un peu trop rocailleuse (l'âge ?) sur quelques titres (comme "Hooch" par exemple) et ne parvient plus à monter comme avant dans les aigüs sur "Going Blind" mais c'est un détail. On ne citera pas chaque titre mais quel plaisir d'entendre justement cette version ample et somptueuse de "Going Blind", tirée du Hotter Than Hell de Kiss (et qui narre tout de même une délicate histoire d'amour entre… un nonagénaire et une mineure "Little lady, can't you see / You're so young and so much different than I / I'm 93, you're 16 / Can't you see I'm goin' blind"). Et puis cette intro du fabuleux "Nightgoat" (à absolument voir joué live, moment d'hystérie cervicale collective comme on en vit qu'aux concerts des Melvins), quasiment dronesque, montre comme ce groupe ne s'est pas du tout laissé distancer et reste absolument pertinent.

Evoquons aussi "Joan Of Arc" dans une version Dantesque qui finit de montrer dalecroverau circonspect pourquoi les Melvins sont considérés par beaucoup comme le groupe live par excellence. Essayez d'imaginer le public quand, à la fin de la première minute, la batterie se met en branle. Oui, c'est une immense marée capillaire qui balaye l'air chargé de fumées diverses. Et ne me parlez pas de vos batteurs légendaires, Dale Crover est bien vivant et me convient fort bien pour traumatiser mes veilles vertèbres.

On pourrait décliner les 13 pépites de malheurs que contient ce CD sans modérer son enthousiasme (le final de "Hag Me" qui s'étend et se distend vaudrait à lui seul l'investissement). Bref, ce Houdini 2005, sous titré A Live History Of Gluttony And Lust (serait-ce un clin d'œil au mode de vie de Buzz dont la silhouette trahit au moins la possible gloutonnerie ?) est un disque qui remet les Melvins à la place qu'ils ont un peu délaissée ces dernières années avec leurs multiples side-projects pas toujours très convaincants.

4 poin et 1 demi bien moussu / 5

extrait : Joan Of Arc

Pour ceux qui l'avaient raté en son temps, le clip n'importequoïste hilarant de "Honey Bucket" (Houdini 1993) où les Melvins rendent chèvres un troupeau de brebis et une jolie bergère à voir ici [www.youtube.com]

Et, toujours de Houdini (Atlantic y croyait encore), celui de Hooch, ode aux deux éléments essentiels de l'être humain : les os et les eaux, qui à eux deux consituent grosso modo la totalité du corps. Les Melvins en physiologistes du rock.
[www.youtube.com]

 

 

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 16:27 )  

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