Si Jean-Pierre Coffe fumait ses jambon de pays, on l'appellerait Jean-Pierre Kof-Kof. Et s'il écoutait du hard-rock, nul doute qu'il vanterait ce produit de tradition label rouge et l'AOC (arrachage couillu oditif – ha ben oui, faut pas non plus demander aux hardos d'être des pros en orthographe) que constitue ce nouveau disque de Girlschool. Legacy, mon p'tit pote, c'est pas de la merde, ce qui ne lasse de nous étonner tant la réputation des Anglais pour la cuisine est déplorable. Sauf qu'il ne s'agit pas de cuisine. Tout s'explique. D'autant mieux que, aux fourneaux, ce sont des vieux pots qui se chargent de la bonne soupe (houlala, je ne suis pas un gentleman), c'est-à-dire les quatre mousqueteuses qui ont démarré leur carrière il y a trois décennies (enfin, pas toutes, puisque la guitariste Kelly Johnson a passé la moutarde à gauche).
Girlschool propose un hard-rock sans surprise droit venu des années 1980 mais qui ne sonne pas pour autant daté, un ravissement pour les amateurs d'andouillettes braisées. Pas de double pédale dans les esgourdes, et même peu de rythmes véritablement speed : bref, Girlschool est resté planté du côté rock dodu sans basculer dans le métal.
La qualité des paroles de certains titres m'a également frappée, telle la cocotte-minute sous trop haute pression qui défigure le pauvre plongeur qui passait par-là avec sa pile d'assiettes – notamment sur I Spy, à propos de la société sécuritaire. Ce titre fait d'ailleurs l'objet d'une seconde version en bonus track avec Tony Iommi et Ronnie James Dio (de Heaven & Hell, la version de Blatte Sans Patte et sans Ozzy), où le chant de ce dernier (avant la parenthèse) fait merveille. Quoique le gosier de Kim McAuliffe n'a pas à rougir sur tout cet album. Parfois capable de se pousser dans les cordes – sans non plus faire le tour du monde des octaves comme les donzelles en robe noire décolletée de tous ces groupes de heavy-sympho-nimbulo qui me fracassent les glaouis à vouloir faire croire qu'elles explosent les verres en cristal et que c'est beau mais triste, mais beau, mais triste, mais beau, mais ta gueule –, Kim cogne juste ce qu'il faut et sait faire passer l'émotion, par exemple sur Legend, hommage à Kelly Johnson Le tiroir à anecdotes retiendra aussi ce duo réussi avec Lemmy de qui-vous-savez sur Don't Talk To Me, qui sonne à s'y méprendre comme du qui-vous-devriez-le-savoir-si-vous-ne-le-saviez-pas-au-début-de-la-phrase. Dont elle reprennent aussi Metropolis. Encore une gaterie avec une auto-cover de leur "hit" Emergency.
Bref, entre l'émotion-de-la-mort-c'est-trop-con, le bon hard racé et direct, les bonus gloutons et les refrains aux choeurs appuyés, on sent que le groupe a livré un album très sincère. Et c'est peut-être pourquoi il est aussi réussi. A servir chaud les marrons.
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