Pas facile de trouver des infos concernant ces anglais dont le seul album est sorti en 1970 sur le label Dawn. N'importe quel moteur de recherche sur la toile vous renverra bien approximativement 21.559.251.212 réponses, mais toutes ne concernent que la nouvelle de Mervin Peake parue en 1946, premier volume de la trilogie "Gormenghast". Etant un parfait inculte en littérature je ne m'étendrai pas davantage sur le sujet.
Pour en revenir au groupe, l'édition cd que je possède est bien peu bavarde : un import russe de 2005, du label Second Life (dont les digipacks sont de très mauvaise qualité puisque le film plastique qui les recouvre a une fâcheuse tendance à proclamer son indépendance !). Il faut donc vraiment aller à la pêche pour 1) avoir une biographie du groupe, 2) savoir qui a composé quoi, 3) connaître l'origine des 3 bonus accompagnant les 5 titres de l'album original, et 4) plus généralement, apprendre quelle fut la suite donnée à ce premier album éponyme !
Sur ces 2 derniers points la réponse est vite faite : le groupe n'a publié que cet album et un maxi-single d'où proviennent ces 3 bonus, le tout étant sorti simultanément, conformément à la politique du label à cette époque. D'autres excellents groupes maison, Demon Fuzz (découvert grâce à mon ami cidrolin que je ne remercierai jamais assez pour cela) ou Comus, ont bénéficié du même marketing ... et ont malheureusement aussi connu le même sort funeste.
Pour une édition cd plus fournie en commentaires il semble qu'il faille chercher la version See For Miles (ref: SEE CD 260) de 1989. Curieux qu'un label comme Akarma ne se soit encore point intéressé à cette perle (à noter qu'une réédition vinyl 180g est sortie en 2000 sur le label Get Back, ref : 109771446. Info à usage thiadocidrolinique !).
Car il s'agit bien d'une pièce essentielle dans l'histoire du rock progressif anglais, injustement oubliée ou sous-estimée, quand ce n'est pas dénaturée. En effet, les rares sites ou ouvrages qui la mentionnent (progarchives, "Le hard rock des seventies" par Denis Protat ...) renvoient systématiquement à Jethro Tull, raccourci malheureusement un peu facile dès lors qu'un groupe de rock compte un flûtiste en ses rangs.
N'y aurait-il pas plutôt le meilleur de Colosseum (albums Daughter of Time et Live) là-dedans, même si le chant (relativement discret) de Stuart Cowell n'a rien à voir avec celui de Chris Farlowe ? Car ce qui frappe dans la musique de notre quator, essentiellement dans les 2 titres qui composent la face 1 du vinyl ("It Wasn't For You" et l'épique "Hall Of Bright Carvings") ce sont les cuivres de Tony Priestland, et pas seulement la flûte mais également et surtout les saxophones, et la basse de John Lee qui donnent un côté jazzy et enlevé à ce rock progressif. Ces 17 minutes, pas moins que jouissives, justifient à elles seules l'acquisition de cet enregistrement, témoin d'un prog anglais finalement peu répandu :
ni dans la veine symphonique naissante à l'époque, pas plus que dans l'école "Canterbury". A vrai dire la référence la plus exacte est sans doute Skin Alley dans ses 2 premières livraisons : Skin Alley et To Pagham And Beyond. Mais on entre là dans du tout aussi underground que Titus Groan, la comparaison ne peut donc "parler" qu'à bien peu de monde.
La face 2 est en effet un peu moins "colosseumale", le chant plus présent donne aux 3 titres qui la composent ("I Can't Change", "It's All Up With Us" et "Fuschia") une touche plus psychédélique mais tout aussi charmante.
Ici s'achèvent 35 minutes de bonheur, mais je l'écrivais plus haut, pour être complétiste les diverses rééditions cd incluent les 3 titres du maxi-single. La musique est assez différente, notamment au niveau du son, Stuart Cowell troquant plus souvent sa guitare contre un orgue. Elle est aussi qualitativement inférieure : "Liverpool" ressemble plus à une jam de studio bien rythmée'n'blues où les musiciens se font plaisir mais sans être plus que sympathique ; "Open The Door Homer" est une reprise d'un titre folk et rare de Bob Dylan, connue également sous l'appelation "Open The Door Richard" et également reprise sur Lo & Behold, le très bel album de Coulson, Dean, McGuiness, Flint uniquement constitué de titres rares du 'Zim publié à peu près à la même époque ; enfin "Woman Of The World" est un mid-tempo, limite slow, très anecdotique .
Pour être un peu plus exhaustif, citons les rares traces connues de Titus Groan dans les ruines préhistoriques des années 70. Un archéologue courageux serait le bienvenu pour entreprendre des fouilles et déterrer des secrets à jamais enfouis sans lui .... :
- "Open The Door Homer" est également sur la compilation Dawn Anthology au milieu d'autres artistes du label tout aussi intéressants.
- en mai 70, Titus Groan fut "support-act" du Hollywood Pop Festival aux côtés d'autres disparus des tabloïdes Demon Fuzz, Trader Horne, Mike Cooper et Wildmouth.
- octobre 70 : parution de l'album (DNLS 3012) et du maxi-single (DNX 2503) sur le label Dawn.
- en novembre 70, le groupe est sensé être apparu dans la bande son (?!?) du film X "Permissive" aux côtés de Comus et Forever More.
- toujours en novembre 1970 une tournée anglaise d'une dizaine de dates est organisée avec 4 groupes du label : Titus Groan, Comus, Demon Fuzz et Heron.
... et c'est tout ! C'est ici que je perds toute trace de ce sympathique combo !
Fort heureusement il existe un MySpace sur lequel est repris le commentaire de l'édition cd See For Miles et où 4 titres sont disponibles: "It Wasn't For You", "Liverpool", "I Can't Change", "It's All Up With Us". Vous pourrez donc aller y partager mon enthousiasme dans le meilleur des cas ou, éventuellement, éclairer ma lanterne sur tout un pan de la musique de Jethro Tull qui manquerait à ma culture !
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