
Mettons les points sur les "i" avant d'aborder In The… All Together : Skyclad ne fait plus de folk-metal, mais du metal avec un peu de violon. L'étiquette qui a longtemps collé au groupe anglais, à juste titre, semble de moins en moins valable.
D'ailleurs, Skyclad n'a semble-t-il jamais trouvé sa place en France (au contraire, par exemple, de l'Allemagne). Qui eut dit que Skyclad donna un temps dans le thrash (écoutez Jonah's Ark) ? Qui sait que les paroles de leurs chansons sont souvent des petits bijoux d'humour ravageurs (sans parler des titres) et que, loin de se contenter de faire joyeusement remuer les foules, Skyclad parle de sujets de société, de politique, de création (ainsi de Penny Dreadful, sur l'album Irrationnal Anthems :
"I saw you in a magazine / They're calling you messiah / They must be living in a dream / They couldn't be more wrong / Turn on, tune up, cash in, sell out / Stand your ground behind the times / And refuse to follow fashion / Write your poetry with anger (and then sing it with a passion) ?
Le combo fondé en 1990 par l'ex-Sabbat Martin Walkyier et par Steve Ramsey sur une base folk-pagan-metal (et dont le nom fait référence à une cérémonie païenne dont les participants étaient nus) était alors très heavy, avant de mettre plus en avant son côté folk. Mais, ces derniers temps, Skyclad semble vouloir se débarrasser de l'étiquette folk pour clamer : nous sommes avant tout un groupe de métal.
J'avoue que j'avais laissé un peu tomber l'affaire Skyclad depuis quelques années (de même que Walkyier, qui a quitté le groupe à l'aube des années 2000), trouvant que tout cela tournait un peu en rond (et puis je m'étais fait arnaquer par la sortie non officielle du Live at the Dynamo, une bouse au son immonde). Et puis, en écoutant A Semblance of Normality, sorti en 2004 mais que je n'ai découvert que cinq ans plus tard, je me suis pris un bon pain bien chaud. Non seulement Skyclad avait retrouvé l'inspiration (The Parliament of Fools), mais le ton avait changé. Souvent plus aventureux, plus dur, retrouvant ses accents les plus métalliques, contrebalancés par des périodes de calmes. Bref, Skyclad avait l'air de respirer à nouveau, avec l'aide au passage de quelques musiciens du Royal Philharmonic Orchestra (bien que l'album soit très éloigné de toute la mode du métal symphonique). Kevin Ridley, arrivé dans le groupe à la fin des années 1990, assurait le chant de façon tout à fait convaincante.
Je me retrouvais donc à farfouiller l'actualité du groupe en cet été 2009, et là, joie !, sortait un nouvel album, In The… All Together (encore un jeu de mots que je ne suis pas certain de bien saisir : all together signifiant "tous ensemble" –comme dans les manifestations– mais being in the all together signifie aussi "être à poil"; et d'après la chanson-titre, il semble que le terme est ici appliqué aux dirigeants du G8, façon de dire "le roi est nu". C'est donc sans doute aussi une auto-référence au nom du groupe). Si les premières écoutes ne m'ont pas vraiment convaincu (album certes heavy, quasi hardcore pendant quelques instants, avec une poignée d'excellents moments mais pas mal de choses déjà entendues), mon avis a changé peu à peu, et je trouve désormais cet album bourré de qualités.
Primo, donc, Skyclad a rencart avec la gniack, et cela s'entend. Le violon reste souvent en arrière et Ridley n'hésite pas à rugir sur des riffs plombés. Les mélodies sont cependant moins présentes que sur A Semblance of Normality, laissant parfois l'impression que le groupe n'a pas trouvé le coin pour enfoncer la porte. Il n'empêche que quelques passages s'incrustent avec une force étonnante (le dual The Well-Travelled Man, brutal et mélancolique, à la belle et trompeuse intro, ou Superculture, au refrain certifié pur Bad Religion), et également certaines paroles qui, malgré mon anglais défaillant, se sont vite gravées dans mes esgourdes (sur Hit List : "Everything is architecture / Everything's political / It's all pride and prejudice / Don't tell me that it's art !"; ou sur Modern Minds : "We can work it out / We've got modern minds / There's nothing to be scared of / We've got modern minds").
Une fois la surprise du durcissement de ton passée (et qui est en partie responsable de ce sentiment d'appauvrissement, comme sur le marteau-pilon Black Summer Rain, à deux doigts du hardcore-thrash), je trouve un album finalement plutôt homogène mais varié, dont le but est peut-être bien d'arracher une fois pour toute cette étiquette de folk-métal qui a porté mais aussi restreint Skyclad. Les fans du Skyclad ultra mélodique et très celtisant vont sans doute détester cet album et clamer la mort du groupe. Ceux qui ne savent pas vraiment de quoi il retourne, pour qui Skyclad n'est qu'un nom déjà lu et associé à un style dont on se gausse aisément, peuvent jeter une oreille à ce disque avec le seul risque d'une bonne surprise (ce groupe a de la personnalité et prend des risques… peut-être parce qu'il joue sa survie ?) et qui a le bon goût de se terminer sur un excellent titre : In The… All Together !
3,75 poin/5
Site officiel SKYCLAD – MySpace SKYCLAD
Paroles de In The… All Together sur Metal Storm
Chroniques de In The… All Together en français :
VS-Webzine (16,5/20) - Metal France (3/5) - Nightfall in Metral Earth (2/5) - Musiczine
Chroniques de In The… All Together en anglais :
Metal Temple (3,5/5) - Metal Review (4/6) - Dangerdog (3,5/5)
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