Eh merde, c’est foutu d’avance… Si je vous dis « musique québécoise », vous pensez instinctivement à ces hurleuses chères à Drucker qui vous ruinent une verrerie au complet d’un simple tremblement de cordes vocales… Même si vous n’avez jamais traversé l’Atlantique sur les ailes d’un ange, le Québec n’a aucun secret pour le fidèle lecteur de Géo que vous êtes. Vous n’en doutez pas, c’est certain : dans cette vaste forêt qu’est Montréal, dès leur tendre enfance, les Québécois doivent être programmés pour ne rien produire d’autre que des chansonnettes natasha-simpièresques exportables. Tous les dimanches après la messe, les gamins franco-canadiens slaloment en raquettes entre deux caribous pour aller s’entasser sous un grand tipi chauffé au feu de bois. Là, ils apprennent à composer des gueulantes musicales spécialement conçues pour leurs cousins français. Ils aiment tellement ça. La finesse, au Québec, ça n’existe pas. Simple question de climat !
Eh bien détrompez-vous, mes chers ! Je m’en viens en traîneau à chiens, en ce jour béni, pour vous montrer le droit chemin ! La bonne musique, au Québec, ça existe ! Mais comme en France, comme partout, ce n’est pas sur les ondes radiophoniques que vous la trouverez. Nous, il nous faut chausser nos bottes, sortir de notre douillet cocon, aller hanter les bars minables ou les minuscules salles de spectacles pour voir jaillir l’étincelle. Vous, heureux lecteur de poin-poin que vous êtes, je vous fais économiser le billet d’avion, je vous épargne l’horreur d’un hiver polaire à Montréal. Il vous suffit d’être fidèles à ce site pour y découvrir ce que le Québec a de plus allumé, de plus déjanté, de plus enivrant et de plus singulier en matière de musique à offrir à vos oreilles délicates. En somme, je vous invite à faire connaissance avec ces musiciens exceptionnels dont 95% des Québécois ne soupçonnent pas eux-mêmes l’existence… Prêts pour le grand voyage ?
Pour notre premier périple en terres musicales québécoises, partons à la rencontre d’Alexandre Désilets, jeune homme qui frôle gracieusement l’exploit en mettant dans sa poche autant les amateurs de musique très sélectifs que la plupart des critiques professionnels qui classent son premier album parmi les meilleurs disques de cette année. Le grand public, lui, évidemment, ne suit pas le mouvement, trop occupé qu’il est à nager sagement dans le courant calme de la rivière de la médiocrité imposée par les radios. Le résultat est alors désolant : Alexandre représente incontestablement l’avenir de la musique québécoise de grande qualité, mais c’est un miracle s’il parvient à attirer 50 personnes lors de ses concerts à Montréal…
Son électro-pop charme pourtant. Sa voix pure ensorcelle. Les singulières trouvailles de son arrangeur, Jean Massicotte, habile polisseur qui officiait déjà aux côtés de Jean Leloup et de Pierre Lapointe, apportent l’ultime épice qui parfait la potion magique. Quiconque succombe à ce premier album d’Alexandre Désilets est condamné à le voir ne jamais s’éloigner de la platine…
Mille mots ne valent rien face à une note… Écoutez !
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