Fuyez ! Fuyez comme peste cette étiquette "hard FM" collée un peu partout à Magnum et à The Visitation. J'ai failli ne pas l'acheter à cause de cette expression qui me suggère une musique mollasse, dégoulinante de claviers, de balades sirupeuses formatées pour les radios, avec un enrobage emphatique à se gerber sur les pompeux. Erreur! Voilà le plus magnifique album que j'ai entendu depuis bien longtemps (mettons, depuis le Brighter Than Creation's Dark de Drive-By Truckers, pour dire aux habitués de Poin-Poin à quel point la barre est placée haut !), doublé d'une belle leçon de rock tapageur.
A quelques secondes près en fin de disque, Magnum évite soigneusement de se vautrer dans la grandiloquence qui, chez les groupes dénués de talent, remplace le travail de composition ou la profondeur du propos. Or, ce Visitation est bourré ras la gueule de petits bijoux. Pas une once de remplissage, une densité d'écriture stupéfiante, et beaucoup de bonheur…
Donc, primo, il s'agit avant tout de hard progressif, ou de classic-rock, assez, hum, couillu, qui oscille pour le béotien que je suis en la matière (ma relation à Magnum, jusqu'alors, se limitait à l'un de leurs classiques, le référentiel On a Storytellers Night, vieux d'un quart de siècle), entre Marillion et Savatage.
Deuxio, c'est un album de guitares, qui présente une collection étonnante de riffs mémorables. Doors to Nowhere, le second titre, vous en donnera un sacré exemple. On se croirait dans une BO de Rocky façon Survivor. Vous remercierez longtemps Tony Clarkin pour cet album où on ne passe pas les trois quarts de son temps à attendre les bons passages, mais durant lequel on aimerait avoir autant de têtes que Cerbère pour tendre sans arrêt d'autres joues.
Mais là où The Visitation relève du phénoménal, c'est dans le travail vocal de Bob Catley. A genoux, mes frères ! Le chanteur de Magnum déniche des lignes venues de l'espace. Il est magnifique, suggestif, amical, mélancolique, et si son organe n'est pas d'une puissance, disons, joeydemaiotique (à genoux, mes soeurs!), il est l'un des plus évocateurs que j'ai entendus depuis longtemps. Et, tiens, sur le refrain de Wild Angels, on dirait même Ian Hunter.
La batterie s'écarte un peu de la versatilité et du j'en-mets-partout chers au progressif (et 'achtement à la mode en ces temps de "maths-rock" et autres machins déconstructivistes…), préférant vous tabasser le rythme des fois que les mélodies vous bercent trop. Les claviers soutiennent plutôt que d'encoller des surcouches partout (sans avoir peur de pointer leur nez en avant ici et là). Bref, vous voilà avec un album absolument magnifique, qui tourne en boucle chez moi depuis deux mois et dont je n'ai pas épuisé les charmes.
Il vous faudra tout de même effectuer un petit effort. A la première écoute, j'ai trouvé l'album bon mais pas très original. Je ne suis tombé dans le chaudron qu'à la troisième. Mais pour en resortir, macache-bono !
Pas convaincu(e)? Lisez donc une autre chro qui dit la même chose mais en beaucoup mieux et qui colle un 5/5 à The Visitation, tandis que chez Metal Integral, c'est carrément 20/20, et seulement 16/20 pour Aux portes du Metal, un 9,5/10 tout en retenue chez Heavysound, 4,5/5 chez Rockmeeting, un petit 8,5/10 chez Musicwaves, 9/10 chez Lagrosseradio…
A écouter itou : Spin Like a Wheel - The Visitation
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