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Home Dressez vos esgourdes Rock & Pop ART BRUT - Bang Bang Rock & Roll - 2005

ART BRUT - Bang Bang Rock & Roll - 2005

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artbrutbangLes bons paroliers dans le monde du rock sont plus rares que les mauvais. Plus grave, ils sont de plus en plus rares. Il faudrait presque penser à l'insémination in vitro pour ne pas les voir disparaître avec les dernières glaces du Groenland, alors que les mauvais eux prolifèrent comme des lapins d'élevage. Et bien, je ne sais pas si on a inséminé des spermatozoïdes de Mark E. Smith ou de Ray Davies dans l'utérus maternel qui conçut Eddie Argos, mais ce type est un putain de bon parolier. Le voilà en piste, si les groins de l'industrie du rock biz ne nous le salissent pas, pour prendre la suite des quadras et quinquas dont la relève se faisait attendre. La filiation avec MES n'est pas tant lyriciste (ça se dit pas, tant pis) car finalement là où le premier a toujours manié le symbolisme abscons à outrance, Argos est beaucoup plus immédiat, que musical car le groupe s'appuie principalement sur le leg prodigieusement riche de The Fall, en piochant ci et là dans ce qui leur plait le mieux. Mais il s'inscrit aussi dans le ton actuel (un certain revival 78-80 plus que eighties) et il n'aura pas de mal à faire son trou j'espère. C'est même absolument indispensable, d'où cette chronique qui va vous inciter avec insistance (et insister avec incitance) à acheter ce disque.

Leur coup d'éclat fut l'hiver dernier d'avoir balancé la chanson "Formed A Band" dans le artbrut1bowling pop où ils n'eurent pas de mal à foutre à terre les quilles qui se bousculent depuis l'explosion Franz Ferdinand. C'est un standard comme on en entend peu, destiné à rester un morceau culte, non seulement grâce à son riff criant d'évidence, à la morgue d'ahuri presque cousine de celle de Kim Fowley qu'Argos y déploie, mais aussi grâce à un texte absolument délicieux qu'on aimerait citer en entier mais dont on extraira l'impayable " I want to be the boy / The man / Who writes the song / That makes Israel and Palestine / Get along", sentence qui se hisse aux côtés des grandes déclarations surréalistes assumées de l'histoire (le groupe n'a pas pris le nom d'Art Brut pour rien).

Ayant mis ce titre en ouverture de l'album, on pouvait craindre que ce ne soit qu'un coup de génie sans lendemain. Et bien, on est vite rassuré car sur une intro qui parodie celle de "London Calling", Argos lance ensuite comme une balise son hilarant "My Little brother just discovered Rock'n Roll" (He's just 22 and he's out of control") où dans un raccourci incroyable qui économise la lecture de centaines de thèses de sociologie, il s'écrit, sur le ton le plus faussement naïf qu'on puisse imaginer "He made me a tape of bootlegs and B-sides / And every song on that tape, every single song says / I want our parents to worry about us". Dire que personne n'avait pensé à écrire une phrase comme ça depuis l'invention du rock.

artbrut2"Emily Kane" reprend ensuite le riff (sublime il faut le dire) du "Thank God It's Not Christmas" de Sparks (Kimono My House) sur lequel il évoque un amour de jeunesse (il avait 15 ans, la préhistoire) et où il n'est pas sans faire penser à Mark Perry ou même à Dan Treacy des méconnus TV Personnalities. Loin d'être une rigolade cette chanson est tout à fait sérieuse et même assez émouvante.

Ensuite, c'est "Rusted Guns of Milan", où il plonge encore plus profond dans son introspection auto-dévalorisatrice (une saine motivation pour entrer dans la création je trouve), il s'attarde sur une panne sexuelle (une "dysfonction érectile", formule que je vous donne pour que mademoiselle ait au moins appris quelque chose quand ça vous arrive) qu'il eut avec une fille, jolie, et qui s'offre mais…non. Et quand il chante "It doesn't mean that I don't love you / One more try with me above you", je vais vous dire, on sent presque passer l'ombre d'un Peter Hammill (celui d'Over) qui aurait délaissé ses dernières pudeurs. Autre chose que les saillies testostéronées du vieux Iggy qui se vante d'avoir appris à bouffer les chattes avec Nico (sic).

On va de surprise en surprise avec "Modern Art", apologie de l'art moderne prise sur unmatisse fond sonore que Blur a toujours recherché sans vraiment le trouver (sauf sur "Song 2"). Et qui, depuis Ray Davies dans "20th Century Man" a osé écrire quelque chose comme "So I'm in the Pompidou / In Paris / And they're more laid back about their art galleries / There's little children running around / I see a piece on Matisse / Take three steps back / Take a long run up / And I jump at it!". Même si le premier faisait le procès de l'art moderne quand le second en fait l'apologie, aucune importance, l'intention est identique : mettre l'émotion picturale sur le tapis rock qui en aurait bien besoin. Au cas où, j'ai choisi un Matisse exposé à Orsay, si Eddie Argos veut confimer que c'est celui ci dont il parle, qu'il nous écrive.

Les influences s'élargissent sur "Good Weekend" où le refrain fricote avec les Maisonnettes et les B52's. Personne n'a sorti ça en single? Imaginer les boites faire danser les ados sur "I've seen her naked twice" est un doux songe. Et puis ensuite, alors là, gourmandise personnelle, une attaque directe du Velvet Undreground " I can't stand the sound of the Velvet Underground (White Light! White Heat!)" assorti de cette déclaration "No more songs about sex and drugs and rock'n roll / That's so boring". Et, comble d'ironie, tout ça sur une chanson qui ne se gène pas pour emprunter au Velvet, art de la récup chère à leur référence : Marcel Duchamp.

artbrut4Délicieux aussi ce "Moving To LA" au texte plus Daviesien que jamais ("When I get off the plane / The first thing I'm gonna do is / Strip naked to the waist / And ride my Harley Davidson / Up and down Sunset street") où le groupe n'hésite pas à marcher sur les plates bandes des Thrills en utilisant toute la panoplie Beach Boys réintégrée dans une chanson acoustique très Fallienne (on pense à "The Steak Place"). Tout n'est pas aussi intéressant ("Fight" est assez anecdotique en particulier et "Stand Down" est vraiment trop proche de Cure, ce style hyper-pillé ces temps-ci étant une bonne recette pour les groupes un peu flémards) mais tel quel, c'est vraiment un des grands disques de ce début de siècle, et surtout la naissance d'un grand parolier, capable de commencer une chanson ("Bad Weekend", peut être la plus forte de toutes) par "Haven't read the NME in so long / Don't know what genre we belong" et de poursuivre en répétant jusqu'à la nausée "Popular culture no longer applies to me".

A noter que l'album a exaspéré plus d'un rock critics qui n'y trouve pas sa pâtée pompeuse et codée habituelle. Ceux qui cassent les mythes ont souvent des destins de martyrs.

Donc, si je conclus par "à ne pas rater", c'est bien pour l'acheter, pas tirer dessus.

4 poin et demi / 5

Chronique parue dans Crossroads

"Bad Weekend" à écouter là http://artbrut.org.uk/

"Formed a Band" et "Emily Kayne" là http://impunite-zero.blogspot.com/2005/09/lart-brut-des-television-personalities.html

Des formidables, mais alors vraiment formidables photos ici qui donnent envie d'avoir de nouveau 20 ans et de remonter un groupe illico : ROUUUUUUUGGHHHHHH, je plonge en pleine nostalgie !!!!artbrut3

Le 25 juin à Cergy Pontoise dans le cadre du festival Furia rock

Le texte de Rusted Guns of Milan 

I know I can, I know I can
I know I can, I know I can
I know I can, I know I can
I know I can, I know I can
I doesn't mean that I don't love you
One more try with me above you
It's got nothing to do with anything I had to drink
It's more to do with the way I think

Leave the lights on!
Leave the lights on!
Leave the lights on for me
Leave the lights on!
Leave the lights on!
Leave the lights on for me

I know I can, I know I can
I know I can, I know I can
I know I can, I know I can
I know I can, I know I can

I know I can, I know I can
I know I can, I know I can
I know I can, I know I can
I know I can, I know I can

I'm sorry, I'm so sorry
Can I get you a cup of coffee?

Don't tell your friends!
Don't tell your friends!
I promise, it won't
Ever happen again

Leave the lights on!
Leave the lights on!
Leave the lights on for me

It's frustrating for you
Well, it's frustrating for me
You're lying there
And you're beautiful
You're beautiful
And of course I want to
Why wouldn't I

I doesn't mean I don't love you
One more try with me above you

Leave the lights on!
Leave the lights on!
Leave the lights on for me

It's got nothing to do with anything I've had to drink
It's something wrong with the way I think

I know I can, I know I can
I'm fine when I am with my own hands

Never used my rusted gun of Milan

extrait : Rusted Gun Of Milan

 

Mis à jour ( Dimanche, 03 Août 2008 16:28 )  

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