
Le death-hardcore, en un sens, remonte aux origines de l'être humain. Le coup de massue que Néandertal foutait dans la gueule du mammouth laineux, c'est déjà du death-hardcore. Et le coup de massue par lequel Sapiens fracassait le crâne de Néandertal, c'était aussi du death-hardcore. Le style, pendant des siècles, évolua peu : on s'empalait, on se trucidait, on se rôtissait, on violait le bétail, on pillait les enfants et on faisait coudre des ballons de football aux femmes dans des ateliers clandestins. A l'occasion ont chatouillait l'infidèle sous les pieds. La technologie apportait de ci de là une révolution, mais de forme essentiellement : la poudre, le canon, la mitrailleuse, la bombe H… Oui, le death-hardcore était bien vivant mais il lui manquait un supplément d'âme.
C'est alors que Hatebreed a fait saigner mes oreilles avec The Rise of Brutality.
Qu'est-ce que le math-rock?, demandait récemment Galopu sur le forum. N'y connaissant rien, je serais tenté de dire: des gens qui se réunissent dans une même pièce pour faire une partouze mais qui, au final, préfèrent se masturber les uns les autres. Comme disait Lao Tseu : on entend toujours la poutre dans l'oreille du voisin. Aussi déconseillé-je au béotien en hardcorerie de considérer Hatebreed comme du bruit (et, moins encore, comme du math-rock). The Rise of Brutality, titre à la soyeuse poésie, est certes une graine de violence germant dans une monde de brutes (c'est dire si ça pousse vite) et qui déploie ses épines dans l'aride paysage des méchants tatoués. Mais avec une force de conviction, ma foi, peu commune.
Hatebreed se révèle d'entrée de jeu de massacre profondément hardcore. Un hardcore qui ressemble à ce qu'aurait pu faire Agnostic Front si les mecs s'étaient bastonnés dans le studio avec un néandertalien à coups de massue. Hatebreed a l'incision radicale, le chant aussi doux que la mélopée d'un sergent instructeur, le riff découpé chez Arcelor.
Si l'expression "jouer carré" semble surfaite, elle prend ici tout son sens. Il règne une précision à ébaudir un horloger, une vénéritude qui choisit pour arme la netteté des attaques. Cela cogne et gratte avec un si bel ensemble qu'on croirait les parties jouées, copiées et collées par ordinateur. Foutredieu!, que cela doit être ennuyeux! J'aurais tendance à être d'accord avec vous si c'était le cas. Mais ça ne l'est point. Bien au contraire.
Là où froideur et impersonnalité auraient pu s'imposer, c'est une musique organique et viscérale qui ressort. Ces riffs carnassiers, ce chant qui semble faire le pari de sortir les morts-morts et les morts-vivants de l'inertie: voilà l'énergie hardcore dans toute sa splendeur. En voici la preuve en deux minutes avec le carton Straight to Your Face, hommage à Agnostic Front et à Madball :
Les paroles n'y sont pas pour rien, sur le thème récurrent d'une droiture et de la vie qui est un combat pour ne pas se laisser marcher sur les pieds — c'est le supplément d'âme dont je causais au début. Ça commence dès le premier titre, death et court, Tear it Down (For once, just stand the fuck up and fight! : Pour une fois, redresse-toi putain de bordel et bats-toi), ça se poursuit au deuxième (le Straight to your face with the truth : Et pan la vérité dans ta face), ça continue au troisième (Facing what consumes you is the only way to be free : Affronter ce qui brûle en toi est la seule façon d'être libre), le quatrième n'en démord pas (If you don't live for something you'il die for nothing : Si tu ne vies pour rien, tu crèveras pour des prunes), et ainsi de suite, de A lesson lived is a lesson learned à This is now ("If I control myself I control my destiny").
Bref, dans ta vie, tu te self-respect, tu fight, tu do it yourself et t'envoie chier les salopes et les poseurs (comme on dit chez Manowar). Chez Hatebreed, on fait bloc, on ne s'éparpille pas, on ne lâche rien, on n'expérimente pas mais on y croit. Certes, il faut savoir apprécier les gens qui vous mettent un coup de barre à mine pour vous déclarer leur amour et qu'il croient en l'évolution de l'espèce. Nonobstant, The Rise of Brutality possède ce charme indéniable du Stirbois qui se prend un platane : c'est facial, c'est brutal, mais on en redemande.
MySpace Hatebreed
Voir également la chro sur Nightfall in Metal Earth
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